Professions financières / Société Générale / Frédéric Oudéa / Banque
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Société Générale / Frédéric Oudéa / Banque
La Société Générale poursuivra ses efforts en 2022
Après avoir bien mal encaissé le choc de la crise sanitaire au premier semestre 2020, renouant avec des pertes inattendues sur les marchés, la Société Générale s'est formidablement redressée l'année dernière. En témoigne son résultat net record de 5,6 milliards d'euros, après avoir subi une perte nette de 258 millions en 2020, en partie grâce à son quasi quadruplement au quatrième trimestre (à 1,79 milliard d'euros).
Bien entendu, comme pour les rivales de la Société Générale, la chute du coût du risque consécutive au redressement de l'économie et la faiblesse des défauts de paiement de sa clientèle comptent pour beaucoup dans la dimension spectaculaire de son rebond. L'établissement a réduit le montant de ses provisions pour créances douteuses de plus de 87% au dernier trimestre notamment (à 86 millions d'euros). Cette tendance fait exploser le bénéfice net dans l'ensemble de ses activités.
Mais la Société Générale a su faire redémarrer sa dynamique commerciale, aidée là aussi par le redémarrage de l'économie : son produit net bancaire (PNB, l'équivalent du chiffre d'affaires) a progressé de près de 17% l'année dernière, à 25,8 milliards d'euros. Toutes les divisions opérationnelles progressent, mais plus particulièrement, "le redressement de la BFI [banque de financement et d'investissement, ndlr] est en bonne voie et les revenus de la banque de détail en France constituent une bonne surprise", constatent les analystes de J.P. Morgan Cazenove.
L'ensemble des activités de détail (en France, à l'étranger et dans les services financiers) connaît en effet une hausse de PNB : +4,8% hors provision pour le PEL/CEL pour la banque de détail française et +9,9% pour les activités internationales (en particulier grâce aux services financiers aux entreprises et à l'assurance).
Le pôle Banque de grande clientèle et solutions investisseurs (qui comprend la BFI) est également à la fête (+25% sur un an à 9,53 milliards d'euros). En particulier, la volonté des entreprises de revoir leur périmètre d'activités et leur modèle économique a alimenté des transactions record d'acquisitions, de cessions et d'émissions de dette et de capital… et alimenté les revenus des intermédiaires financiers : le PNB de la Société Générale dans les activités de financement et de conseil a atteint ainsi un record de 2,92 milliards d'euros en 2021 (+14,8%). Les activités de marché ont de leur côté profité de la flambée des Bourses. Leur PNB a grossi de 40% à 5 milliards d'euros, grâce à la partie sur les actions - dont les revenus ont été multipliés par 2,5 et atteint 3,15 milliards d'euros, le montant le plus élevé depuis 2009.
Le dynamisme commercial de la Société Générale intervient alors qu'elle a su maîtriser la hausse de ses charges (+5,2%). Il en résulte un effet de ciseaux très positif et une baisse franche de son coefficient d'exploitation, indicateur central de mesure de la rentabilité des banques : ce dernier recule de 7,6 points de pourcentage, reculant de 74,6% à 67% et passant de peu devant sa grande rivale BNP Paribas (qui affiche un coefficient de 67,3%).
De nombreux chantiers
Il n'en reste pas moins que la SocGen devra confirmer en 2022. Elle s'est fixé l'objectif de maintenir son coefficient d'exploitation entre 66 et 68% cette année, pour le faire ensuite diminuer régulièrement. "La nouvelle orientation donnée par la banque sur la baisse de son coefficient d’exploitation de 71% au T4 2021 à un niveau compris entre 66% et 68% en 2022, indique des efforts continus pour améliorer son efficacité opérationnelle et la capacité du groupe à absorber d’éventuels chocs externes", souligne Olivier Panis, responsable du secteur financier pour l'agence de notation Moody's. Pour ce faire, le groupe compte notamment poursuivre l'ambitieux chantier de la fusion des réseaux Société Générale et Crédit du Nord, entamé l'année dernière. De son succès dépendra la confirmation à long terme des bons résultats engrangés en 2021 dans la banque de détail. "2022 sera une année très intense", a confirmé Frédéric Oudéa, le directeur général du groupe, en conférence de presse. "La migration informatique du Crédit du Nord est prévue au premier semestre 2023. La fusion devrait engendrer des économies de coûts supérieures à 350 millions d'euros à compter de 2024 et réduire la base de coûts de 450 millions d'euros en 2025", a précisé le patron.
La banque directe n'est pas oubliée et constitue l'autre chantier de la SocGen : après avoir atteint son objectif commercial avec un an d'avance sur son plan en affichant 3,3 millions de clients en décembre dernier, sa filiale Boursorama a l'occasion d'attirer le million de clients de la branche française d'ING (ex-ING Direct) suite à l'accord passé avec l'établissement néerlandais la semaine dernière.
Dans les services financiers spécialisés, 2022 sera également l'année de sa filiale de financement automobile ALD, qui a terminé l'année dernière avec un bénéfice net en expansion de 71%, à 873 millions d'euros. Elle a réalisé un coup de maître en acquérant son grand concurrent néerlandais LeasePlan en janvier dernier, qui l'a fait doubler de taille. Encore un chantier prometteur, dont le plus dur reste à faire.
La Société Générale devra également veiller à ne pas faire déraper les coûts dans la Banque de grande clientèle. "L'évolution des coûts de la BFI sera l'une des principales questions pour la direction, car le marché cherche à évaluer les perspectives de rentabilité de la division après les mesures de restructuration", confirme le courtier Citigroup.
Les résultats de l'établissement sis à La Défense ont été très bien accueillis par les investisseurs, compte tenu de sa très faible valorisation boursière par rapport à son actif net. L'action s'adjugeait près de 3% en début d'après-midi, après avoir approché les 5% en matinée - aidée également par la volonté de la banque de distribuer un dividende de 1,65 euro en numéraire, trois fois celui de 2020, et d'ajouter un nouveau plan de rachat d'actions de 915 millions d'euros, équivalent à 1,10 euro par action.
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