WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne
vert, hydrogène

Entreprises / Actions / TotalEnergies / pétrole / gaz / énergies renouvelables

Entreprises / Actions
TotalEnergies / pétrole / gaz / énergies renouvelables

Les bénéfices de TotalEnergies s’envolent avec le prix du gaz

Le producteur d’hydrocarbures et d’énergie renouvelable a multiplié son résultat net ajusté par six au troisième trimestre, profitant à plein des économies réalisées lorsque le pétrole était déprimé. Il maintiendra à l’avenir sa double exposition aux énergies renouvelables et fossiles.
Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies
Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies

Transition énergétique ou pas, la remontée des cours du pétrole et du gaz naturel continue de faire les affaires des producteurs d’hydrocarbures, dont TotalEnergies. La compagnie française n’a pas démenti la tendance en publiant ce matin des comptes du troisième trimestre en forte augmentation et supérieurs aux attentes.

Elle a multiplié par près de six son résultat net ajusté, qui a ainsi atteint 4,8 milliards de dollars, alors que le consensus des anticipations des analystes ressortait à 4,1 milliards. Son résultat net atteint lui 4,65 milliards, soit une multiplication par… 23 par rapport à un troisième trimestre 2020 marqué par la pandémie, qui avait provoqué l’effondrement des cours. L’effet de base est donc particulièrement flatteur, mais le bénéfice reste très supérieur à son niveau précédant la crise sanitaire : il a progressé de 66% par rapport au troisième trimestre 2019.

La principale raison évoquée est la forte hausse des prix de l’ensemble des énergies du fait de la reprise économique après la pandémie ; la flambée concerne en particulier le gaz en Asie et en Europe (+85% par rapport au trimestre précédent), tandis que le pétrole a augmenté de 7%. Or, TotalEnergies est très présent dans le gaz, en particulier dans sa forme liquéfiée (GNL), puisqu’il en fait la pierre angulaire de sa conversion vers la neutralité carbone. "La demande chinoise a progressé de 35% entre 2019 et 2021. En premier lieu parce que le pays entame lui aussi sa transition énergétique, mais aussi parce que le réseau électrique local a souffert d’un problème de gestion conjoncturel : la limitation de l’importation du charbon australien, de bien meilleure qualité que le charbon chinois, a eu des conséquences imprévues et la Chine a également souffert de la sécheresse, alors que c’est un pays d’hydroélectricité. Le marché mondial du gaz a aussi subi les conséquences du gel au Texas et du manque de vent en Allemagne et au Royaume-Uni", expliquait ce matin Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, à l’occasion d’une rencontre organisée par l’Association des journalistes économiques et financiers (Ajef). Dans un avenir proche, le dirigeant estime que le prix du gaz en Europe devrait baisser après l’hiver 2021-22, tout en se maintenant à un niveau relativement élevé.

En outre, le groupe profite cette année des décisions prises lors de la période de vache maigre des années précédentes, lorsque les cours étaient au plus bas (sous les 30 dollars le baril de Brent début 2016, contre 84 dollars actuellement). "Depuis 2015, les résultats du secteur sont soumis à la très forte volatilité des marchés. La seule adaptation possible pour les entreprises lorsque les prix s’effondrent est de réduire les coûts. Lorsque les prix remontent, nous nous retrouvons dans la situation la plus favorable pour nous : les revenus augmentent alors que les coûts sont faibles", poursuit Patrick Pouyanné. D’où une génération de trésorerie exceptionnelle de 8,4 milliards de dollars, en hausse de 96% sur un an, et un cash-flow net de 6,2 milliards – tandis que le chiffre d’affaires a bondi de 65% au troisième trimestre, pour atteindre 54,7 milliards de dollars.

Ce flux couvre donc largement le dividende trimestriel de 2,1 milliards de dollars que le groupe prévoit de verser à ses actionnaires (soit 0,66 euro par action) et lui permet de se désendetter (pour atteindre un ratio de dette nette de 17,7% au 30 septembre), de confirmer son programme de rachat d’actions de 1,5 milliard de dollars au dernier trimestre et de poursuivre ses investissements dans les énergies renouvelables et l’électricité. "L’éolien offshore est un axe dans lequel le groupe peut accélérer le plus facilement", précise Patrick Pouyanné, jusqu’à 60-70 mètres de profondeurs, au-delà duquel des éoliennes flottantes sont nécessaires – une technologie que le groupe ne maîtrise pas encore, mais dans laquelle précisément des investissements sont possibles. Les infrastructures de distribution sont également indispensables pour encourager la demande pour les véhicules électriques, comme en témoignent les 200 millions d’euros annoncés ce matin par le groupe pour équiper ses stations d’autoroute en bornes de recharges haute puissance. Au total, les investissements nets devraient atteindre le haut de la fourchette de 13 à 15 milliards de dollars en 2022.

Le développement de TotalEnergies comprend des acquisitions, même si elles n’ont pas vocation à être "transformantes". "Nous n’achetons pas des entreprises qui possèdent déjà des actifs renouvelables en production, car elles sont très chères. Autour de 25 fois l’Ebitda, ce serait détruire de la valeur pour les actionnaires de TotalEnergies. Nous privilégions des petits développeurs, en amont de la chaîne, qui possèdent des terrains déjà reliés, dans l’idéal, au réseau électrique mais qui n’ont pas les moyens financiers de construire les installations", détaille Patrick Pouyanné. La disponibilité du terrain est en effet le nerf de la guerre dans les énergies renouvelables, en particulier en Europe où la densité de population est importante et l’acceptabilité sociale des projets est moindre.

TotalEnergies a doublement profité de la hausse des prix en augmentant de 4% sa production d’hydrocarbures sur un an au troisième trimestre. Une quantité portée évidemment par la demande de gaz, mais aussi de pétrole, dont témoigne la volonté de l’Opep+ d’augmenter mise en vente barils. "La transition énergétique fait face à une difficulté : les énergies fossiles représentent aujourd’hui 80% de l’ensemble, avec une demande qui continue à augmenter en raison du développement des pays émergents. Et il faut avoir construit un système énergétique décarboné avant d’abandonner ces énergies", souligne Patrick Pouyanné. Accompagner le déclin du pétrole nécessite malgré tout des investissements pour éviter l’envolée des prix, rappelle le dirigeant : un champ perd entre 3 et 4% de sa production par an s’il n’est pas entretenu. TotalEnergies pourra investir dans de nouveaux projets pour satisfaire la demande des pays émergents à condition que le coût de développement soit inférieur à 20 dollars le baril et que leurs émissions soient inférieures au coût moyen de l’ensemble des projets du groupe. TotalEnergies anticipe de produire entre 2,85 et 2,9 millions de barils équivalent pétrole par jour (Mbep/j) au quatrième trimestre, un niveau qu'elle n'avait plus atteint depuis le deuxième trimestre 2020.

TotalEnergies confirme sa volonté de jouer sur tous les tableaux, une position qui pourraient déplaire aux fonds activistes adeptes des recentrages. Third Point a déjà dégainé hier en montant au capital de Royal Dutch Shell pour demander à la compagnie anglo-néerlandaise de se scinder pour isoler les actifs "anciens" (carbonés) des renouvelables. Un tel scénario n’est pas du tout à l’ordre du jour pour la compagnie française. "Nous n’avons pas de plan de spin-off pour les énergies renouvelables de TotalEnergies. C’est le contraire de notre stratégique", a confirmé Patrick Pouyanné.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article