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Airbus, Air Asia, aéronautique

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Airbus peut perdre gros avec ses clients en difficultés

La restructuration d'Air Asia pourrait coûter des milliards de dollars à l'avionneur européen. Etant donné le modèle économique de l'aéronautique, l'avionneur se retrouve créancier de certaines compagnies aériennes.
Airbus A321XLR ALC
Airbus A321XLR ALC

Les débats autour de la restructuration d'Air Asia X illustrent parfaitement l'effet domino que provoquent la crise sanitaire et les mesures de confinement sur l'industrie aéronautique. Risquant une liquidation pure et simple suite au quasi-arrêt du trafic aérien international, la compagnie aérienne malaisienne négocie un plan de restructuration financière d'envergure, mais contesté. 

Selon les documents judiciaires liés à la procédure, Airbus estime qu'il risque de perdre plus de 5 milliards de dollars de commandes d'appareils si le plan était accepté en l'état. En effet, Air Asia a indiqué devoir au total 48,7 milliards de ringgits (soit 12 milliards de dollars), entre les livraisons et les commandes futures. Les conséquences pourraient être pires si le plan était rejeté : en effet, BOC Aviation, société de leasing d'appareils et principal créancier de la compagnie aérienne, estime qu'Airbus a trop de voix face aux autres créanciers, notamment parce que le calcul des dettes d'Air Asia inclut les dettes futures : dans cette configuration, Airbus détient, selon BOC Aviation, 75 % de la valeur de la dette totale de la compagnie, ce qui lui confère un poids démesuré lorsqu'il faudra approuver le plan. 

Au minimum, le risque pour l'avionneur européen concerne les sept appareils déjà construits ou en court d'achèvement. Même si, dans le meilleur des cas (mais peu improbable étant donné le contexte durablement perturbé), le manque à gagner immédiat pourrait être récupéré en vendant les appareils à d'autres compagnies aériennes, "Airbus subira les coûts de re-branding et de marketing à hauteur de 3 à 5 millions de dollars par appareil", estime un analyste ayant requis l'anonymat.

L'affaire est donc sérieuse pour Airbus. En effet, Air Asia fait partie de ses clients les plus importants depuis plusieurs décennies et l'avionneur de Toulouse s'est trouvé en situation de banquier de fait - un cas d'exposition directe à un client assez rare. Le groupe partage le lot ordinaire des créanciers en cas de défaillance d'un emprunteur.

Etant donné que l'ensemble des compagnies aériennes du monde sont dans des situations pour le moins difficiles, sous perfusion de leurs autorités nationales dans le meilleur des cas, il n'y a aucune raison pour que le cas d'Air Asia ne se répète pas. Ainsi, en novembre, Airbus n'a enregistré aucune commande mais a subi 10 annulations de son modèle monocouloir A220, pourtant promis à être l'un des modèles qui répondront le mieux au nouvel environnement moins friand en longs déplacements. Bien plus récemment, la compagnie low cost EasyJet a annoncé hier être convenue avec Airbus de reporter de quatre à cinq ans la livraison de 22 avions (en 2027 et 2028, contre une période précédente comprise entre 2022 et 2024) ; entre outre, les dates de livraison de 15 autres appareils seront modifiées entre 2022 et 2024 pour s'adapter à la demande saisonnière.

Au mois de novembre, Airbus a livré au total 64 appareils commerciaux, contre 77 un an plus tôt. Le nombre de livraisons pour l'année 2020 est attendu en forte baisse par rapport à 2019 - le bureau d'analyse financière Alphavalue anticipe par exemple un recul de 36% à 550 appareils.

Depuis neuf mois que dure le confinement, le risque clients n'est pas inconnu des investisseurs ni des analystes. Mais il reste difficile à mesurer. L'action Airbus accusait ainsi la plus forte baisse du CAC40 hier à la mi-séance (-1%), avant de finir dans le vert, portée - comme l'ensemble du marché - par l'accord de l'Union européenne sur le vaccin et les déclarations de la biotech Moderna indiquant que six semaines suffiraient pour adapter son vaccin à une autre souche comme celle qui sévit actuellement au Royaume-Uni.

 

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