Fusions, Acquisitions / Warren Buffett / Berkshire Hathaway / OPA / Financement
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Warren Buffett / Berkshire Hathaway / OPA / Financement
Warren Buffett condamné à aider les deals des autres
Warren Buffett s’est invité dans la dernière bataille d’OPA américaine du moment. Mardi, sa holding d’investissement Berkshire Hathaway a indiqué qu’elle allait apporter un financement de 10 milliards de dollars à l’offre de 38 milliards de dollars faite par Occidental sur le groupe pétrolier américain Anadarko. Si cette opération aboutit, Berkshire Hathaway recevra 100.000 actions de préférence Occidental, à un coupon annuel de 8 %, et aura l’opportunité d’acheter 80 millions d’actions Occidental à 62,5 dollars par action. Le partenariat est certes coûteux pour Occidental, qui n’a pas le droit de racheter ces actions de préférence pendant une période de dix ans.
Mais obtenir l’appui de l’oracle d’Omaha est un coup de maître de la part de la CEO d’Occidental Vicky Hollub, qui a bataillé pour cet actif. Pour rappel, Chevron a officialisé une offre à 33 milliards de dollars sur Anadarko le 12 avril dernier, acceptée par la cible et qui prévoyait 1 milliard de dollars de breakup fees en cas d’échec de la transaction. Mais Occidental a répliqué avec une offre à 38 milliards de dollars, la CEO expliquant même avoir déjà fait trois offres au board de la cible dans les dernières semaines, sans succès. De quoi remettre en cause le travail du conseil qui, hormis avoir décidé une hausse discrète des rémunérations du top management en cas de M&A la veille de l’annonce de l’offre de Chevron, n’a pas montré qu’il cherchait à maximiser la valeur du groupe au bénéfice de ses actionnaires.
Le board a certes réagi avec prudence en soulignant les risques de la proposition d’Occidental. Celle-ci faisait appel à plus de dette que le géant Chevron, et l’acquéreur devait réaliser une augmentation de capital d’une taille qui nécessitait l’approbation de ses actionnaires. Avec l’aide de Berkshire Hathaway, il peut augmenter la part en cash de son offre, ou bien garder ses munitions et acheter du temps avant de vendre des actifs et réduire sa propre dette. Un financement certes coûteux pour Occidental, qui a perdu 3 milliards de dollars de capitalisation depuis son offre, mais qui augmente aujourd’hui nettement ses chances de l’emporter.
Du côté de Warren Buffett, cette méthode de financement est déjà connue. Pendant la crise, Berkshire Hathaway a aussi acheté des actions de préférence de groupes qui avaient besoin de cash, comme Goldman Sachs, General Electric ou Bank of America. Reste que dans le contexte actuel, cette annonce résonne comme un aveu d’impuissance de la part de l’octogénaire, qui peine depuis plusieurs années à mettre sa manne de 112 milliards de dollars de cash au travail. Le financier, qui n’a pas réalisé de "deal éléphant" depuis plusieurs années et s’est résolu à de plus amples rachats d’actions, devra probablement s’expliquer sur sa stratégie devant l’AG de ses actionnaires à Omaha, samedi prochain.
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