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Moscou et Riyad rêvent d'un "Opep du gaz"
Le serpent de mer d’un "Opep du Gaz" est de retour. Cela sonnerait le glas de l’actuel Forum des pays exportateurs de gaz, organisation qui n’impose pas de quotas de productions à ces membres. Les sorties simultanées des Russes et des Saoudiens lors de la semaine russe de l’énergie, qui s'est clos le 15 octobre, montrent que la création d'un nouvel organisme est très sérieusement envisagée.
Le président russe Vladimir Poutine a mis à profit la situation actuelle pour faire remarquer à l'Union européenne que concernant le gaz, ses États membres se sont trop "reposés sur la main invisible du marché", plutôt que de conclure des contrats avec Moscou sur le long terme. Son ministre de l’Énergie vient d'ailleurs d’annoncer que toute hausse des livraisons devrait se traduire par de "nouvelles conditions contractuelles". De la même manière, l’Arabie saoudite par la voix du prince Abdulaziz indique que les problèmes du marché de l’énergie reposent sur "un marché du gaz qui n'est pas correctement géré", ce qui tire le pétrole à la hausse. Les États en position de force comptent bien stabiliser le marché du gaz : en y imposant leurs règles.
Réglementer le marché du gaz pourrait permettre d'y faire cesser la spéculation. Vladimir Poutine a estimé la semaine dernière qu'il était "possible que le pétrole atteigne 100 dollars le baril". C'est la conséquence directe d'un prix du gaz qui a augmenté de 170 % cette année, entraînant un report de la demande vers le pétrole. La seule réponse des pays engagés dans la transition énergétique consiste en des demandes à l’Opep+ de remédier à la hausse des prix par une augmentation de la production.
Certes la Russie, l’Arabie saoudite et les autres pays producteurs de l’or noir n’ont pas intérêt à ce que le prix du pétrole reste aussi haut à long terme, car ils risqueraient de relancer l'exploitation de champs pétrolifères concurrents jusqu'ici trop coûteux - en particulier le pétrole de schiste américain. Mais au-delà de ce sujet, la marge de production supplémentaire dont disposeraient l’Opep et ses alliés est sujette à débat. Pour sa part, Energy Intelligence chiffre la capacité de réserve de l’Opep+ a environ 6 millions de barils par jour.
Le contexte a ainsi considérablement évolué au sein de l’Opep+, après des années de chamailleries au sein du cartel qui avaient parfois abouti à une surproduction d'or noir. Désormais, au contraire, plusieurs de ses membres ne sont pas arrivés à remplir leurs quotas ces derniers mois, ce qui peut être le fruit d'une volonté politique ou d'une capacité de production insuffisante.
Dans ces conditions, tout choix de réduire la production d'une énergie fossile risque de faire flamber rapidement le baril au-delà de 100 dollars et les prix de l'énergie vont emboîter le pas. Le cartel a un pouvoir de marché très fort, mais il n’est pas capable de pallier toute insuffisance de l’offre, ni n’en a la volonté, même si son poids dans l’offre mondiale de pétrole tend à augmenter actuellement (selon ses données internes, l'Opep estime qu'il fournira prochainement 39 % de la demande de pétrole de par le monde, contre un chiffre de 33 % aujourd'hui). L’Opep et ses alliés sont engagés dans une trajectoire de hausse mensuelle calibrée à un peu plus de 400 000 barils par jour : en septembre, la hausse fut ainsi de 486 000 barils par jour relativement au mois précédent - ce qui n'est pas actuellement suffisant pour contrer les conséquences des tensions sur le marché du gaz qui se répercutent sur celui de l'énergie.
Face au poids grandissant de l'Opep, le président Joe Biden, qui avait fait de la transition énergétique son cheval de bataille, a choisi de faire marche arrière. Il a renoncé à arrêter l’exploitation pétrolière sur des terrains fédéraux. Un signe à n’en pas douter que si transition énergétique il y a, elle ne peut se faire que sur un temps assez long, puisque renoncer de façon brutale à autant de sources d'énergie ne peut aboutir qu’à une répétition de chocs violents sur leurs prix et à une dépendance accrue.
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