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Macro-économie / Taux
Camille Landais / Conseil d'analyse économique
Camille Landais prend la tête du Conseil d’analyse économique / Certaines de ses préconisations font parler
Le Conseil d’analyse économique (CAE) a un nouveau président délégué. Cet organisme placé auprès de la Première ministre qui le préside, chargé d’éclairer le gouvernement en matière de politique économique, voit Camille Landais, membre depuis 2019, être nommé à sa tête pour une durée de cinq ans. Il succède ainsi à Philippe Martin.
Agé de 41 ans, Camille Landais est docteur en économie et diplômé de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm. C’est durant sa scolarité au sein de cette dernière, fasciné par les cours de Daniel Cohen, que germera sa passion pour l’économie.
De là, tout s’enchaîne. "À la cantine, j’ai croisé Thomas Piketty, qui enseignait déjà à l’Ecole d’économie de Paris. Je lui parlais des règles de transmission du patrimoine au Moyen Âge et de son impact sur les structures familiales, il m’a proposé de faire une thèse sur les questions d’inégalité. C’était parti", déclarait-il au Monde en mai 2016, alors qu’il venait d’être désigné lauréat du prix du meilleur jeune économiste français.
Après un postdoc à Stanford, Camille Landais fait son retour en Europe en 2012 pour enseigner à la London School of Economics en qualité de professeur assistant. Il y est professeur depuis 2017.
Récipiendaire de nombreuses récompenses et auteur d’articles publiés dans les plus prestigieuses revues scientifiques, Camille Landais est reconnu au plan international pour ses recherches sur les inégalités et le marché du travail. L'un de ses derniers travaux, conduit aux côtés d’Alice Lapeyre et Giulia Giupponi, a consisté à comparer l’efficacité des réponses de politique économique en Europe et aux Etats-Unis en matière d’emploi à la suite du déclenchement de la crise pandémique.
Pour mémoire, le Vieux continent a fait le choix de protéger les emplois grâce au chômage partiel quand l’Oncle Sam a privilégié les individus en dopant le montant des allocations chômage. Or, "le chômage partiel peut être un moyen efficace de réduire les licenciements socialement coûteux contre les grands chocs temporaires, mais il est moins efficace contre les chocs plus persistants qui nécessitent une réallocation entre les entreprises et les secteurs", soutiennent les trois économistes qui estiment que "le chômage partiel est un complément important et utile à la panoplie des politiques du marché du travail en période de récession, qui devrait être utilisé parallèlement à l'assurance chômage", peut-on lire dans la revue scientifique Journal of Economic Perspectives.
L'héritage dans le viseur
En décembre dernier, une note signée de sa main pour le compte du CAE avait fait grand bruit alors que l'élection présidentielle approchait. Et pour cause, il s’attaquait, en compagnie de Clément Dherbécourt, Gabrielle Fack et Stefanie Stantcheva, à un sujet on ne peut plus inflammable en France : l’héritage (les propositions de leurs collègues Jean Tirole et Olivier Blanchard avaient aussi été froidement accueillies peu de temps avant).
Les quatre chercheurs y dénoncent, entre autres, le manque de progressivité du système de taxation des successions et son caractère mité du fait des nombreuses exonérations et exemptions ou encore le poids croissant de la fortune héritée dans le patrimoine. La note s’émeut des conséquences en termes d’égalité des chances et de mobilité sociale du fait que l’héritage moyen du top 0,1 % représente environ 180 fois l’héritage médian. "Le top 1 % des héritiers d’une cohorte peut désormais obtenir, par une simple vie de rentier, un niveau de vie supérieur à celui obtenu par le top 1 % des "travailleurs". Pour parvenir tout en haut de la distribution des niveaux de vie, il devient quasiment impératif d’avoir la chance d’hériter", avancent-ils.
Leur refonte du système liée à la suppression des principales niches et à une plus forte progressivité du barème de l’impôt rapporterait jusqu’à 19 milliards d’euros. Cette manne pourrait servir à financer une "garantie en capital pour tous" visant à améliorer l’égalité des chances en "levant les contraintes de crédit ou de liquidité qui peuvent affecter négativement l’accès à l’éducation, à l’investissement, au logement pour la très grande partie de chaque cohorte qui ne reçoit rien".
Au-delà du principe de la réforme en lui-même, l'absence de conditionnalité du transfert en capital avait interrogé, d'aucuns arguant que ce serait là encourager l'oisiveté. S'appuyant sur les travaux menés en Inde par la Prix Nobel française d'économie Esther Duflo (elle aussi influencée par Thomas Piketty pendant ses études rue d'Ulm), ils rétorquaient que "la littérature récente suggère que les craintes paternalistes quant aux effets négatifs sur l’offre de travail ou sur une utilisation inefficace des ressources sont à relativiser".
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