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Macro-économie / Taux / Haut Conseil des finances publiques / France / dette publique / Cour des comptes

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Haut Conseil des finances publiques / France / dette publique / Cour des comptes

La dette publique française en débat à la Cour des comptes / Comment économistes et responsables politiques appréhendent le problème

S’est tenu, à l’occasion du dixième anniversaire du Haut Conseil des finances publiques, un colloque traitant notamment de la dette française. Si la nécessité de s’alarmer fait débat, un consensus a émergé selon lequel l’ensemble des voies pour faire décroître son poids dans la richesse nationale doit être exploré. Le caractère fondamental et volatil de la confiance des créanciers a également été mis en lumière alors que la note souveraine hexagonale vient d’être dégradée.
(De gauche à droite) Lucie Robequain, Laurent Berger, Philippe Martin, Eric Coquerel et Pierre Cannet - DR
(De gauche à droite) Lucie Robequain, Laurent Berger, Philippe Martin, Eric Coquerel et Pierre Cannet - DR

Pouvait-il rêver meilleur débat pour célébrer sa décennie d’existence ? Dans le cadre de son dixième anniversaire, le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) a organisé, en collaboration avec Sciences Po, la tenue d’un colloque à la Cour des comptes au cours duquel fut entre autres évoquée l’épineuse question de la dette.

L’instance indépendante, chargée notamment d’apprécier le réalisme des prévisions macroéconomiques et de finances publiques du gouvernement, a ainsi réuni membres des corps intermédiaires, économistes et responsables politiques pour croiser le fer.

 

Dédramatiser

 

Éric Coquerel, député LFI (La France Insoumise) et président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, a fait montre d’un relativisme certain, remettant en cause le discours ambiant à propos du poids croissant que va représenter la charge d’intérêts de la dette publique.

"Elle pèsera 2,4 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2027, contre 1,9 % l’an passé”, a voulu dédramatiser Éric Coquerel. “Je ne dis pas que ce n’est pas important, mais je refuse que l’on agite cela pour mener une baisse des dépenses publiques”, a pesté le député.

Le parlementaire a également mis en avant l’évolution du flottant de la dette négociable de l’État français pour justifier sa position peu alarmiste.

Concrètement, le flottant désigne la part de la dette de l’État qui peut être cédée à tout moment par les investisseurs qui la détiennent ; une étude de la Banque de France montre qu’il est passé de 51,1 % en 2015 à 34,8 % en 2021.

Eric Coquerel a ainsi expliqué que “65 % de notre dette est détenue par des investisseurs qui ne se sépareront pas de leurs titres avant qu’ils arrivent à échéance”, y voyant là un signe de stabilité. Les investisseurs auxquels fait ici référence le député sont composés des Banques centrales, institutions étrangères officielles, sociétés d’assurance ou encore des fonds de pension.

 

Aucun tabou

 

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, n’a quant à lui pas esquissé la moindre complaisance vis-à-vis du niveau élevé de la dette publique hexagonale (111,6 % du PIB) "Je pense que tout citoyen normalement constitué considère que c’est un sujet de préoccupation”, a déclaré le syndicaliste.

L’une des figures de proue de la contestation à l’égard de la réforme des retraites, conduite en partie dans un souci d’économies budgétaires, a estimé que “la question cruciale est :’comment aborde-t-on le sujet ?’”. 

Se pose alors l’enjeu des dépenses et des recettes sur lesquelles “il ne doit pas y avoir de tabou”, a avancé Laurent Berger. Un point de vue qu’à fait sien Éric Coquerel mais aussi Philippe Martin, doyen de l’École d’affaires publiques de Sciences Po et professeur d’économie. Ce dernier a ainsi jugé que l’efficacité des allégements de cotisations sociales octroyés aux entreprises se devait d’être débattue (ils coûtent plusieurs dizaines de milliards d’euros chaque année aux finances publiques).

Quand j’étais président délégué du Conseil d’analyse économique, nous avions publié une étude qui montrait qu’au-delà de 1,6 Smic, l’impact macroéconomique de ces baisses de charges était nul”, a indiqué l’économiste. Pour mémoire, la France allège aujourd’hui les cotisations sociales sur les salaires allant jusqu’à 3,5 Smic en vue de doper l’emploi et la compétitivité-prix.

 

Confiance volatile

 

Présent au colloque pour rappeler la détermination du gouvernement à faire refluer l’endettement de la France (diminution de 3,3 points d’ici 2027, d’après le programme de stabilité), Gabriel Attal, ministre délégué chargé des Comptes publics, a déclaré que “notre stratégie de finances publiques se base sur le maintien de la confiance de ceux auprès de qui nous nous finançons”.

Alors que Fitch a dégradé d’un cran, à AA-, la note souveraine du pays des Lumières le 28 avril, le ministre a fait remarquer que l’écart de taux d’intérêt avec l’Allemagne ne s’est pas creusé depuis lors.

Pour autant, bien que la France paye ses dettes rubis sur l’ongle depuis plus de deux siècles, la confiance des marchés obligataires ne peut être considérée à jamais acquise. "Une situation de stabilité peut se transformer en situation d’instabilité avec une vitesse impressionnante”, a rappelé Michala Marcussen, cheffe économiste du groupe Société Générale et membre du HCFP.

Un phénomène dont nos voisins britanniques firent l’amère expérience il y a peu.

Tant et si bien que “face à une crise de confiance afférente à sa stratégie budgétaire, un pays peut répondre de trois manières : changer les politiques, changer les personnes, changer la méthode”, a prévenu Richard Hughes, président de l’Office for Budget Responsability (OBR), cousin du HCFP outre-Manche.

Au Royaume-Uni, nous avons essayé les trois”, a-t-il lâché, en clin d’œil aux évènements de l’automne dernier, ce qui n’a pas manqué de déclencher les rires de l’assistance.

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