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Ils et elles vont construire le monde d'après - Stanislas de Dinechin
De la jungle de la Guyane à Paris en passant par le Sud-Ouest rural, l’enfance de Stanislas de Dinechin préfigurait déjà d’une vie qui ne se passerait pas derrière le même bureau pendant 30 ans.
De fait après avoir passé sa jeunesse à suivre un père qui travaillait dans le spatial, il va fréquenter les bancs des grands lycées parisiens et déjà il pose ses premiers choix en marge des diktats sociaux. S'il est conscient "d’avoir beaucoup appris en termes de travail durant ces années de lycée", il "ne se retrouve pas complètement dans le système et ne choisit pas la voie des classes prépas mais plutôt d’aller à Dauphine".
Pour celui qui s’est "fixé comme objectif d’être fidèle à ses rêves d’enfances", cela va alors être l’occasion de rendre concrètes "de nombreuses lectures d’aventures quand j’étais jeune, qui m’ont donné envie de me dépasser" ; il va alors profiter de ses étés pour voyager à travers le globe et met à profit ses emprunts étudiants pour ce faire.
Tout au long de ses aventures professionnelles revient le refrain de cette phrase de Saint-Exupéry qu’il apprécie particulièrement : "on vient de son enfance comme on vient d’un pays ". Il fait alors ce qu’il qualifie "d’un refus d’obstacle sur la finance de marché", malgré les incitations à aller faire de la finance de marché, Stanislas nous confie alors qu'il "a besoin de mettre du sens en ayant un impact concret dans la vie des gens".
Faire ses armes
Tout juste sorti de Dauphine il va croiser le monde du Private Equity et se prend de passion pour son impact sur l’économie réelle. Il se rappelle avoir été "impressionné par la connaissance de ces professionnels, non pas seulement de savoir créer de la valeur avec de l’argent mais surtout en apportant conseils, contacts, capacité à prendre du recul ". Stanislas travaille tout d’abord dans le privé chez XAnge pendant dix-huit mois puis chez ce qui deviendra Bpifrance de 2010 à 2011.
Cette année va être très riche pour lui qui se donne corps et âme pour "la mission de sauvegarder des fleurons de l’industrie française qui étaient en périls". À l’issue de ce sauvetage il ne se voit alors plus "poursuivre dans le franco-français, j’avais l’envie de partir en VIE, malheureusement la crise étant passé par là il y avait peu d’offres et je me suis tourné vers l’excellente école du conseil ".
Il débarque donc chez Eight Advisory, il y apprend beaucoup notamment en termes de structure, il n’en reste pas moins qu’il n’a pas encore trouvé sa voie et se dit qu’il "a besoin de mettre les mains dans le cambouis pour être épanoui".
Il met cependant à profit ces 3 années entre 2012 et 2015 pour peaufiner un projet qui tient à coeur à cet amoureux d’aventures et de grands espaces ; "j’étais toujours frustré que quelles que soient mes destinations, je marchais dans les pas de quelqu’un d’autre et j’empruntais des sentiers déjà tracés empêchant l'aventure d'être parfaitement pure, le sentiment d'exploration de pleinement émerger". Il a donc choisi d'opter pour " une 1ère mondiale en traversant en kitesurf le plus grand désert de sel au monde : le Salar d'Uyuni (Bolivie, altitude 3700m), désert qui se couvre de manière éphémère d'une fine couche d'eau pendant une dizaine de jours". Un record d'altitude en kitesurf a été établi au passage.
Il s’attelle donc à rendre le projet financièrement et techniquement possible mais subit ensuite les défections de tous ses comparses d’aventures. Le projet semble remis aux calendes grecques quand il se rappelle qu’un de ses anciens collègues dans le conseil était intéressé par ce type d’aventure. Il le rappelle après plusieurs années et se lance dans un projet qui va les dépasser puisqu’une fois l’aventure réalisée, le film qui va en être tiré va être primé et les deux compagnons d’expéditions vont s’associer chez Hosman par la suite.
Sortir des sentiers battus
L’Amérique du Sud aurait également pu être un terrain de jeu professionnel pour celui qui est dorénavant devenu père de famille, mais c’est en Afrique que les opportunités vont se présenter pour lui. Il en parle comme "d’un challenge passionnant, ça pouvait paraître complètement fou mais les difficultés s’aplanissent quand on ose se lancer". Il rejoint donc Jumia avec l’ambition de révolutionner le monde de l’hôtellerie en Afrique et de "rejoindre la vraie vie", s’étant senti "assez décalé du monde réel" lors de ses précédentes expériences de col blanc. Il se retrouve vite à la tête d’une équipe très hétérogène d’une centaine de personnes comprenant à la fois des polytechniciens comme des locaux sans connaissance de l’informatique.
Dans cet environnement très différent de celui feutré des cabinets de conseils il se rend compte qu’il a "ce désir d’être dans la création d’un projet collectif". Fort de ce constat le futur entrepreneur va s’apercevoir que c’est peut-être parmi l’armée qu’il arrivera à trouver les clés pour réussir à fédérer autour d’un objectif. Encore employé par Jumia il va se former comme officier à Saint Cyr, en formation continue, il est très vite "séduit par la méthode de commandement qu’on trouve dans l’armée française". Il confie à WanSquare que "finalement l’armée est l’antithèse de ce qu’on en imagine, j’ai découvert pour la première fois une véritable exigence et bienveillance dans le monde professionnel. Chaque personne de l’équipe, individuellement, y est importante créant la base d'un collectif fort, ou chaque individu donne le meilleur de lui-même au service de la mission commune, créant ainsi le succès de l'ensemble de l'équipe".
