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Le commerce mondial a retrouvé ses niveaux pré-Covid
Voilà un chiffre supplémentaire plaidant en faveur du net rebond de l’économie mondiale depuis son point bas du printemps 2020 et alors que le FMI a dévoilé hier des prévisions de croissance revues à la hausse pour cette année. Le CPB des Pays Bas a ainsi dévoilé en début de semaine les données relatives au commerce mondial pour le mois de novembre et ils sont plutôt bons : les échanges ont progressé de 2,1% sur le mois, et de 22% depuis leur point bas de mai, dépassant désormais de 1% leur niveau de décembre 2019. Le commerce international a donc cette fois-ci beaucoup mieux résisté que lors de la crise de 2008, où il lui avait fallu un an de plus que le PIB mondial pour retrouver ses niveaux de 2007. Après l’arrêt quasi complet de l’économie mondiale et des flux de marchandises entre mars et mai dernier en raison d’un confinement généralisé, ceux-ci ont donc largement remonté la pente, même si toutes les régions n’en sont pas au même point.
Sans surprise, c’est l’Asie qui a le plus bénéficié de la reprise des échanges, la Chine ayant connu une hausse de ses exportations de près de 6% en novembre, le Japon de près de 4%, mais de 2% à peine pour les ventes à l’étranger de la zone euro. "L’Asie est la principale bénéficiaire du déplacement de la demande des consommateurs en services et dans le tourisme au profit de biens pour le travail à domicile (ordinateurs, installation numérique, hardware…)", expliquent ainsi Kieran Tompkins et Simon MacAdam, économistes chez Capital Economics. Les exportations chinoises ont d'ailleurs largement dépassé leur niveau pré-Covid, tandis que celles des États-Unis et de l’Europe de l’Est sont encore plus de 5% en deçà de leur niveau de décembre 2019. Les exportations de la zone euro elles, ont tout juste retrouvé leur niveau pré-Covid.
Des facteurs qui pourraient peser sur l'accélération des échanges
Le commerce mondial va-t-il poursuivre sur sa lancée dans les prochains mois ? Les dernières enquêtes PMI dans les pays développés laissent penser que oui, celle de janvier soulignant notamment une forte hausse des carnets de commande des entreprises du secteur manufacturier. Mais les enquêtes suggèrent aussi que les producteurs sont à la peine pour répondre à l’accélération de la demande. L’offre en somme, ne suit plus. "Comme nous l'avons constaté la semaine dernière, le solde de l'enquête concernant les délais de livraison des fournisseurs a fortement diminué ces derniers mois, ce qui indique que les biens - les intrants intermédiaires de la production, ainsi que les biens d'équipement - prendront plus de temps à être livrés", expliquent les experts de Capital Economics.
Et ce d’autant plus que les capacités de stockage des ports sont au maximum, notamment aux États-Unis. "Les niveaux de congestion dans les ports en janvier ont été bien plus élevés qu'ils ne l'étaient lors des deux premières semaines de 2020, en particulier aux États-Unis. Par conséquent, les délais d'exécution – soit la différence entre la date de départ et la date d'arrivée d'un navire - ont augmenté", explique pour sa part Joanna Konings, économiste senior chez ING. En plus de perturber la livraison des marchandises en flux tendu, l'encombrement des ports menace de faire baisser la demande d'exportations.
Autre facteur qui pourrait peser sur les échanges et en partie lié à la congestion des ports, la forte hausse des coûts de transport par conteneurs depuis le mois de novembre. L’effondrement du commerce mondial pendant le premier confinement a effectivement conduit les compagnies maritimes à réduire leur capacité de fret maritime en annulant les voyages prévus pour certains porte-conteneurs et en en détournant d'autres vers les routes Chine-États-Unis au détriment des routes Chine-Europe. "Les changements dans la capacité de fret maritime ont laissé les conteneurs bloqués, créant une pénurie aiguë de conteneurs vides. La capacité de fret aérien a chuté de façon spectaculaire, obligeant certaines marchandises à voyager par mer", souligne encore Joanna Konings. Si pour l’instant les exportations n’ont visiblement pas été affectées par cette hausse des frais de transport et cette congestion des grands ports mondiaux, les économistes d’ING et de Capital Economics estiment que c’est un risque à surveiller dans les prochains mois.
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