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Fonds norvégien / assemblées générales
Des assemblées générales aux allures de campagnes électorales
La Norvège fait figure de champion mondial en termes de gestion de sa rente pétrolière, seul pays à appliquer la règle de l’économiste canadien John Hartwick. En effet, la rente issue de ses exploitations en hydrocarbures est mise de côté dans un fonds détenu par la banque centrale norvégienne qui permet d’irriguer les autres secteurs de son économie. Elle devient maintenant un modèle de transparence. Le nouveau directeur du fonds, Nicolai Tangen, sensible, tout comme son prédécesseur Yngve Slyngstad, aux questions environnementales sociales et de gouvernance (ESG), a annoncé que le fonds publiera dorénavant ses intentions de votes aux assemblées générales des entreprises avec 5 jours d'avance.
À cet effet, le fonds d’État a créé une plateforme où les autres actionnaires pourront s’informer sur ses choix de vote à partir du 1er janvier 2021. La plateforme inclura également les recommandations des deux principales agences américaines de conseils aux actionnaires : Institutional Shareholders Services (ISS) et Glass Lewis. Le temps de latence de cinq jours entre l’annonce des intentions du fonds et l’assemblée générale permettra en outre aux entreprises de réagir.
Ce mode de communication en amont pourrait faire du fonds souverain l’une des voix les plus écoutées en termes de gouvernance d’entreprise. La bataille d’influence qui avait précédé, en novembre dernier, l’assemblée générale de la société foncière Unibail est un exemple des possibles conséquences du changement introduit par le fonds.
Étant donné ses participations dans presque 12.000 entreprises, sa détention d’environ 1,5 % de la capitalisation boursière mondiale et sa qualité de modèle de bonne gestion, cette nouvelle manière de procéder devrait aussi avoir un effet d’entraînement sur d’autres grands investisseurs comme le géant américain CalPERS, gestionnaire de 300 milliards de dollars d’actifs. Cela conduira, a minima, certains d’entre eux à se décider à dévoiler publiquement leurs choix de vote après les assemblées générales, pratique pour l’instant peu courante. Cette volonté par le fonds de faire connaître publiquement et systématiquement ses positions en matière de critères ESG, avant même que les autres actionnaires n’aient voté, a été dépeinte comme une forme d’activisme. En réaction à cette critique à demi-mot, M. Tangen, a affirmé que le fonds ne deviendra pas pour autant un outil de politique étrangère : "c'est une institution commerciale et financière stricte" a-t-il renchéri lors d'un entretien du Financial Times.
Le fonds a par ailleurs délivré ses attentes vis-à-vis entreprises en matière de gouvernance. Selon les propos de Nicolai Tangen au Financial Times, le fonds sera principalement vigilant aux choix de leurs auditeurs, aux montants des salaires que se versent les directeurs, et au mode de nomination des membres du conseil d’administration. Un sujet a été esquivé : celui de la représentation des femmes au sein des conseils d’administration. Le fonds devrait statuer dans un an sur ce point encore clivant. Au sein des entreprises norvégiennes, au moins 40 % administrateurs non exécutifs doivent être des femmes. À ce jour, le gouvernement et la Banque centrale n’ont pas encore décidé si le fonds devait adopter une position semblable à celle du pays.
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