Feuilleton de l'été / Maxime Sbaihi / Portrait
Feuilleton de l'été
Maxime Sbaihi / Portrait
Ils et elles feront le monde d'après - Maxime Sbaihi
"D’ordinaire, en France, un libéral est vu comme quelqu’un qui désire diminuer les impôts et le nombre de fonctionnaires". Défendre les seules libertés économiques ? Très peu pour lui ; "nous avons vocation à être plus ambitieux que cela", avance Maxime Sbaihi, directeur général de GenerationLibre, think tank fondé par l’écrivain et philosophe Gaspard Koenig. C’est pourtant par l’économie que tout a commencé pour celui qui, suivant ses parents à travers le globe pendant l’enfance et l’adolescence, a développé une curiosité naturelle pour cette discipline.
Son attrait pour cette science sociale se confirme en classe préparatoire à l’issue de laquelle il parvient à entrer à l’ESCP. Cependant, "l’enseignement était trop axé sur le management et la finance et je n’avais donc pas assez de connaissances pour devenir économiste", juge Maxime Sbaihi. Au sein de la plus vieille école de commerce du monde, et alors qu’il réalise un mémoire sur le partage optimal de la valeur ajoutée sous la direction de Jean-Marc Daniel, économiste et essayiste à succès, ce dernier lui suggère de rejoindre l’université Paris-Dauphine en vue d’étancher sa soif de savoir. Dès lors, il ne se fait pas prier pour rallier le 16ème arrondissement de Paris où il s’étoffe notamment au contact de Jean Pisani-Ferry, ancien commissaire général de France Stratégie, en apprenant, entre autres, les rouages complexes des politiques budgétaires et monétaires.
Après un stage au sein de la banque de financement et d'investissement de Crédit Agricole, Maxime Sbaihi intègre, pendant près de deux ans, le groupe financier franco-allemand Oddo BHF, "c’est à ce moment-là que je suis véritablement devenu économiste", souligne-t-il. Puis, début 2014, alors qu’il est âgé de 27 ans, l’envie d’expatriation se rappelle à lui et le géant de la finance Bloomberg l’accueille à Londres. "Je suis confronté à la culture américaine, il me faut alors être très productif et particulièrement réactif", explique Maxime Sbaihi. "Bloomberg est une marque très forte et ce que vous écrivez est lu par des dizaines de milliers de personnes sur les marchés financiers", ajoute-t-il.
Chargé du suivi de l’économie européenne, sa maîtrise de quatre langues du Vieux continent lui procure un avantage certain. Multipliant les plateaux télé, son exposition est décuplée durant cette période. De quoi avoir le vertige, surtout lorsqu’on est amené à traiter des sujets épineux tels que la crise grecque de l’été 2015 ou la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Le Brexit poussera d’ailleurs Maxime Sbaihi à quitter l’Angleterre. "Londres est une ville formidable, mais j’ai senti que quelque chose avait changé dans l’air, que les expatriés n’étaient plus aussi bienvenus qu’auparavant", estime-t-il.
Reste que, c’est dans la capitale britannique que s’est jouée la suite de son parcours. En effet, il y rencontre Gaspard Koenig qui réside lui aussi en Grande-Bretagne, et avec lequel il noue une relation d’amitié. Dès qu’il apprend son départ de Bloomberg, le philosophe propose à Maxime Sbaihi de diriger le think tank qu’il a créé cinq ans plus tôt. "Je les aidais déjà en sous-main et j’apprécie beaucoup la pensée de Gaspard, cela a donc été comme une évidence", soutient Maxime Sbaihi qui, en faisant son retour en France, passe "d’un paquebot à un petit voilier" doté de 350 000 euros de budget annuel.
Le club de réflexion qui s’inscrit dans un courant de pensée multiséculaire défend un libéralisme "à 360 degrés", explique Maxime Sbaihi. Pour autant, promeut-il une "liberté en tout ", comme Benjamin Constant en son temps ? "Oui, mais nous ne sommes pas libertariens", s’empresse-t-il de préciser. Politique, société, économie, le jeune think tank ferraille - parfois avec succès - avec les décideurs publics et n’a cure de cliver, en proposant aussi bien l’instauration d’un revenu universel (le Liber) que la légalisation du cannabis et de la gestation pour autrui ou encore la mise en place d’un droit de propriété sur les données personnelles.
Son dernier cheval de bataille ? "La subsidiarité ascendante !", déclare Maxime Sbaihi. "Cela fait des décennies que tout le monde parle de la décentralisation sans que cette notion ne recouvre toujours quelque chose de concret", plaide-t-il. L’idée est de demander aux collectivités locales ce qu’elles désirent compter dans leur champ de compétences et "laisser aux échelons supérieurs les compétences dont les collectivités locales ne veulent pas s’occuper", détaille-t-il. À l’approche des élections présidentielles, le think tank va investir les thématiques ayant trait à l’éducation telles que l’autonomie des universités et l’école primaire mais aussi celles liées à la refonte des institutions.
Au-delà de 2022, qui verra son premier livre - sur la jeunesse - être publié, l’ancien spécialiste des prévisions macroéconomiques ne daigne guère se projeter préférant que sa vie comporte "un voile d’ignorance", ainsi que l’écrivait John Rawls, philosophe… libéral.
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