Professions financières / Morgan Stanley / Banque d'affaires / banque d'investissement / M&A / fusions-acquisitions / ECM
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Morgan Stanley / Banque d'affaires / banque d'investissement / M&A / fusions-acquisitions / ECM
Morgan Stanley se distingue en trompe-l’œil
Morgan Stanley se distingue. Alors que ses principales concurrentes ont engrangé des résultats jamais vus en 2021 mais légèrement assombris par un quatrième trimestre plus mitigé, la banque américaine a elle coché toutes les cases. Non seulement a-t-elle dégagé l'année dernière un bénéfice net record de 14,6 milliards de dollars (en hausse de 39%) et un chiffre d'affaires également au plus haut (à 59,8 milliards, en hausse de 23%), mais elle affiche également des comptes en hausse au quatrième trimestre, dans un environnement moins favorable : son résultat net a progressé de 10% à 3,6 milliards de dollars et son chiffre d'affaires de 7% à 14,52 milliards.
Mais Morgan Stanley doit pour partie cette bonne fin d'année, qui contraste donc avec celle de JPMorgan, Citigroup et Goldman Sachs, à un décalage dans les dépenses opérationnelles - essentiellement les rémunérations versées à ses banquiers conseils et ses traders sur les marchés. Morgan Stanley a en effet réussi à les réduire de 2%, principalement grâce à la baisse de 7% des rémunérations. Mais sur l'ensemble de l'exercice, l'établissement subit les mêmes contraintes : la flambée des salaires et des bonus, liée à la fois à la guerre que s'est livré le secteur pour attirer les talents et à l'activité exceptionnelle dans les fusions-acquisitions et sur les marchés financiers pendant l'année - qui ont généré un montant de commissions rarement atteint. Les rémunérations des salariés de Morgan Stanley ont ainsi progressé de 18% en 2021, en nette hausse, comme pour ses concurrents JPMorgan (+10%) et Goldman Sachs (+33%).
Dans le trading au dernier trimestre, le destin de Morgan Stanley n'est pas différent de celui de ses homologues. Etant donné que la fin de l'année 2020 avait été particulièrement dynamique sur les marchés de taux, changes et matières premières, ses revenus en la matière ont souffert (-31%). Sur les marchés actions, l'établissement a en revanche profité de la hausse des valorisations - même si elle a été plus chaotique que lors des trimestres précédents. Ses revenus dans ce domaine ont progressé de 13%. Mais globalement, la perte de revenu du côté des taux a été supérieure aux gains dans le négoce d'actions ; la division marchés subit un recul de son revenu de 6%.
Quid pour demain ?
Les principales banques américaines viennent donc de publier des résultats exceptionnels depuis deux ans. L'année 2022, avec les baisses de rachats d'actifs et les hausses de taux des Banques centrales américaine et européenne en perspective pour lutter contre une inflation à des niveaux record, ne devrait pas être d'une même teneur. Il reste à savoir ce que les investisseurs sont prêts à entendre. Leur réaction très négative face à la baisse pourtant logique des résultats de JPMorgan, Citigroup et Goldman Sachs, peut étonner : il est surprenant qu'ils aient été surpris.
Il reste aussi à savoir quelle sera la "nouvelle normalité" après deux ans totalement imprévisibles. "Aucun d'entre nous n'aurait pu prévoir l'environnement dans lequel nous avons vécu ces deux dernières années, et en particulier l'environnement de cette année, qui a manifestement été un vent porteur important pour notre activité. Nous ne considérons en aucun cas cet environnement comme un environnement permanent, qui se poursuive à ce rythme", a déclaré hier David Solomon, le directeur général de Goldman Sachs. Plus précisément, 2022 pourrait se situer entre la suractivité récente et l'activité pré-crise sanitaire.
"Dans notre scénario central, les marchés et la banque se normalisent quelque peu en 2022 par rapport à leurs années record respectives en 2020 et 2021 et reprennent une croissance modeste par la suite", a par exemple expliqué le directeur financier de JPMorgan, Jeremy Barnum, aux analystes vendredi dernier. On ne devrait pas en effet assister à un effondrement des transactions en banque d'investissement : la nécessité pour les entreprises de procéder à des arbitrages d'activités et à des acquisitions pour s'adapter à un monde plus numérisé et décarboné sera encore là pour les années à venir, tandis que la hausse des taux devrait logiquement soutenir l'activité sur les marchés de taux.
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