Macro-économie / Taux / Intérêts / dette publique
Macro-économie / Taux
Intérêts / dette publique
Des intérêts sous contrôle durant le second quinquennat Macron ?
Depuis la fin de la pandémie, l’ensemble des économies développées enregistre une envolée de leurs coûts de financement en termes nominaux sous l’effet de l’accélération de l’inflation et de la normalisation des politiques monétaires des Banques centrales. La France ne fait pas exception, en témoigne son taux d’intérêt à 10 ans qui, à 1,45 %, s’établit à un sommet depuis 2014.
La lune de miel financière s'achève
Le gouvernement est bel et bien conscient de cette tendance et il l’a prise en compte quand il a fallu concevoir le programme de stabilité (PSTAB) - document transmis à la Commission européenne qui présente la trajectoire future des finances publiques.
C’est ainsi qu’après avoir atteint un plancher à 1,4 % du Produit intérieur brut (PIB) en valeur en 2021, soit 34,7 milliards d’euros, les charges d’intérêts de la dette publique vont remonter au cours des cinq ans à venir.
En 2022, elles devraient atteindre 46,3 milliards d’euros (1,8 % du PIB), en raison de l’inflation élevée qui majore le capital à rembourser à échéance ainsi que les intérêts versés (qui sont une part fixée à l’émission du principal) aux détenteurs d’obligations indexées sur l’indice des prix à la consommation (12 % de la dette d’État totale, d’après les derniers chiffres publiés par l’Agence France Trésor).
Petit à petit, la hausse des taux fait son nid
La moindre progression attendue des prix à la consommation en 2023 devrait ainsi faire refluer "l'effet inflation" sur la charge de la dette tandis qu’un autre, moins soudain et assez graduel, s’y substituerait : "l’effet taux". Il représente les intérêts supplémentaires versés liés au refinancement de la dette passée à un taux moins avantageux et au financement du déficit de l’exercice en cours.
Son caractère progressif provient du fait que la dette publique possède une maturité moyenne de huit ans et demi, neuf sans la dette à court terme (il s’agit en fait de la maturité moyenne de la seule dette d’État qui représente 80 % de la dette publique et qui n’inclut donc pas les administrations de Sécurité sociale et les collectivités locales).
Cela veut dire que seule une portion de la dette arrive chaque année à échéance (40 % de la dette d'État à moyen et long termes va arriver à échéance entre 2023 et 2027) et que le durcissement des conditions de financement va laisser son empreinte au fur et à mesure. Concrètement, un choc de 100 points de base sur l'ensemble de la courbe des taux générerait des charges d'intérêts supplémentaires (concernant la seule dette d'Etat) de 2,5 milliards d'euros la première année, 6,1 milliards d'euros la deuxième, 9,3 milliards d'euros la troisième, etc., et 29,5 milliards d'euros la dixième année, d'après une simulation présentée dans le PSTAB.
Dans le PSTAB, on peut lire que le gouvernement prévoit une hausse de 10 points de base par an pour le taux d’intérêt à 10 ans entre fin 2022 et fin 2027 (il atteindrait alors 3 % fin 2027) et de près de 30 points de base par an pour les taux à trois mois.
Résultat : en 2027, 2,1 points de PIB seront consacrés au paiement des intérêts. Une proportion inédite depuis 2014 (2,2 %), année qui correspond, comme un symbole, aux premiers assouplissements quantitatifs (QE) de la Banque centrale européenne (BCE) et à la mise en place des taux d’intérêt négatifs, mesures qui ont toutes deux participé de la baisse des taux d’intérêt dont a joui la France depuis une décennie.
Historiquement, ce chiffre n’a rien d’inquiétant si l’on se penche sur la période allant de 1995 à 2021 : le montant en proportion du PIB atteint 2,5 % en moyenne, d’après les données publiées par Eurostat. Tant et si bien que 2027 figurerait "seulement" à la vingt-et-unième place des années les plus coûteuses en termes d’intérêts versés en pourcentage de la richesse nationale.
Et si...
Évidemment, ce constat est tributaire de la réalisation du scénario imaginé par le gouvernement. Il dépend d’une part de la croissance de l'activité économique : le gouvernement anticipe une hausse annuelle moyenne du PIB en volume de 2,1 % entre 2022 et 2027, ce qui a quelque peu fait tiquer le Haut Conseil des finances publiques (HCFP).
D’autre part, l’augmentation des taux d’intérêt pourrait s’avérer plus forte que prévu si l’inflation s’évertuait à ne pas rentrer dans son lit (le gouvernement estime qu'elle s'affichera en dessous de 2% l'an en 2024, une prévision là aussi jugée "volontariste" par le HCFP) et que la BCE se trouvait contrainte en conséquence de monter ses taux directeurs au-delà du niveau neutre (entre 1 et 2 %) pour une durée prolongée ou d'amorcer la diminution de la taille de son bilan.
En outre, alors que le président Emmanuel Macron ne dispose plus de la majorité absolue à l'Assemblée nationale, la prime de risque politique pourrait très bien faire son retour.
Sans oublier que tous ces facteurs joueront également sur la trajectoire de réduction du déficit public (le HCFP s'est ému du manque de transparence sur la baisse des dépenses), qui elle-même influera sur... l'ampleur de la charge d'intérêts.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

