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Politique économique / ASEAN / Accord commercial

Politique économique
ASEAN / Accord commercial

L'Asie accouche du plus gros marché commun au monde

Les pays de l'Asie Pacifique, dont la Chine et le Japon sont parvenus à la signature d'un accord commercial, après dix ans de négociations. Un marché commun qui englobe désormais près d'un tiers de la population et de la richesse mondiale.
Asie
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Les dix dernières années de pourparlers entre les pays de l'Asie Pacifique pour parvenir à un accord commercial ont enfin abouti. Hier, les 15 États de la région ont ratifié un traité de libre-échange, donnant naissance au plus gros marché commun au monde. Baptisé Partenariat régional économique global (PREG), cet accord -qui englobe notamment l'Australie, le Myanmar ou le Laos, la Nouvelle-Zélande, mais surtout, fait historique, la Chine aux côtés du Japon- devrait faire progressivement baisser les droits de douane appliqués à la plupart des biens échangés dans la région.

Ce nouveau pacte commercial concernera 2,2 milliards de personnes (soit 28,9% de la population mondiale) pour un PIB combiné de 26 200 milliards de dollars, l'équivalent de 28,9% du PIB mondial. À titre de comparaison, l'accord commercial entre le Japon et l'UE représente 27,7% du PIB mondial, mais seulement 8% de la population. L'Accord de Partenariat Transpacifique (TPP) signé en 2018 (Australie, Canada, Japon, Mexique, Nouvelle-Zélande, Singapour et Viêt Nam) lui, représente 12,8% de la richesse mondiale et 6,6% des habitants de la planète. "Il ne fait aucun doute que cet accord a déplacé le centre de gravité économique du monde vers l'Asie Pacifique", commente ainsi David Collins, professeur en droit économique international à City University of London.

Parmi les principaux avantages de l'accord figurent une élimination des droits de douane d'au moins 92 % sur les biens échangés entre les pays participants, ainsi que des améliorations dans des domaines tels que la protection des consommateurs et des informations personnelles en ligne. L'accord commercial prévoit également des procédures douanières simplifiées, tandis qu'au moins 65 % des secteurs des services seront entièrement ouverts, avec une limitation accrue de prise de participation étrangère.

L'Inde pourrait rejoindre l'accord plus tard

Seule déception de ce traité historique, la défection de l'Inde, qui a finalement décidé de se retirer des négociations, en toute fin d'année dernière, par crainte de ne pouvoir résister à la concurrence. Le premier ministre du pays, Narendra Modi a ainsi estimé que l'accord affecterait trop lourdement le niveau de vie de ses citoyens et notamment des plus pauvres. Les 15 autres États ont cependant laissé la porte ouverte à l'Inde, si elle changeait d'avis, puisque le compromis prévoit que le pays puisse rejoindre l'accord dans quelques années.

La Chine est finalement l'une des principales gagnantes de cet accord de libre-échange, qui lui permet de resserrer les liens avec ses voisins directs, après quatre années de relations mouvementées avec les États-Unis. Les entreprises exportatrices chinoises, affectées par la hausse des tarifs douaniers américains vont ainsi bénéficier de tarifs préférentiels dans toute la région ASEAN (Asie du Sud-Est) et vers le Japon, la Corée du Sud ou la Nouvelle-Zélande, qui pourraient les conduire à réorienter une partie de leurs flux.

D'un point de vue géopolitique, la Chine ne pouvait par ailleurs pas choisir de meilleur timing pour annoncer un accord commercial avec la région ASEAN. "En pleine période de transition présidentielle aux États-Unis, la Chine offre ainsi l'image d'un pays favorable au libre-échange, laissant de côté ses positions plus agressives à l'égard de Taïwan par exemple", explique Selon Alicia Garcia Herrero, économiste chez Natixis. Les États-Unis, qui sous l'impulsion de Donald Trump, ont quitté le Partenariat transpacifique (TPP) en 2018, pourraient donc décider de renouer avec la région, avec l'arrivée de la nouvelle administration en janvier prochain.

Renforcer les chaînes de production dans la région

Autre point fort de l'accord et défendu par ses signataires : renforcer les économies de la zone au lendemain de la pandémie, en renforçant les chaînes d'approvisionnement avec des règles d'origine communes et en codifiant de nouvelles règles de commerce électronique. L'accord contribuera à "développer les chaînes d'approvisionnement qui ont été perturbées en raison de la pandémie ainsi qu'à soutenir la reprise économique", a d'ailleurs déclaré le Premier ministre vietnamien Nguyen Xuan Phuc avant la cérémonie de signature virtuelle du traité.

Selon Alicia Garcia Herrero, l'ASEAN, d'une part, et la Corée du Sud et le Japon, d'autre part, auront désormais "plus de facilité à construire leur chaîne de valeur là où la production est basée dans l'ASEAN avec des investissements nord asiatiques". Sachant que l'ASEAN reçoit un volume croissant d'investissements directs étrangers (IDE) manufacturiers du Japon, de la Corée du Sud et de Taïwan, qui est déjà supérieur à leurs IDE en Chine. L'accord signé hier devrait renforcer ce mouvement et permettre à l'Asie du Sud Est de renforcer sa propre capacité de production.

 

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