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Meridiam fait feu de tout bois
Le discret Meridiam, qui s’est soudainement retrouvé sous les feux de la rampe pendant l’homérique bataille entre Veolia et Suez et se prépare à racheter les actifs de Suez dont Veolia ne veut pas, n’en a pas moins poursuivi son métier depuis un an – la levée de fonds et l’investissement dans les actifs d’infrastructures. Témoin de cette activité, la société de gestion fondée par Thierry Déau a annoncé ce matin la collecte de cinq fonds pour un total de 5,3 milliards d’euros pour l’instant, montant qui devrait grimper à 5,6 milliards dans les mois qui viennent.
L’un d’eux, baptisé Meridiam Sustainable Waste & Water Fund (MSWWF), est d’ailleurs exclusivement destiné à financer sa prise de participation dans le "Nouveau Suez" qui sera cédé par Veolia. Il représente un peu plus de deux milliards d’euros, apportés en particulier par des compagnies d’assurances (dont la CNP, les Assurances du Crédit Mutuel et Allianz, selon nos informations), des caisses de prévoyances, etc. – bref, des investisseurs aux engagements longs qui correspondent aux horizons de très long terme qui sont ceux de Meridiam (ses véhicules ont une échéance de 25 ans et certaines infrastructures disposent de concessions de 50 ans).
Le montant de MSWWF est susceptible d’évoluer à la marge en fonction de la valorisation finale précise retenue pour le Nouveau Suez (prédéfinie autour de 10,4 milliards d’euros), laquelle dépendra de l’accord définitif de la Commission européenne sur les actifs que Veolia devra céder in fine, sachant que les futurs actionnaires du Nouveau Suez (Meridiam à 40 %, le fonds américain GIP à 40 % et la Caisse des dépôts à 20 %) se sont engagés à ne pas recourir à une dette d’acquisition supérieure à 40 % de la valorisation totale de leur cible.
Autres nouveautés, Meridiam a lancé deux fonds à impact environnemental : The Urban Resilience Fund (Turf), destiné aux infrastructures urbaines "résilientes" dans les villes en Europe et en Afrique, ainsi que Green Impact Growth Fund (GIGF), qui investira dans les PME des secteurs de la transition écologique. Turf se distingue par le fait que pour la première fois Meridiam a fait appel à des partenaires extérieurs – en l’occurrence la Fondation Rockfeller et le fonds des Nations unies UN Capital Development Fund. Après un premier closing à 290 millions d’euros, Meridiam espère atteindre environ 500 millions. GIGF est également une innovation pour la société de gestion de Thierry Déau, puisque GIGF investit directement dans des entreprises et non pas dans des projets ou des infrastructures existantes. Il a été labellisé Greenfin par le ministère de la Transition écologique et "Initiative Tibi" par le ministère des Finances. Le véhicule a déjà collecté 150 millions d’euros et vise à terme environ le double.
Meridiam lève enfin les générations suivantes de fonds préexistants. Sur sa plate-forme principale, la firme vient de clore son fonds Sustainable Infrastructure Europe IV (MSIE IV), qui a atteint sa limite maximale (hard cap) de 2,3 milliards d’euros en cinq petits mois. Témoin du succès grandissant du thème des infrastructures depuis quelques années, en particulier depuis la pandémie, MSIE IV est largement supérieur au fonds de génération précédente, clos en 2016 à 1,3 milliard d’euros. Meridiam est également en cours de collecte d’Infrastructure Africa Fund II (MIAF II) destiné au continent homonyme : 500 millions d’euros ont pour l’instant été réunis, pour un objectif de 750 millions. Le premier fonds africain de Meridiam avait clôturé en 2019 à 546 millions.
Meridiam revendique désormais un virage ESG en totalité, y compris pour ses fonds historiques. Si une route peut sembler peu favorable à l’écologie, des éléments sont susceptibles de les "verdir", revendique la firme : l’utilisation de matériaux recyclés, l’éclairage utilisant le solaire, l’installation de bornes de recharge pour véhicules électriques, l’utilisation de sous-traitants locaux, etc.
Au total, les actifs sous gestion de Meridiam dépassent les 15 milliards d’euros.
Ces derniers temps, les fonds d’infrastructures se sentent pousser des ailes. En témoigne l’introduction en Bourse d’Antin Infrastructure Partners (qui pourrait atteindre une capitalisation de 4,13 milliards d’euros et qui prépare une levée de fonds de 10 à 11 milliards d’euros), la levée record en Europe de 9,1 milliards réalisée par EQT pour son quatrième fonds en 2019 (sachant qu'il ambitionne d'atteindre 14 milliards pour le suivant) et Ardian, qui a levé 6,1 milliards il y a deux ans, soit le double de son fond "infra" précédent.
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