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Haut Conseil des finances publiques
France : les doutes du Haut Conseil des finances publiques
Le Haut Conseil des finances publiques (HCFP), organisme indépendant du gouvernement et rattaché à la Cour des comptes, juge "cohérente" la prévision de croissance du Produit intérieur brut (PIB) du gouvernement de 5 % en 2021. Plus précisément, il estime qu’elle est en accord "avec le scénario sanitaire retenu, reposant sur une levée progressive à partir de mai 2021 des restrictions pesant sur les activités et les déplacements". Et pour 2022, la prévision de croissance de 4 % est "prudente", selon HCSP, à la condition "d’une maîtrise durable de l’épidémie".
Au-delà de 2022, le programme de stabilité du gouvernement mise sur 2,3 % en 2023, 1,4% en 2024 et 1,35 % à partir de 2025, ce jusqu’en 2027. Concernant ces échéances le HCFP est plus méfiant, il rappelle que la trajectoire de croissance du PIB entre 2025 et 2027 se réaliserait "dans un contexte où le policy-mix serait moins porteur". En effet, d’une part, le programme de stabilité (PSTAB) envoyé à Bruxelles prévoit un durcissement de la politique budgétaire (ajustement structurel annuel de 0,3 point de PIB à partir de 2023), d’autre part il escompte une remontée des taux d’intérêt de près de 200 points de base entre 2022 et 2027. Ce sont autant d’éléments qui devraient affecter la demande intérieure et donc la croissance économique, écrit le HCFP. Ce scénario suppose donc que l’orientation plus restrictive du policy-mix pourra être compensée par des facteurs de soutien de la demande, notamment en provenance de l’environnement extérieur, explique l’organisme.
Si bien que, "le Haut Conseil relève que les prévisions de croissance conduisent à une fermeture de l’écart de production en 2024, puis au maintien d’un écart de production nul au-delà. Une telle évolution est entourée d’aléas importants". Parallèlement, le scénario de croissance pour le PIB potentiel interroge également l’organisme. Rappelons que le PIB potentiel représente la production maximum qu’une économie est capable d’atteindre sans générer de tensions inflationnistes ; c’est un concept crucial pour apprécier la situation des finances publiques à travers par exemple l’estimation du solde public structurel. Le HCFP juge "optimiste" la prévision d’un retour de la croissance potentielle à son niveau d’avant-crise en 2023 étant donné que "les risques autour de cette prévision paraissent globalement plutôt orientés à la baisse", ce, pour plusieurs raisons.
De fait, le HCFP avance que si la crise pandémique a accéléré l’adoption des technologies numériques par les entreprises et que les investissements tels que le plan de relance ou encore les réformes structurelles mises en œuvre avant la crise peuvent augmenter la croissance potentielle, il ajoute que "la tendance longue au ralentissement de la productivité pourrait se prolonger dans le cas où la crise sanitaire aurait un impact négatif durable sur l’économie, dès lors que l’on serait incapable d’adapter les compétences aux changements structurels qu’elle entraîne et que les entreprises, confrontées à une dégradation de leur bilan, limiteraient leurs investissements et leurs dépenses de R & D". De plus, "la croissance potentielle pourrait aussi être affectée par plusieurs évolutions structurelles, telles que le vieillissement de la population et les conséquences économiques de la transition écologique", analyse-t-il.
Ainsi, la trajectoire des finances publiques sur laquelle mise le gouvernement d'ici à 2027, "suppose la matérialisation d’un scénario de croissance et d’inflation que le Haut Conseil juge relativement favorable". Et l'instance n'oublie pas de rappeler que cette trajectoire suppose également "la poursuite dans la durée d’un ajustement structurel au moins égal à celui inscrit, mais non documenté encore, dans le programme de stabilité".
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