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Suez : une victoire à la Pyrrhus pour Veolia ?

En proposant à Engie 18 euros par action Suez, soit une prime de 20 % par rapport au niveau du cours avant la pandémie, Veolia s’oriente vers une victoire ce soir. Mais si l’opération fait les beaux jours d’Engie, le plus dur reste à venir pour Veolia.
Antoine Frerot - Veolia
Antoine Frerot - Veolia

Avec les nouveaux termes de son offre, Veolia garantit le succès de son offensive sur Suez. À 18 euros par action, contre 15,50 euros précédemment, le numéro un mondial du traitement de l’eau et des déchets propose désormais à Engie 3,4 milliards d’euros pour 29,9 % du capital de Suez, contre 2,9 milliards précédemment. Ce prix servira de référence à une future offre publique d'achat (OPA) sur le solde du capital de Suez.

Une offre que le conseil d’administration d’Engie, qui se réunira ce soir vers 17 heures, ne pourra pas refuser vis-à-vis de ses propres actionnaires. C’est l’énergéticien lui-même qui, fin juillet, a publiquement indiqué qu’il était vendeur de l’intégralité de sa participation (32 %) et le titre Suez n’a pas atteint 18 euros depuis… 2015. Engie ne peut dont pas se permettre de lâcher la proie pour l’ombre. Et l’offre expire ce soir.

En donnant des gages d’"amicalité", comme l’a déclaré son P.-D.G. Antoine Frérot ce matin, Veolia a également répondu aux préoccupations du gouvernement, voire à celles des dirigeants de Suez. Étant donné les enjeux, le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a multiplié ces derniers jours les appels au dialogue et à la temporisation, souhaitant que les parties prenantes se laissent un délai de trois semaines avant de prendre une décision. Le président de Suez Philippe Varin réclamait, lui, trois mois à Jean-Pierre Clamadieu, le président d’Engie, pour avoir le temps de constituer une offre concurrente.

Mais voilà : c’est Veolia qui maîtrise le calendrier. En l’occurrence, il a maintenu la pression sur Engie ("à minuit, je reprends ma liberté" a déclaré Antoine Frérot), tout en permettant aux parties réticentes (Suez et le gouvernement) de sauver la face. En effet, le prétendant conditionne son OPA sur les 70,1 % du capital de Suez non détenus par Engie à la recommandation favorable du conseil d’administration de la cible, en accordant un délai de 6 mois pour trouver un accord. Mais signe qu’il est en position de force, Veolia pose une condition : que Suez désactive immédiatement la fondation néerlandaise créée la semaine dernière pour sanctuariser les activités Eaux en France, que Veolia entend vendre au fonds Meridiam pour obtenir l’accord des autorités antitrust.

Autre signe d’amicalité à l’égard de Suez, Veolia a réitéré sous forme d’engagement ses propositions précédentes d’intégrer de manière "équitable" ses équipes dirigeantes dans le groupe élargi ("4 ou 5 managers dans le comité exécutif et 3 administrateurs dans le conseil d’administration, dont un salarié", a précisé son président).

Quant au volet qui intéresse particulièrement le gouvernement et les salariés de Suez, Veolia a renouvelé ses engagements sur la préservation de l’emploi et les avantages sociaux, tandis qu’Antoine Frérot a confirmé ceux de Meridiam, mais aussi les engagements que devra prendre tout repreneur des activités de traitement des déchets en France (également sur la sellette pour des raisons de concurrence) : "Le premier critère sera le respect des mêmes garanties sociales, sinon il n’y aura pas de vente", a-t-il précisé.

La grâce de six mois accordée à Suez est tactiquement bien jouée, mais elle ne garantit pas l’amicalité : en l’absence d’accord après le délai de six mois, Veolia sera libre de lancer une OPA hostile. "Je serai en mesure de soumettre le projet à l’ensemble des actionnaires, qui trancheront", a prévenu Antoine Frérot.

Le conseil d’administration de Suez n’est d’ailleurs pas dupe : "Il a constaté que les propositions faites ce jour par Veolia restent floues et qu’elles ne garantissent pas l’intérêt des actionnaires et parties prenantes […]. S’agissant des actionnaires, Suez observe que rien ne garantit qu’ils bénéficieront d’une offre en numéraire au même prix et conditions qu’Engie", a-t-il répondu dans un communiqué, en précisant toujours travailler à la recherche d’une autre solution.

Reste la question – la plus fondamentale et finalement peu évoquée – du bien-fondé stratégique de l’opération. En accordant un délai de six mois pour convaincre les dirigeants et administrateurs de Suez, ces derniers ont largement le temps de poursuivre le programme de cessions d’actifs prévu dans le plan stratégique 2030, au risque, pour Veolia, de ne mettre la main que sur l’ombre de Suez. Antoine Frérot l’a d’ailleurs reconnu à demi-mot : "Nous rediscuterons des cessions de Suez pour celles qui n’auront pas abouti. Nous verrons".

Quoi qu’il en soit, Engie apparaît comme le gagnant de cette longue passe d’armes. À ce prix, il aura largement de quoi accélérer ses investissements dans les énergies renouvelables.

L’action Suez bondissait de 4,3 % (à 15,56 euros) peu avant 14 h 00, tandis que celle d’Engie progressait de 0,4 % (à 11,32 euros) et celle de Veolia de 1 % (à 18,50 euros).

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