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Entreprises / Actions / Carrefour / corporate venture / Capital-investissement / Private equity / Dastore / Daphni / Marc Simoncini

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Carrefour / corporate venture / Capital-investissement / Private equity / Dastore / Daphni / Marc Simoncini

Carrefour se lance dans le corporate venture pour accélérer sa transformation

Le distributeur s’est associé à Daphni, la firme de private equity de Marc Simoncini, pour lancer Dastore, un fonds d’investissement destiné aux solutions de commerce en ligne, aux données et à la logistique.

Le numérique est devenu le nerf de la guerre dans la distribution, y compris alimentaire, bouleversée par les nouveaux modes de consommation. Bousculé depuis plusieurs années par le commerce en ligne et la désaffection du modèle de l’hypermarché, Carrefour compte notamment sur le numérique pour se transformer, en se lançant dans le corporate venture.

Pour ce faire, le numéro un européen de la distribution alimentaire s’est associé à la firme de capital-risque Daphni, créée par Marc Simoncini. Ils ont ainsi créé un fonds de capital-risque, baptisé Dastore : il est doté de 80 millions d’euros apportés par Carrefour et d’un montant supplémentaire (non communiqué) apporté par Daphni.

La stratégie de Dastore est de prendre des participations minoritaires dans des start-ups dans le monde pour "être au plus près des innovations et des technologies émergentes dans le secteur du digital retail", explique Carrefour dans son communiqué. Plus précisément, les activités prioritaires dans lesquelles le distributeur souhaite investir sont "les nouveaux modèles e-commerce, la data et le digital au service des opérations retail et des services financiers associés, ainsi que les évolutions de la logistique".

L’intérêt de Carrefour pour les start-ups n’est d’ailleurs pas nouveau : il a notamment acquis QuiToque ou encore Dejbox, a récemment investi dans Cajoo. Il a également souscrit à des fonds de venture capital, comme ceux de Partech. "Nous avons par le passé pris des participations majoritaires dans des jeunes sociétés. Mais face au marché extraordinairement dynamique dans le retail, fort de plus de 15 000 start-ups aujourd’hui, nous avions besoin de passer à l’échelle supérieure pour interagir avec cet écosystème", explique à WanSquare Elodie Perthuisot, directrice exécutive e-commerce, data et transformation digitale de Carrefour.

Comme souvent dans le corporate venture, l’intention de Carrefour n’est donc pas de prendre le contrôle des start-ups : un appétit trop vorace pourrait dissuader leurs créateurs, qui apprécient l’indépendance de l’entrepreneuriat, et brider leur développement puisqu’elles apparaîtraient aux yeux d’autres clients potentiels comme les filiales d’un concurrent. En revanche, en tant qu’actionnaire, le groupe pourra proposer aux start-ups des partenariats et un accès facilité à ses clients, deux gageures pour des start-ups aux reins fragiles et suscitant parfois la méfiance des grandes entreprises brick and mortar.

Pour un grand groupe, l’intérêt est d’obtenir un accès privilégié à une innovation que sa propre direction de la R&D peine à faire émerger, en raison de lourdeurs administratives ou culturelles. La voie du corporate venture se diffuse également parmi des entreprises de taille intermédiaire mais dans des secteurs où la rapidité d’innovation est une question de survie. Carrefour, qui subit une forte pression concurrentielle, veut ainsi engranger 600 millions d’euros de résultat opérationnel grâce au numérique d’ici à 2026, à travers un plan d’investissement de trois milliards d’euros entre 2022 et 2026.

Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à se lancer dans le corporate venture, selon diverses stratégies : en interne en recrutant une équipe sectorielle qui opérait jusqu’alors au sein d’un fonds ou, plus fréquemment, à l’instar de Carrefour, en s’associant avec une société de gestion de capital-investissement, avec laquelle une séparation sera plus facile en cas d’échec et qui apparaîtra plus neutre aux yeux des entrepreneurs ; les fonds peuvent être captifs ou avoir été créés avec d’autres sociétés, qui ne sont pas en concurrence frontale mais sont présents sur une partie de la même chaîne de valeur, voire des investisseurs institutionnels – par exemple des sociétés d’assurances.

Elodie Perthuisot et son équipe ont étudié ces différents scénarios, discutant avec d’autres entreprises qui avaient franchi le pas. La solution d’un fonds 100% interne a été écartée, jugée en définitive moins satisfaisante. "Notre métier n’est pas celui de fonds d’investissement. C’est un métier particulier qui exige des spécialistes", conclut-elle. Plusieurs équipes ont été approchées. Le choix de Daphni est lié d’une part à l’identité de son fondateur (l’entrepreneur Marc Simoncini) et à l’expérience de l’équipe dans la distribution. "Nous avons apprécié chez Daphni sa culture à la fois d’investisseur et d’entrepreneur. L’équipe affiche également un très bon track record dans l’e-commerce et la nouvelle alimentation. Elle a déjà travaillé avec Backmarket, Swile, Made.com, la Ruche qui dit oui, Fox Intelligence…", détaille Elodie Perthuisot.

Ces dernières années, de nombreux géants du CAC40 comme Orange (avec Orange Digital Ventures) ou Schneider (SE Ventures) se sont lancés dans une stratégie de corporate venture, tandis que le constructeur automobile Stellantis vient de lancer Stellantis Corporate Venture, doté de 300 millions d’euros. Cette pratique existe également dans des sociétés de taille intermédiaire, comme le fabricant de petit électroménager Seb (Seb Alliance). Plus de quarante groupes français disposent déjà d’une activité directe ou indirecte de corporate venture. Certains souscrivent également à des fonds d’investissement sectoriels ou thématiques, comme ceux de Tikehau Ace dans l’aéronautique, la Défense, la cybersécurité et les installations "critiques", auxquels Airbus, Safran, EDF ont par exemple apporté du capital.

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