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France : le gouvernement est-il trop optimiste pour 2023 ? / C’est peu ou prou l’opinion du Haut Conseil des finances publiques
Le scénario 2023 du gouvernement pour l’économie française ne convainc pas le Haut Conseil des Finances Publiques (HCFP). En effet, l’institution - indépendante - placée auprès de la Cour des comptes, notamment chargée d’analyser le réalisme des prévisions macroéconomiques du gouvernement, a trouvé à redire sur le projet de loi de financement rectificative (PLFRSS) 2023. Au sein de ce dernier, ce sont les prévisions du gouvernement en matière de croissance de l’activité économique et d’inflation qui posent question.
La progression du Produit intérieur brut (PIB) est attendue à 1 % par le gouvernement. Une prévision qui se situe au-dessus de l’ensemble de celles des instituts de conjoncture français et internationaux et du consensus des économistes, relève le HCFP – la prévision médiane s’affiche à 0,1 %. Compte tenu du fait que la croissance devrait avoir au moins ralenti lors de l’automne 2022 (l’Insee estime qu’il y a eu un recul de 0,2 % du PIB au quatrième trimestre), le scénario du gouvernement pour 2023 suppose "une accélération de l’activité au cours de l’année", indique le HCFP.
Des prévisions trop audacieuses
Et ce serait là où le bât blesse. L’organisme cite notamment deux puissants vents contraires. D’une part, l’environnement international qui "demeure mal orienté". Le Haut Conseil cite à l’appui la révision à la baisse de la prévision de croissance planétaire de la Banque mondiale (de 3 % à 1,7 %). D’après ce qu’il a laissé entendre à Davos, le Fonds monétaire international, ne va, lui, pas la réviser à la baisse (2,7 %).
Autre vent contraire : la normalisation de la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) qui s'est accompagnée d'une augmentation de ses taux directeurs de 250 points de base en moins de six mois. "L’investissement pourrait pâtir de la hausse, plus forte qu’anticipée en septembre, des taux d’intérêt dans la zone euro", fait valoir le HCFP qui rappelle que "les taux réels à long terme ont augmenté de l’ordre de 50 points de base sur la période, tandis que le taux des BTF 3 mois se situe d’ores et déjà en janvier autour de 2,1 % alors que le scénario du PLF [projet de loi de finances, ndlr] n’intégrait une remontée des taux courts à ce niveau que fin 2023".
En conséquence de quoi, le Haut Conseil considère que la prévision de croissance associée au PLFRSS est "élevée". C'est exactement le contraire concernant l'inflation : la hausse des prix à la consommation escomptée pour 2023 par l'exécutif étant jugée "un peu faible".
Pour mémoire, le Gouvernement prévoit une inflation de 4,2 % en moyenne annuelle en 2023, après 5,2 % en 2022. Là encore, la prévision du gouvernement est inférieure au consensus (4,8 %) C'est en particulier la prévision d'inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) qui laisse le HCFP circonspect. S'affichant à 4,1 % en moyenne annuelle en 2023, elle implique "un net infléchissement par rapport aux tendances récentes".
Dans le détail, "l’indexation du Smic et les hausses de salaires déjà négociées, ainsi que la transmission en cours des hausses passées des prix de production et d’importation aux prix des produits alimentaires et manufacturés, devraient continuer à soutenir l’inflation sous-jacente en 2023", soutient le Haut Conseil.
Leçon sur la dette publique
À propos du déficit public (5 % du PIB attendu en 2023), le Haut Conseil se montre davantage en accord avec l'exécutif. Alors qu'auparavant il estimait que le solde pourrait être plus dégradé que ce qu'attend le gouvernement, "ce risque, associé notamment à une croissance plus faible, est aujourd’hui contrebalancé par la baisse récente des prix de gros du gaz et de l’électricité", reconnaît-il, étant donné que "si cette dernière se confirme, elle pourrait alléger le coût net des dispositifs destinés à amortir l’impact pour les ménages et les entreprises de la hausse des prix de l’énergie".
Alors que le gouvernement anticipe une dette publique atteignant 111,2 points de PIB en 2023 (soit 3072,5 milliards d'euros), l'instance en charge d'étudier la cohérence de la trajectoire de retour à l’équilibre des finances publiques avec les engagements européens de la France, a profité de cet avis pour rappeler que "le retour à des niveaux de dette permettant à la France de disposer de marges de manœuvre suffisantes est nécessaire pour faire face à l’avenir à des chocs macroéconomiques ou financiers et aux besoins d’investissement public liés notamment aux enjeux climatiques".
Pour mémoire, outre Pierre Moscovici qui le préside et quatre magistrats de la Cour des comptes (François Bouygard, Christian Charpy, Emmanuel Giannesini et Catherine Périn), le collège du Haut conseil des finances publiques est composé de Jean-Luc Tavernier, directeur général de l’Insee et de cinq personnalités qualifiées : Frédérique Bec, professeure en sciences économiques à CY Cergy Paris Université, Eric Doligé, ancien sénateur, Eric Heyer, directeur du département "Analyse et Prévision" de l’OFCE, Isabelle Job-Bazille, cheffe économiste du groupe Crédit Agricole et Michala Marcussen, cheffe économiste du groupe Société Générale.
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