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Helicopter money

Macro-économie / Taux / Banque centrale européenne / Inflation / Helicopter money / Conseil d'analyse économique

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Banque centrale européenne / Inflation / Helicopter money / Conseil d'analyse économique

L’audacieuse proposition du Conseil d’analyse économique

L’échec patent de la Banque centrale européenne en matière d'inflation pousse l’organisme placé auprès du Premier ministre à plaider pour une mesure de politique monétaire jugée peu orthodoxe.
Philippe Martin, président délégué du CAE - Crédits : ANDREA SAVORANI NERI / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP
Philippe Martin, président délégué du CAE - Crédits : ANDREA SAVORANI NERI / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

"Supposons qu’un jour un hélicoptère vole au-dessus de cette communauté et jette des billets de 1 000 dollars", imaginait, en 1969, le prix Nobel d’économie Milton Friedman, à propos d’une hypothétique mesure de politique monétaire visant à fortement stimuler l’activité. Cinquante ans plus tard, le Conseil d’analyse économique (CAE), organisme placé auprès du Premier ministre, s’inscrit dans le sillon de l’un des économistes les plus influents de la seconde moitié du XXe siècle, ce, dans un contexte où la Banque centrale européenne (BCE) échoue depuis plusieurs années à atteindre son objectif en matière de stabilité des prix (une inflation proche mais inférieure à 2 % l’an).

L’institution de Francfort a pourtant déployé pléthore d’instruments pour raviver l'inflation : achats d’obligations publiques et privées, taux directeurs au plus bas, opérations de refinancement à long terme des banques, forward guidance (donner des indications sur la trajectoire future de la politique monétaire pour peser sur les taux d'intérêt de moyen et long termes) ou encore le récent mécanisme de tiering (une part des dépôts des banques auprès de la Banque centrale est exonérée du taux de dépôt négatif). En conséquence de quoi, le CAE estime que la BCE devrait avoir à sa disposition un autre instrument : la monnaie hélicoptère. Il s’agirait d’un "transfert direct de la Banque centrale aux individus, renouvelé tant que la cible d’inflation n’est pas atteinte […]", expliquent Philippe Martin, Éric Monnet et Xavier Ragot, les économistes auteurs de la note.

Un tel type de transfert aux ménages est "un puissant outil pour contrôler l’inflation, souligné par de nombreux travaux académiques", avancent les auteurs. En effet, il permet d’avoir une incidence directe sur les revenus des ménages ayant une propension à consommer plus importante (ceux qui sont les moins aisés) et donc sur l’activité économique et in fine les prix qui tirent tous deux parti d’une demande plus forte. De plus, l’anticipation de transferts monétaires tant que la cible d’inflation n’est pas atteinte ainsi que la possibilité de mettre fin à cette mesure si la probabilité́ d’un dépassement durable de la cible d’inflation est élevée, conduisent à "un ancrage des perspectives d’inflation".

À noter qu’en vue de toucher la population non bancarisée, le CAE plaide pour que la forme du transfert ressemble autant que faire se peut à̀ de la monnaie fiduciaire, c’est-à-dire "au cas paradigmatique où la Banque centrale donnerait directement des billets de Banque à̀ chaque individu". Comment faire ? "Il serait possible d’adopter plusieurs solutions de 'coupon monétaire', laissant aux individus le choix entre ces différentes formes : chèque, carte 'prépayée' (pouvant être retirée dans administrations, bureaux de tabac, etc.) ou porte-monnaie virtuel avec code d’accès".

Habituée aux injections massives de liquidités, quelles sommes la BCE devrait-elle engager ? Selon les travaux du CAE, un transfert monétaire de 1 % du Produit intérieur brut (PIB) de la zone euro augmenterait le taux d’inflation de 0,5 point de pourcentage à̀ l’horizon d’une année. "Seul un déficit d’inflation de 1,5 point pour atteindre la cible de 2 % nécessite un transfert aux ménages proche du chèque envoyé par le Plan Biden (1 200 dollars par adulte et jusqu’à 3 600 dollars par enfant, soumis à conditions de revenu)", remarquent les économistes.

Dans une hypothèse "extrême" selon laquelle la BCE devrait procéder à cinq vagues de transferts successives en partant d'un déficit d'inflation de 1,5 point, le bilan de l'institut d'émission devrait alors augmenter de 10 points de PIB (3 850 euros par individu sur le total des cinq versements), explique le CAE. À titre de comparaison, le bilan de la BCE a gonflé de 25 points de PIB depuis le début de la crise pandémique et pèse aujourd'hui plus de 60 % du PIB de la zone euro.

Réagissant à l'occasion d'une audition au Sénat à huis clos, François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, a jugé que "la monnaie hélicoptère, qui n'a jamais été appliquée et serait complexe en pratique, ne nous paraît pas une bonne idée". Le grand argentier a, entre autres, ajouté que "c'est au Parlement et au gouvernement de décider du montant et de la répartition des transferts aux ménages".

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