Entreprises / Actions / Ukraine / Russie / Larry Fink / BlackRock / décarbonation / transition énergétique / climat
Entreprises / Actions
Ukraine / Russie / Larry Fink / BlackRock / décarbonation / transition énergétique / climat
Mondialisation et transition énergétique : la Russie provoque un reboot
Qu’elle est loin la missive de Larry Fink du début d’année destinée aux chefs d’entreprise, dans laquelle le fondateur de BlackRock affirmait que les sociétés qui ne feraient pas de leur décarbonation une priorité resteraient au bord du chemin. Dans une nouvelle lettre à ses actionnaires publiée hier, il explique que "la sécurité énergétique a rejoint la transition énergétique au rang de priorité mondiale ".
L’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’un des principaux fournisseurs mondiaux de gaz naturel, est évidemment passée par là. S’il répète que la transition énergétique ne pourra se faire que si elle est juste, Larry Fink estime que la guerre va ralentir la réduction des émissions, puisque la réduction de la dépendance énergétique à l’égard de la Russie pousse les Etats-Unis et surtout l’Europe à relancer des productions carbonées, comme le charbon, le pétrole ou le gaz à court terme. Mais Larry Fink estime qu’à plus long terme, la transition vers les énergies vertes va accélérer, celles-ci bénéficiant d’un surcroît d’innovation, devenant plus compétitives par la flambée des prix des énergies fossiles.
Entretemps, BlackRock entend "continuer à travailler avec des compagnies spécialisées dans les hydrocarbures qui jouent actuellement un rôle essentiel dans l'économie actuelle et en joueront un dans toute transition qui sera couronnée de succès. Pour assurer que les prix de l'énergie restent abordables, les énergies fossiles et le gaz naturel seront un important moteur de la transition", explique Larry Fink.
Plus globalement, la guerre en Ukraine sonne le glas de la mondialisation telle que nous l’avons connue ces dernières décennies. "L’attaque brutale de la Russie sur l’Ukraine a renversé l’ordre mondial en place depuis la fin de la Guerre froide, il y a plus de 30 ans. […] Les ramifications de cette guerre ne se limitent pas à l’Europe de l’Est. Elles se superposent à une pandémie qui a déjà eu de profonds effets sur les tendances politiques, économiques et sociales. Les conséquences se répercuteront dans les décennies à venir de manière imprévisible", explique-t-il. La pandémie avait déjà poussé les nations, les entreprises et les individus à se replier sur eux-mêmes et a polarisé les opinions.
Le gérant star rappelle son opinion selon laquelle "l’accès aux marchés de capitaux est un privilège, non un droit". Et selon lui, les sanctions prises par les entreprises du secteur privé à travers le monde contre la Russie "illustrent le pouvoir des marchés de capitaux : comme ils peuvent apporter des capitaux à ceux qui travaillent de manière constructive au sein du système et comment ils peuvent rapidement barrer l’accès à ceux qui opèrent en dehors".
La "démondialisation" en marche depuis la pandémie et soulignée par maints économistes va s’accentuer, prédit Larry Fink : le débranchement de l’économie russe pousse encore davantage les gouvernements et les entreprises à remettre en cause leurs dépendances et leurs implantations industrielles. Et pas seulement vis-à-vis de la Russie. "Cela pourrait conduire les sociétés à rapatrier ou à rapprocher leurs activités. Le retrait de certains pays serait accéléré, tandis que d’autres – comme le Mexique, le Brésil, les Etats-Unis, ou les centres de production en Asie du Sud-Est – pourraient en bénéficier", écrit-il, avant de prédire que la réorientation des chaînes d’approvisionnement provoquera inévitablement de l’inflation, en faisant grimper les coûts et en pesant sur les marges des entreprises. Un vrai dilemme pour les Banques centrales, ajoute le fondateur de BlackRock.
Parmi les autres bouleversements provoqués par la crise ukrainienne, Larry Fink voit le développement des monnaies numériques, en particulier à travers les initiatives de Banques centrales : encore une fois, les Etats sont poussés à étudier leur dépendance à l’égard des devises, alors que des travaux exploratoires avaient déjà cours (la Réserve fédérale américaine ou la Banque centrale européenne par exemple). Autre intérêt des cryptomonnaies, "un système de paiement numérique mondial bien pensé peut améliorer les règlements internationaux tout en réduisant le risque de blanchiment d’argent et de corruption", explique l’auteur.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

