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Le Bitcoin creuse un peu plus son trou
Près de vingt ans après le choix de Francisco Florès, alors président du Salvador, de renoncer au colon salvadorien et à sa souveraineté monétaire pour adopter le dollar américain, le président Nayib Bukele fait le choix d'accorder au bitcoin un cours légal. Cette décision annoncée à la conférence sur le bitcoin qui a eu lieu à Miami en juin 2021 s'est concrétisée très rapidement. Et ce malgré les très grandes réserves du Fonds monétaire international (FMI), organisme avec lequel le pays est en négociation pour un prêt d'une valeur d'un milliard de dollars.
La nation d'Amérique centrale a désormais lancé un portefeuille Bitcoin officiel dans laquelle elle a injecté près de 150 millions de dollars (30 dollars sont offerts à tous nouveaux détenteurs d'un compte). Le but de donner un tel statut à une cryptomonnaie est de réduire un maximum les frais de transaction liés aux transferts d'argent effectués par la diaspora. Les envois effectués par ces derniers représentent 20 % du PIB Salvadorien. Un deuxième objectif est de faire venir dans le rang de l'économie formelle les nombreux Salvadoriens à ne pas en faire partie (près de 70 % d'entre eux ne possédant pas de compte en banque).
Cette annonce du Salvador vient à contre-courant de la décision de Moodys, du 30 juillet, de dégrader la note du Salvador de B3 à Caa1 et les mises en garde du FMI contre l'adoption d'une telle monnaie. Ce dernier n'hésitant pas à affirmer sur son blog concernant ces cryptoactifs : "les risques et les coûts surpassent les éventuels bénéfices", tout en reconnaissant la facilité d'accès et la sécurité que ces derniers peuvent apporter, arguant que "l'utilisation d’une monnaie de réserve reconnue à l’échelle mondiale" présente davantage d'intérêts pour ces pays. Le rôle des cryptoactifs étant essentiellement intéressant aux yeux de l'institution de Washington pour réaliser des transactions mais non pour servir de réserve de valeurs.
De surcroît, reconnaître le Bitcoin ou toute autre monnaie numérique expose au risque de voir ces dernières servir pour des opérations de blanchiment, financement d'activités terroristes ou encore à des montages fiscaux illégaux. Il faut alors un arsenal juridique bien rodé pour échapper à ces risques, ce dont tous les pays ne sont pas capables.
Si les instances internationales sont réticentes à voir des Etats prendre dès maintenant ce genre de décisions, c'est également parce qu’elles estiment qu'il faut y aller pas à pas et prendre le temps d'expérimenter l'étendue des possibles : comme avec la Banque de France qui procède depuis plusieurs mois à des tests pour une monnaie numérique de Banque centrale. Les réticences des instances ne freinent pas les plus téméraires : cette semaine en plus de la décision du Salvador, le Panama travaille sur un projet de loi visant à autoriser les payements en 5 monnaies numériques et au cours des derniers mois, c'est le Venezuela qui a créé un cryptoactif adossé au cours du pétrole. Même à la Bourse de Paris des produits indexés sur le bitcoin ont fait leur apparition au printemps.
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