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Financement des entreprises : la reprise en K qui se dessine
Situé entre le financement intermédié et désintermédié, le cabinet de conseil Redbridge est en bonne place pour évaluer les conséquences des chocs sur le financement des entreprises. Et, aussi globale soit-elle, cette crise ne semble pas toucher toutes les entreprises de la même manière. Selon un sondage réalisé début septembre auprès de 62 grandes entreprises du SBF 120 par le cabinet, 52 % estiment que la pandémie a eu "un impact modéré" sur l’activité de leur entreprise, alors que 24 % parlent d’un "impact significatif" et 21 % "très significatif". Du côté des financements, les mesures prises ont aussi été marquées par la diversité : 32 % des entreprises ont mis en place de nouvelles lignes bancaires unsecured (sans garantie), 23 % ont souscrit un PGE et/ou d’autres financement bénéficiant d’une garantie d’État, alors que 26 % n’ont pris aucune mesure complémentaire.
Si la crise n’a pas touché les entreprises de la même manière, c’est dans la reprise à court et moyen termes que la différenciation semble être encore plus marquée – laissant se dessiner une reprise en K pour décrire les groupes qui péricliteront et ceux qui sortiront renforcés. Ainsi, pour les corporates les plus solides en termes de structure de financement, soient celles qui n’ont pas adopté de mesures complémentaires, 38 % posent comme priorité de financer des acquisitions et 25 % des capex. Au contraire, celles ayant souscrit à un PGE sont 57 % à vouloir augmenter la liquidité confirmée (par précaution sûrement) et 43 % à rembourser leur PGE, le même pourcentage que les volontaires en termes de financement de capex. 30 % souhaitent prolonger leur PGE, alors même que près de la moitié (43 %) estime que la relation bancaire se tend actuellement.
L’impact de la Covid-19 et des normes IFRS 16 donne naissance à un nouveau paradigme
Mais avant même de parler du futur, l’étude de Redbridge fait un retour sur le profil d’endettement des sociétés du SBF 120. Et l’on remarque que le levier net moyen de ces sociétés françaises cotées est passé de 1,6 fois leur Ebitda fin 2018 à 2 fois l’Ebitda fin 2019. Et les projections à mi-2020 sur un échantillon de 84 sociétés ayant publié leurs résultats semestriels avant le 7 septembre donnent un levier net moyen de 2,8 fois l’Ebitda. C’est l’effet de l’entrée en vigueur de la norme IFRS 16 (norme comptable sur les contrats de location) et de la pandémie qui explique cette dynamique. En effet, l’Ebitda a diminué de 15 % alors que la dette nette, elle, a augmenté de 15,6 % pour s’établir à 523 milliards d’euros. Cette évolution donne naissance, selon les mots de Didier Philouze, managing director de Redbridge, à "un nouveau paradigme" : "avant la crise, les émetteurs avaient le pouvoir. Désormais, ce sont les prêteurs qui ont le pouvoir. Cela se traduit par des prix en augmentation et des documentations de plus en plus strictes". L’ensemble pourrait se résumer à la dégradation du profil de crédit des principales sociétés cotées françaises de la catégorie "A" à la catégorie "BBB" en l’espace de 18 mois.
Finalement, on remarque le recours des grandes sociétés françaises à la dette obligataire dans le but de sécuriser des coussins de liquidité. La politique menée par les Banques centrales, qui ne laissent pas envisager un redressement des taux avant une longue période, devrait nourrir ce pan de financement.
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