Professions financières / Banques / Italie / fusions-acquisitions / M&A / Banco BPM
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Banques / Italie / fusions-acquisitions / M&A / Banco BPM
L'Italie relancera-t-elle les fusions bancaires en Europe ?
Les appels du pied de la Banque centrale européenne (BCE) en faveur des fusions bancaires entre pays de la zone euro, pour créer des ensembles plus forts face à la crise qui s’installe et à des taux désespérément faibles, vont-ils porter leurs fruits ?
Car les annonces faites jusqu’à présent ont concerné des rapprochements nationaux : l’OPA d’Intesa Sanpaolo sur UBI Banca en Italie, en juillet dernier, et l’acquisition deux mois plus tard de Bankia par Caixabank pour former le premier établissement espagnol.
Cela n’aura qu’un temps, ne serait-ce que pour des questions de concurrence. La crise financière de 2008 a déjà provoqué quelques concentrations – et nationalisations – dans certains pays, en particulier en Espagne, en Italie, au Royaume-Uni et, dans une moindre mesure, en Allemagne. Mais rien de structurant pour le système bancaire européen. D’où la position actuelle de la BCE.
Mais les fusions bancaires transfrontalières se heurtent à deux obstacles de poids : le patriotisme économique et, surtout, l’absence d’union bancaire à l’échelle de la zone euro. "Tant qu’il n’existe pas de système permettant de mutualiser les risques, les fusions seront difficiles. Les Etats et les superviseurs nationaux accepteront difficilement qu’un de leur établissement soit exposé au risque d’un pays moins bien noté", explique un banquier d’affaires. Par exemple l’Italie, aux finances publiques fragiles et dont les obligations sont majoritairement détenues par les particuliers et les investisseurs italiens, clients des banques transalpines.
Alors comment interpréter les rumeurs concernant l’italienne Banco BPM ? Après un scénario évoquant fin juin un rapprochement avec Monte dei Paschi di Siena, que le gouvernement de Guiseppe Conte aimerait privatiser l’an prochain en rapprochant les deux établissements, c’est le français Crédit Agricole qui, la semaine dernière, était cité comme prétendant. Selon la presse transalpine, les banques auraient signé un accord de confidentialité pour évoquer l’idée d’un rapprochement.
Nonobstant les freins évoqués plus haut, le scénario est crédible. Les deux banques se connaissent très bien : ils se partagent la filiale Agos dans le crédit à la consommation (détenue à 61 % par Crédit Agricole Consumer Finance et à 39 % par Banco BPM). En outre, le Crédit Agricole a, depuis des années, une position forte en Italie : il détient 75 % Cariparma depuis 2007. Il est donc ancré dans le paysage local, qu’il connaît bien. Une position qu’il a renforcée en 2017 avec l’acquisition de trois établissements locaux (Banca Carim, Cassa di Risparmio di Cesena et Carismi).
Il détient également, depuis 2018, 5 % du capital de Creval (Credito Valtellinese) suite à la signature d’un accord de distribution dans l’assurance-vie. Selon la presse, le groupe français aurait le mois dernier d’abord imaginé de s’en rapprocher avant de discuter avec Banco BPM. Creval, 10ème banque italienne, a lancé l’année dernière, après avoir achevé sa restructuration, un plan stratégique 2023 et son patron a publiquement indiqué qu’il n’excluait pas de s’allier avec un partenaire.
Le Crédit Agricole est un groupe mutualiste (même s’il dispose d’une filiale cotée Crédit Agricole SA, ou Casa) et sans actionnariat public, deux éléments qui peuvent rassurer les pouvoirs publics italiens et les actionnaires des établissements transalpins.
Davantage que Creval, Banco BPM est un acteur important en Italie : lui-même issu de la fusion entre Banco Popolare et Banca Popolare di Milano en 2017, il occupe une part de marché d’environ 8 %, avec 4 millions de clients et un peu plus de 2 000 agences. Étant donné que Banco BPM fait grosso modo le double de la taille de Cariparma, "une telle opération accroîtrait le bénéfice par action de Casa de 6 % d'ici à 2023 sans prendre en compte les synergies de revenues, mais nous reconnaissons que cette estimation pourrait être trop prudente étant donné le savoir-faire de Casa dans les ventes croisées. Nous estimons qu'une acquisition de Creval contribuera potentiellement moins à la croissance du BPA (seulement 1 % en prenant les mêmes hypothèses de calcul), mais resterait pertinente", expliquent les analystes d'UBS. Un rapprochement entre Banco BPM et le Crédit Agricole permettrait à la banque française d’occuper la deuxième place du marché italien de la banque de détail, ex aequo avec Unicredit, avec 11 % de part de marché, derrière l’inamovible Intesa Sanpaolo et ses 12 millions de clients. Ce dernier a d’ailleurs consolidé sa place cet été en acquérant le numéro trois UBI Banca pour 4,9 milliards d’euros, provoquant d'ailleurs la préoccupation du patron de Banco BPM, Giuseppe Castagna, en août dernier.
Le marché bancaire italien, historiquement composé de myriades d’établissements régionaux, voire municipaux, semble donc mûr pour une troisième vague de concentration – après une première vague émaillée de scandales à la faveur la bulle financière mondiale (stoppée par son éclatement en 2007-2008) et une deuxième consécutive à la crise de la zone euro de 2010-2012 (qui a définitivement sonné le glas du modèle traditionnel transalpin).
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