Pour celui dont le grand-père militaire lui avait transmis un certain nombre de valeurs, c’est aussi une façon de se mettre au service de son pays après avoir été marqué par les attentats de Charlie Hebdo. Il donne toujours aujourd’hui de son temps dans un État-Major qui "fait de l’analyse de l’environnement humain dans lequel l'armée française se projette en OPEX".
Le temps du chef
La petite famille de Dinechin décide alors que c’est le temps du retour au bercail pour elle et rentre au pays. C’est le moment où les différentes amitiés nouées au cours des expériences à travers le globe vont permettre à Stanislas de se lancer dans l’entreprenariat. Alors qu’il achète avec sa femme un appartement, il se rend compte à quel point le milieu de l’immobilier "n’était tout simplement pas efficient, le service n’était pas qualité et bien trop cher". "Je me suis aperçu que c’était l’un des derniers besoins primaires qui n’avait pas encore été révolutionné ", il ressemble alors deux associés, rencontré lors de l’expédition Wayra et l’autre chez Jumia et fonde Hosman avec l’ambition d’être le trouble-fête du marché de l’immobilier. Un lien de confiance les unit à travers "les expériences dans des environnements assez extrêmes, dans lesquelles on voit ce qu’on a au fond des tripes". Il s’entoure également d’un officier croisé à Saint Cyr qui l’aide à transposer les méthodes de l’armée dans le monde de l’entreprise, il souhaite en effet que l’humain soit au coeur du projet qu’il construit.
Alors que les trois associés étaient "plutôt des outsiders", ils vont rapidement à faire leur trou et emploient désormais près de 100 personnes. Une entreprise qu’il souhaite voir garder le même cap qui était celui à son commencement: "orienté vers le bien commun, le but est de proposer dans l’immobilier une meilleure qualité de service que ce qui existait, de façon plus transparente et moins chère". Il s’inspire de ses expériences précédentes pour digitaliser à la manière de Doctolib les prises de rendez-vous, il brise le consensus du pourcentage du prix de la vente empoché par l’agence et argue "qu’on vend un service et non un bien, c’est un non-sens de proposer un prix variable alors que cela exige le même travail quelle que soit la surface du bien vendu".
Construire dans la durée
Pour résumer le succès actuel le PDG parle de "3 choses qui ont bien fonctionnées, on savait pourquoi on y allait, on avait des gars brillants, et une organisation performance collective qui a permis de travailler de façon efficace". La prochaine étape pour lui et ses collaborateurs est que le "service qu’on a créé devienne pérenne, ce qui veut dire assurer une qualité de service pérenne, une équipe pérenne et la continuité du service sur le long terme via la rentabilité. Aujourd’hui nous sommes sous stéroïdes et espérons atteindre sous douze à dix-huit mois la rentabilité".
Viendra peut-être alors un jour le temps d’essayer une nouvelle aventure pour celui qui " ne se sent pas l’âme d’un gestionnaire mais d’un bâtisseur". Un choix qui serait la suite logique de son parcours, de ses lectures de Kessel, Saint-Exupéry ou autre écrivain épris du goût de l’aventure. L’auteur de Citadelle est l’une des figures qui l’a marqué profondément, tout comme sa rencontre avec Patrice Franchesci, qui "au-delà des aventures, s’est engagé pour beaucoup de causes, s’est battu pour l’humain que ce soit en Afghanistan ou au Kurdistan ".
Le champs des possibles est encore grand pour Hosman qui comme son fondateur aime le rappeler "concentre ses efforts, l'un des 3 principes de la guerre du Maréchal Foch", d’autres régions de France restent à conquérir pour une jeune pousse qui est surtout présente à Paris. 5 % du marché de la capitale est aujourd’hui en leur possession et si la qualité de service reste la même, l’équipe dirigeante est résolument optimiste. Il faut dire qu’avec encore 60 % des Français qui sont propriétaires le marché immobilier promet d'être toujours aussi important.
Cependant l’aventure entrepreneuriale "bascule aussi dans une autre dimension avec l’enjeu de trouver des relais au sein de l’entreprise pour relayer la vision et la stratégie ".
Un enjeu majeur, car chez Hosman, le rôle du leader est "d'être au service de ses équipes, et concrètement de fixer un cap précis et intelligible sans ambiguïté, puis de se mettre en retrait pour laisser faire. Il n’y a pas de micro management chez nous, c’est bien plus motivant et plus efficace en termes de créativité. De mon côté, il n’y a rien qui ne me rende plus content que d'être surpris, et de voir une équipe réaliser avec succès une mission, avec une solution à laquelle je n'aurais jamais pensé. Quoiqu'on fasse chez Hosman, on essaye fermement mais à notre humble mesure, de renverser le paradigme actuel et de remettre l'entreprise au service de l'humain. Et non l'inverse".
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