Politique économique / Donald Trump / Guerre commerciale / Accord commercial / mexique / Etats-Unis
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Le "fake deal" de Donald Trump avec le Mexique
Comme à son habitude, Donald Trump a annoncé en fanfare sur Twitter la conclusion d’un accord sur l’immigration avec le Mexique, qui a mis fin au projet de tarifs douaniers contre le pays. Et les marchés ont applaudi des deux mains, le S&P 500 étant en hausse de près de 0,8 % à l'ouverture à New York, à la suite de cette annonce. Pourtant, les promesses faites par le gouvernement mexicain ne sont, ni plus ni moins, que l’officialisation de ce qui avait déjà été consenti par le pays il y a plusieurs mois.
Ainsi le New York Times revient sur les principales lignes de cet accord, notamment le déploiement de soldats mexicains en priorité sur la frontière sud des américains. Cet engagement avait été pris lors d’une rencontre secrète entre la secrétaire à la Sécurité intérieure de l’époque, Kristjen Nielsen, et son homologue mexicain, en mars dernier. En outre, l’annonce principale était celle selon laquelle les demandeurs d’asiles resteront au Mexique pendant que leur dossier est examiné, soit le simple prolongement d’un programme accepté par les Mexicains fin décembre. Preuve qu’il n’est pas prêt à tout accepter, le gouvernement d’Andres Manuel Lopez Obrador a refusé de faire partie du traité de "pays tiers sûr", qui permet aux États-Unis de refuser un demandeur d’asile s’il n’a pas demandé asile au Mexique en premier.
De l’avis des sceptiques donc, difficile de savoir si les Mexicains ont consenti davantage qu’auparavant lors de cet accord, ou si Donald Trump a souhaité sortir officiellement par le haut d’une situation qui lui a valu nombre de critiques. Lorsqu’il a annoncé à la surprise générale la volonté d’imposer 5 % - puis 25 % - de tarifs douaniers sur le pays, le Président américain s’est attiré les foudres des patrons et dirigeants du monde entier pour avoir ouvert un nouveau front dans la guerre commerciale. Ces derniers ont d’ailleurs blâmé l’impact des tensions commerciales sur la croissance lors de la réunion du G20 au Japon le week-end dernier, même s’ils ont accepté de ne pas mentionner expressément les tarifs douaniers.
Au final, ce coup d’esbroufe du locataire de la Maison Blanche n’apparaît, ni plus ni moins, qu’un calcul politique pour satisfaire sa base électorale en vue des élections de 2020. Après avoir échoué à faire construire un véritable mur à la frontière avec le Mexique comme il s’y était engagé lors de la campagne, Donald Trump veut démontrer qu’il agit avec force pour réduire l’afflux d’immigrés venant de la frontière mexicaine. Mais l’accord actuel ne semble être qu’un maigre pansement, et le ministre des Affaires étrangères mexicain a lui-même reconnu qu’il avait pour but d’acheter du temps pour résoudre la question migratoire.
Donald Trump a semble-t-il aussi été convaincu d’infléchir sa position en raison de la panique créée dans le monde des affaires, mais aussi sur les marchés, deux facteurs également clés pour sa réélection. Mais la menace reste présente, et le président pourrait à nouveau sévir pour des raisons purement politiques. Et comme le résume un ancien consul mexicain aux États-Unis, dans le Wall Street Journal : "Ces 16 mois vont être très longs".
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