Professions financières / Société Générale / Ukraine / Russie / Rosbank / SG Russie
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Société Générale / Ukraine / Russie / Rosbank / SG Russie
La Société Générale se met en position de sécurité en Russie
Certains analystes soulignaient le potentiel de rebond important de la Société Générale à l’aune de ses comptes 2021. Force est de constater que l’invasion de l’Ukraine par la Russie va repousser cette perspective à plus tard. Son action a en effet perdu un quart de sa valeur depuis le début de la guerre, le 24 février. La banque est en effet l’établissement français le plus exposé à la Russie, via ses filiales locales regroupées dans SG Russie (Rosbank, Rosbank Insurance et la filiale de leasing ALD Automotive OOO Russia) et ses activités de groupe.
Selon une mise à jour effectuée hier, la Société Générale a tenu à relativiser les conséquences du dénouement le plus défavorable, à savoir une expropriation décidée par les autorités russes. Une hypothèse qu’elle n’exclut pas totalement. "Avec un ratio [de fonds propre durs] CET1 de 13,7% au 31 décembre 2021, soit une marge de manœuvre d’environ 470 points de base au-dessus de l’exigence réglementaire, le groupe est tout à fait en mesure d’absorber les conséquences d’un éventuel scénario extrême qui affecterait les droits de propriété sur ses actifs bancaires en Russie, dont l’impact en capital est estimé à environ -50 points de base de ratio de capital CET1 et ne remettrait pas en cause le versement du dividende au titre de l’exercice 2021", explique la banque au logo rouge et noir.
La Société Générale affichait en effet, au 31 décembre 2021, une exposition de 18,6 milliards d’euros, dont 15,4 milliards comptabilisés sur place à travers SG Russie et 3,2 milliards en "off-shore" (dont 2,6 milliards inscrits sur son bilan). Cette somme équivaut à 1,7% de l’ensemble du groupe. En termes comptables, SG Russie a représenté 2,8% de son produit net bancaire (PNB, équivalent du chiffre d’affaires) et 2,7% de son résultat net en 2021. Quant à l’Ukraine, la Société Générale évalue son exposition à moins de 80 millions d’euros, essentiellement à travers ALD Automotive.
En outre, SG Russie est relativement autonome sur le plan des liquidités et de ses fonds propres. A 10,74%, son ratio CET1 dépasse de 274 points de base – soit 2,74 points de pourcentage. Le ratio de crédits sur dépôts atteignait environ 80% fin décembre, le tout libellé en rouble à hauteur de 99,7% pour ses clients particuliers (41% de l’exposition de SG Russie dont 70% sont sécurisés) et de 68% pour les entreprises (31%).
La Société Générale s’estime enfin relativement protégée des sanctions internationales. Concernant SG Russie, "l’exposition locale sur des contreparties entreprises et institutions financières soumises à sanctions est très faible (0,2 milliard d’euros)". Concernant les expositions off-shore, pour plus des deux tiers liées à des financements d’entreprises dans le secteur de la métallurgie et des minéraux, "les contreparties sous sanctions représentent environ 0,7 milliard d’encours nets". "Les sanctions interdisent la conclusion de transactions nouvelles mais n’empêchent pas le dénouement des opérations ni nécessairement le remboursement de crédits", rappelle la banque sise à La Défense.
Considérant l’ensemble de ces éléments, le bureau d’analyse financière indépendant Alphavalue estime que la perte maximale que pourrait subir la Société Générale si elle devait déprécier la totalité de son exposition représenterait 5,8 milliards d’euros (2,6 milliards pour la valeur résiduelle nette de Rosbank et 3,2 milliards d’exposition directe). "Ceci ne devrait pas fragiliser la capitalisation du groupe", conclut-il.
Pour l’instant, la Société Générale ne souhaite pas modifier son hypothèse de coût du risque (montant des provisions pour créances douteuses et litigieuses rapporté à l’encours total des crédits souscrits par les clients, une ligne qui pèse directement sur le résultat net d’une banque) pour l’année à l’échelle du groupe. Elle fera un nouveau point à l’occasion de la publication de ses résultats du premier trimestre 2022, le 5 mai prochain. Elle ajoute qu’elle s’efforce de "réduire les risques et de préserver la liquidité de sa filiale en maintenant une collecte diversifiée de dépôts".
Alors que plusieurs multinationales ont annoncé leur retrait de Russie ou la vente de leurs actifs russes, la Société Générale n’a pas fait de commentaire sur ce point.
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