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Feuilleton de l'été / Noémie Chocat / Saint-Gobain

Feuilleton de l'été
Noémie Chocat / Saint-Gobain

exclusif Ils et elles vont construire le monde d'après – Noémie Chocat

EXCLUSIF. Passionnée par les sciences et l’innovation, Noémie Chocat éprouve le besoin fort d’agir concrètement sur les choses, et en particulier sur les enjeux énergétiques du siècle. Son rôle de pilote de la stratégie Saint-Gobain s’inscrit ainsi tout autant en adéquation avec ses aspirations éthiques et intellectuelles qu’avec sa vision internationale.
Noémie Chocat, directrice de la stratégie du groupe Saint-Gobain - DR
Noémie Chocat, directrice de la stratégie du groupe Saint-Gobain - DR

Il est de multiples façons d’agir pour la transition énergétique. Noémie Chocat a choisi la voie des sciences et de la technologie appliquée à la construction durable. A l’origine première de la vocation de la jeune femme de 36 ans, qui pilote depuis octobre 2021 la stratégie de Saint-Gobain, il y a une passion : "J’ai toujours adoré les maths", confie-t-elle à WanSquare.

C’est donc "assez naturellement" que ses études la conduisent en classe préparatoire scientifique, puis à intégrer l’X où elle choisit d’étudier la physique appliquée. "Je souhaitais avoir un impact tangible, concret", explique la trentenaire, la physique appliquée lui permettant d’allier "à la fois le côté scientifique et des applications industrielles très concrètes". Elle en profite pour toucher également à d’autres disciplines comme la biologie, ainsi qu’à un peu d’informatique, avant de partir aux Etats-Unis, l’X offrant la possibilité de faire sa dernière étude à l’étranger.

"J’ai toujours été attirée par l’international", raconte Noémie Chocat, une envie forte qui puise ses origines dans la vie d’enfant d’expatriés qu’elle a connue étant petite. "J’ai une mère japonaise, un père français, mes parents ont toujours beaucoup voyagé", poursuit-elle.

Le choix de la destination s’est imposé facilement. "Je ne connaissais pas les Etats-Unis et cela me paraissait important de comprendre la culture américaine pour comprendre le monde", explique celle qui allait rester plus longtemps que prévu outre-Atlantique.

 

L’aventure américaine

 

Après avoir postulé dans plusieurs universités américaines de renom, elle choisit le célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), plutôt que Berkeley ou Stanford, séduite par les liens de l’institut de recherche avec le monde de l’entreprise et la façon dont il "met la science au service des grands défis du monde", comme l’énergie verte, ou les remèdes contre le cancer.

Partie pour y faire un master en deux ans, la jeune étudiante prend alors conscience de l’importance centrale de la recherche dans la culture universitaire américaine, par comparaison avec l’approche française, plus théorique et académique. Noémie Chocat décide alors de poursuivre un doctorat en science et ingénierie des matériaux (PhD in material science and ingineering), "dans le seul département du MIT qui allie à la fois la science et l’ingénierie", c’est-à-dire la compréhension des mécanismes au sein des matériaux à l’échelle atomique et la façon d’utiliser ces découvertes à des problématiques concrètes.

Ses travaux portent sur des fibres textiles intégrant de l’électronique : les tissus piézoélectriques. L’objectif est de convertir des signaux électriques en ondes sonores, ou l’inverse, des propriétés utilisées notamment en imagerie médicale, comme pour les échographies, mais avec des possibilités étendues.

Puis vient le moment de quitter les Etats-Unis et les études. Avec toujours en tête l’idée d’avoir un impact concret sur les choses, elle s’oriente alors vers une carrière industrielle plutôt qu’académique. Son besoin d’être près du client final et des applications concrètes la conduisent à chercher des industries avec une forte composante en innovation dans les matériaux.

Elle entre chez Saint-Gobain directement en sortie de thèse, "l’un des rares groupe en France où la formation scientifique est vraiment valorisée. Saint-Gobain est une entreprise où le fait d’avoir l’expérience d’une thèse et d’avoir dirigé ses propres travaux de recherche sur un sujet, en autonomie, est perçu comme une vraie plus-value".

"Et puis c’était aussi un groupe dans lequel je me reconnaissais en termes de valeur et de mission", ajoute Noémie Chocat. De l’ambition de l’habitat durable de l’époque à l’objectif élargi de construction durable aujourd’hui, la certitude d’avoir un impact important sur un enjeu essentiel pour la société joue "un rôle important dans son choix", ajoute-t-elle.

 

Innovation digitale

 

Dans la continuité de sa thèse, elle démarre dans l’entreprise en tant qu’ingénieur de recherche, travaillant à la fois sur le développement de nouveaux produits pour les activités de vitrage de Saint Gobain et sur les améliorations des procédés industriels des usines de vitrage. Une expérience enrichissante "avec beaucoup d’adrénaline", qui la mène à "faire des shifts la nuit sur des lignes industrielles pendant plusieurs jours afin de former des équipes d’opérateurs en France en Allemagne", et qui lui permet d’observer "les contraintes du passage d’un prototype de labo à une production grandeur nature".

