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Macro-économie / Taux / BlackRock / Henri Chabadel / Economiste / Prévisions

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L'année 2022 vue par... Henri Chabadel, Chief Investment Officer pour la France, la Belgique et le Luxembourg chez BlackRock

WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2022 après une année 2021 marquée par la reprise mais aussi par les tensions inflationnistes. Chaque jour nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire et à conserver précieusement.
Henri Chabadel, CIO de BlackRock
Henri Chabadel, CIO de BlackRock

Quelles sont vos perspectives pour l’économie mondiale ? Avez-vous élaboré plusieurs scénarios selon la dangerosité du nouveau variant Omicron ?

Nos perspectives restent positives pour l’économie mondiale et les marchés d’actions en 2022, dans la mesure où le redémarrage de l’activité n’est pas encore arrivé à son terme. Par ailleurs, il reste une épargne conséquente des ménages qui n’a pas pu à ce jour se transformer en consommation de biens ou de services du fait des goulots d’étranglement dans les chaînes de production et de la persistance de certaines restrictions sanitaires. Nous anticipons que les principales banques centrales vont rester en soutien de ce redémarrage économique avec des politiques monétaires accommodantes, et ce même si elles commencent à infléchir leur discours et leurs décisions pour initier la normalisation des politiques monétaires. A ce stade, au vu des informations disponibles, nous nous gardons bien d’essayer de prévoir quel sera le développement du variant Omicron. Pour l’heure, notre scénario central est que si ce variant - ou un autre - peut avoir des conséquences ponctuelles sur l’activité économique, il est encore incertain qu’il puisse provoquer à nouveau l’arrêt de l’activité économique mondiale, grâce au vaccin et à ce que nous avons collectivement appris pour protéger les populations.

Faut-il s’inquiéter du ralentissement économique chinois ?

Le ralentissement économique chinois s’inscrit dans une transition souhaitable et nécessaire du modèle de croissance économique de ce pays. Historiquement très tourné vers la croissance à tout prix, ce modèle de croissance n’était évidemment pas tenable sur le long terme, car il était associé à des excès, par exemple en termes d’endettement ou d’empreinte carbone. Cette transition nécessite des ajustements, avec des conséquences qui peuvent être négatives à court terme sur l’activité ou l’évolution de certains prix d’actifs ou de certains acteurs, mais c’est une transition qui permet de rendre le modèle de croissance chinois plus robuste, durable et résilient. Elle ne change pas selon nous l’intérêt pour les investisseurs d’être exposés aux actifs chinois, au contraire.

L’inflation actuelle, d’où qu’elle vienne (matières premières, pénuries multiples, prix du carbone), est-elle transitoire ?

Le débat sur la nature de l’inflation que nous connaissons a été animé cette année. Plusieurs qualificatifs ont pu être employés, dont le fameux "transitoire", utilisé jusqu’à récemment par la Banque Centrale américaine, remplacé depuis par le terme "persistante" pour de nombreux observateurs et qui pourrait même être "permanente" pour d’autres. Notre équipe de recherche, le BlackRock Investment Institute, a contribué à ce débat en défendant une thèse, selon laquelle l’inflation observée aujourd’hui serait de nature transitoire, qui durera le temps de revenir à un niveau normal en termes d’activité économique. Cependant, le point d’équilibre auquel nous arriverons pour l’inflation pourrait être structurellement plus élevé que ce que nous avons connu par le passé. Cela s’explique par les forces structurelles contribuant à la hausse tendancielle des prix comme la transition vers une économie Net Zéro, la réorganisation des chaînes de production mondiales ou encore des tensions géopolitiques durables entre les Etats-Unis et la Chine.

L’an prochain, les États retireront un peu plus leur soutien aux économies, sont-elles prêtes pour cela ? 

Il est normal de voir en période de redémarrage les États et les banquiers centraux revenir à une position plus normale en termes de soutiens à l’activité économique. Les consommateurs et les entreprises, qui ont largement été protégés lors de la crise sanitaire, ont les moyens de prendre le relais. Nous connaissons les conséquences parfois inattendues de politiques de soutien trop longues ou trop massives sur certains pans de l’activité économique, avec par exemple un marché de l’emploi qui peine à revenir à la normale, ou des entreprises fragiles, les fameuses entreprises "zombie", qui subsistent de manière artificielle et pèsent sur le potentiel de croissance future des économies. Il est primordial que le retrait de ces politiques de soutien par les gouvernements se fasse de manière aussi coordonnée que possible avec la normalisation opérée par les banques centrales.

Les Banques centrales injecteront également moins de liquidités. Craignez-vous des tensions sur les taux d’intérêt et les marchés actions ?

Les taux d’intérêt vont progressivement monter à long terme, c’est normal et même souhaitable. Mais notre conviction est que les taux réels, c’est-à-dire le niveau des taux nets d’inflation, vont monter de manière plus progressive et demeurer en territoire négatif ou nul encore longtemps. Dans ces conditions, nous anticipons une période longue pendant laquelle les obligations d’État ne vont plus apporter autant de pouvoir de diversification du risque que par le passé aux épargnants. Les marchés d’actions devraient mieux profiter de la période à venir, du fait de perspectives de croissance qui restent positives et de conditions de refinancement qui demeurent accommodantes, et ce même si le niveau d’accommodation tend à se réduire progressivement.

Estimez-vous que l’euro va continuer de se déprécier face au dollar ?

C’est une vraie question, et elle dépendra en grande partie du différentiel entre les politiques monétaires des Etats-Unis et de l’Europe. Si d’un côté, la Réserve fédérale américaine  normalise progressivement ses politiques monétaires conventionnelles et non conventionnelles, alors même que la BCE conserve un positionnement très accommodant, l’Euro aura vocation à poursuivre sa baisse par rapport au Dollar. Mais la baisse de l’Euro est aussi synonyme d’inflation importée, et donc de la possibilité réduite pour la BCE de tenir longtemps une position aussi différente de celle de la Fed. Les politiques monétaires des deux côtés de l’Atlantique ont ainsi vocation à converger progressivement, et la baisse éventuelle de l’Euro ne peut pas être durable.

Après avoir été en retrait ces dernières années, pensez-vous que le sujet de la soutenabilité des dettes publiques doit faire son retour sur le devant de la scène ? 

La soutenabilité des dettes publiques est un débat normal pour toutes les économies du monde, en particulier celles qui sont dépendantes des financements extérieurs. Au sein de la zone Euro, ce débat est d’ailleurs prévu dans le cadre des traités, il a donc vocation à revenir après des années exceptionnelles pendant lesquelles les politiques d’endettement public étaient indispensables. Ce qui s’est passé en 2020 et 2021 vient toutefois modifier la perspective en zone Euro, avec une plus forte intégration fiscale entre les États, d’une part, et une plus forte coordination entre politiques fiscales et politiques monétaires, d’autre part. Il sera intéressant de voir comment la question sera traitée au niveau européen en 2022, avec la situation en Allemagne, où une nouvelle coalition affiche à la fois l’ambition de revenir à une certaine forme d’orthodoxie budgétaire et des objectifs de hausse des investissements, en particulier dans le domaine de la transition climatique.

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