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Entreprises / Actions / EuroAPI / Sanofi / Bpifrance / Antoine Delcour / ingrédients pharmaceutiques actifs / API

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EuroAPI / Sanofi / Bpifrance / Antoine Delcour / ingrédients pharmaceutiques actifs / API

Euroapi prend le risque industriel de face / Quand une suspension de production provoque un accident boursier

L’avertissement sur résultats lancé par l’ex-division de production d'ingrédients actifs pharmaceutiques de Sanofi fait repartir l’histoire boursière de l’entreprise quasiment de zéro. La faute à la suspension temporaire de certaines activités de production sur son site situé en Hongrie.
Médicaments, gélules, pilules, cachets - Jerome CHATIN/EXPANSION-REA
Médicaments, gélules, pilules, cachets - Jerome CHATIN/EXPANSION-REA

Le deuxième plus grand producteur mondial - derrière le groupe de chimie suisse Lonza - d'ingrédients pharmaceutiques actifs ou API (pour active pharmaceutical ingredients en anglais) rencontre des difficultés inattendues. Euroapi, la filiale de Sanofi dédiée à la production de ces substances chimiques ou biologiques essuie une tempête en Bourse après qu’elle a annoncé mercredi la suspension temporaire de sa production de prostaglandines dans une unité dédiée sur son site de Budapest, en Hongrie. Après une chute de 15,8% mercredi, l’action Euroapi abandonne encore plus de 4% supplémentaires jeudi, soit un recul de 19% en deux jours.

Il n’est pas nécessaire de savoir que les prostaglandines sont des hormones ayant la particularité d’abaisser la pression oculaire, ou pouvant être utilisées pour provoquer des interruptions de grossesse pour saisir le problème et son enjeu financier. Le groupe a d’emblée abaissé sa prévision de chiffre d’affaires pour l’année 2022 à 980 millions d’euros, contre 1 milliard d’euros attendu auparavant, et sa marge de "core Ebitda" (soit l’excédent brut d’exploitation retraité d’éléments non représentatifs de la performance opérationnelle) entre 12% et 13%, contre une marge supérieure ou égale à 14% anticipée jusqu’à présent. L’impact est très significatif, en particulier sur la marge, l’entreprise justifiant ces manques à gagner par "la perte de ventes, des provisions afférentes et des coûts de remédiation". Et ce alors que l’entreprise estime la durée de l’arrêt de production à "quelques semaines".

 

Revers malheureux

 

Une vision optimiste peut-être justifiée. L’aval des autorités devrait pouvoir s’obtenir "dans un délai limité", estiment les analystes d’Oddo BHF, faisant remarquer que "nous ne sommes pas dans le cas aujourd’hui d’une lettre de réponse complète" qui serait émise par les autorités de santé. Le cabinet d’analystes veut croire qu’ "un retour à la normale pourrait être anticipé lors du premier trimestre 2023" et juge peu probable qu’Euroapi perde des parts de marché ou des clients "dans cet intervalle hypothétique".

Lors d’une conférence téléphonique avec les analystes, le directeur financier de l’entreprise, Antoine Delcour, a d’ailleurs souligné que l’entreprise n’avait "aucun doute à ce stade sur [l’atteinte de] ses objectifs de moyen terme". L’occasion de rappeler que le groupe vise notamment un taux de croissance annuelle moyen de son chiffre d’affaires, sur la base du chiffre d’affaires retraité réalisé sur l’exercice 2021, compris entre 6 et 7% pour la période 2021-2025, avec une marge Core Ebitda supérieure à 20% à horizon 2025.

Il n’en demeure pas moins que ces annonces "constituent un premier revers malheureux" depuis la mise en Bourse d’Euroapi en mai dernier, note pour sa part Deutsche Bank. Bien que la direction se veuille rassurante sur le délai de l’arrêt de production, pour la banque allemande, " il existe désormais une incertitude quant à la durée nécessaire" pour remédier à la situation au sein de l’unité de Budapest. Ses analystes n’excluent pas que le problème ait un impact sur les résultats de 2023 et même sur les prévisions à moyen terme, alors qu’ils pointent également le risque d'éventuelles inspections par les autorités de santé d’autres sites de production que celui de Budapest.

 

Secteur stratégique

 

Heureusement pour les actionnaires de départ, Sanofi avait opté pour la scission de cette activité afin de la mettre en Bourse dans un contexte de faible visibilité sur les marchés financiers. Le prix d’introduction s’était ainsi avéré intéressant, à 12 euros par action, au regard des perspectives offertes par le positionnement de l’entreprise sur des marchés à la fois défensifs et de croissance, en tant que producteur de la matière première utilisée par les laboratoires pharmaceutiques. Un secteur qui plus est stratégique, comme l’illustre la présence au capital de Bpifrance à hauteur de 12%, alors que la crise sanitaire est venue souligner l’importance de la relocalisation en Europe de l'approvisionnement en principes actifs.

Par ailleurs, en acquérant son indépendance, Euroapi peut désormais investir et se développer dans des domaines qui n'étaient pas prioritaires pour Sanofi, comme les contrats d’externalisation CDMO (Contract Development Manufacturing Organisations), soit la fabrication externe pour un client possédant la propriété intellectuelle du principe actif pharmaceutique fabriqué. Des perspectives séduisantes qui ont permis au cours de Bourse d’inscrire un plus haut à 19,02 euros le mois dernier. La survenue inopinée du risque industriel vient de faire fondre l’essentiel de la création de valeur depuis l’introduction.

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