Après un peu plus de deux ans, l’opportunité de rejoindre l’activité de distribution se présente. Si passer de la R&D à la distribution est une trajectoire peu courante, l’innovation digitale dans l’utilisation de la donnée passionne Noémie Chocat qui a l’opportunité d’en discuter avec Benoît Bazin, aujourd’hui directeur général de Saint-Gobain, qui dirigeait à l’époque la branche distribution. Elle le convainc de l’importance de l’innovation par la donnée et rejoint ainsi la direction de la stratégie de la branche distribution "afin de réfléchir et pousser ces sujets de transformation digitale dans toutes nos activités de distribution en Europe".

"La distribution a la particularité par rapport à l’industrie de générer énormément de données clients. L’enjeu était donc d’analyser toutes ces données pour en tirer parti, notamment pour la relation client et le e-commerce puisque la distribution de matériau de construction, comme tous les secteurs, est touché par l’évolution des modes de consommation des artisans et clients finaux", explique-t-elle.

Après ce rôle transverse au niveau européen, Noémie Chocat ressent le besoin de s’orienter vers un rôle opérationnel de terrain, afin d’y développer aussi ses compétences de management. Son changement de poste intervient en plein Brexit, en 2016, qui est également l’année de l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Deux événements qui l’ont beaucoup marquée. "J’avais passé cinq ans aux Etats-Unis. C’est à une soirée de célébration de la première victoire d’Obama que j’ai rencontré mon mari. Les événements de 2016 m’ont fait me questionner sur le risque d’être dans une 'tour d’ivoire' et de passer à côté de certaines réalités".

 

Expliquer la stratégie

 

La jeune responsable prend alors en charge le déploiement d’un important projet de refonte de la politique de prix de l’une des enseignes du groupe en France, avec pour but de changer les habitudes de 3 000 vendeurs dans 500 points de ventes, "donc un très gros projet de conduite du changement", explique-t-elle. Une mission qui l’amène à sillonner la France pendant deux ans "pour faire de la pédagogie et expliquer à tous les managers et chefs de magasin pourquoi il était nécessaire de revoir les choses en profondeur".

De prime abord, ce rôle de directrice des études de prix et du marketing pour la division de distribution B2B en plomberie, chauffage et sanitaire de Saint-Gobain en France, paraît loin de la recherche sur les matériaux de ses débuts dans l’entreprise. Mais pas tant que cela. "Il y avait toujours une composante d’innovation très intéressante puisque la nouvelle politique de prix reposait sur un algorithme qui utilisait des données, à laquelle s’ajoutait une importante composante humaine afin d’accompagner les changements de comportement de milliers de vendeurs", souligne Noémie Chocat.

Noémie Chocat dirige ensuite l’équipe digitale et pricing de Saint-Gobain Distribution Bâtiment France (SGDBF), avec là encore "des projets innovants et de transformation et avec une dimension technique assez forte".

Directrice de la stratégie du groupe depuis l’an dernier, "mon rôle est d’expliquer, de clarifier la stratégie du groupe". Elle prépare toutes les présentations de la stratégie que ce soit en interne ou en externe aux analystes financiers et aux investisseurs. Noémie Chocat encadre également une équipe M&A "en charge des acquisitions et cessions" de l’entreprise, tout en étant en charge de l’"external venturing", à l’origine des partenariats et investissements dans les startups. Son rôle consiste également à coordonner beaucoup de sujets transverses autour de sujets de préoccupation du moment de la direction générale, ce qui l’a amené logiquement cette année à "beaucoup travailler sur les scénarios géopolitiques ou sur notre feuille de route de décarbonation".

 

"Au bon endroit"

 

En toute logique, l’adéquation avec ses propres valeurs est plus que jamais cruciale lorsque l’on pilote la stratégie d’une entreprise comme Saint-Gobain. "Et je pense que le sentiment d’être vraiment au bon endroit pour avoir un impact majeur dans la lutte contre le changement climatique, qui est l’un des défis de notre temps, est partagé par un très grand nombre de collaborateurs du groupe", souligne Noémie Chocat.

Alors que la construction est responsable de 40% des émissions de CO2 dans le monde, ce qui en fait le contributeur numéro 1, "nous disposons des leviers pour réduire ces émissions", poursuit-elle. "C’est-à-dire que l’on sait construire ou rénover des bâtiments de manière beaucoup plus efficace en énergie. Il n’y a pas besoin de rupture technologique ou d’avancée technologique majeure. On sait déjà le faire, la question est d’accélérer dans cette voie".

"Les émissions de CO2 évitées lorsqu’on vend de la laine de verre ou du double vitrage sont 40 fois plus importantes que les émissions nécessaires pour produire ces matériaux. C’est un impact majeur et une source de fierté et de motivation et d’attractivité pour le groupe très clairement", ajoute la dirigeante.

Où se voit Noémie Chocat dans dix ans ? "Le groupe a cette particularité d’avoir des métiers très divers liés à notre mission de leader de la construction durable. Il y a donc de quoi rester longtemps chez Saint-Gobain sans jamais se lasser ni s’ennuyer".

Noémie Chocat se "verrai[t] bien à l’international. En tout cas, il est vrai que j’ai cette double culture franco-japonaise, le fait d’avoir vécu aux Etats Unis puis d’avoir eu des parents qui ont beaucoup voyagé étant petite. C’est une aventure que j’aimerais aussi vivre en famille avec mon mari et mes enfants. Cette dimension internationale de l’entreprise est aussi quelque chose que j’aime. C’était l’une des raisons de mon choix de rejoindre un grand groupe international comme Saint-Gobain".

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