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EuroAPI / principes actifs pharmaceutiques / API
Après le carnage boursier, Euroapi dans le flou / L’avertissement de trop
Jamais deux sans trois. La courte histoire boursière d’Euroapi prend décidément une tournure désagréable. En introduisant sur Euronext Paris son ex-division de production de principes actifs pharmaceutiques (API, pour active pharmaceutical ingredients) en mai de l’année dernière à un cours de 12 euros, Sanofi n’envisageait certainement pas qu’un an et demi plus tard, le titre évoluerait 60 % en dessous de ce niveau.
Depuis le début de l’été, le cours de Bourse se remettait doucement de deux profit warnings. Un premier portant sur 2022, qui découlait de la suspension temporaire de certaines activités de production en Hongrie, suivi d’un deuxième portant sur 2023 et un décalage des prévisions de moyen terme.
C’était avant la séance de mardi, durant laquelle l’action Euroapi a dévissé de 59 %, clôturant légèrement en deçà des 5 euros, à son plus bas historique, de très loin. En cause : une nouvelle révision à la baisse des objectifs 2023, assortie cette fois de la suspension des perspectives à moyen terme, le tout accompagné du lancement d’une revue stratégique.
Effet de surprise
Ainsi, pour l’année en cours, la croissance du chiffre d’affaires devrait désormais être comprise entre 3 % et 5 %, contre 7 % à 8 % attendu précédemment. En termes de rentabilité, la prévision de marge de Core Ebitda (excédent brut d’exploitation retraité de divers éléments) devrait désormais se situer entre 9 % et 11 %, et non plus entre 12,5 % et 13,5 % comme anticipé auparavant. De nouvelles prévisions qui ont totalement pris la communauté financière à contre-pieds. Les analystes de Oddo BHF se disent ainsi "extrêmement surpris de cette révision aussi forte à moins de trois mois de la fin d’année", notant que le ratio d’Ebitda ressortira même inférieur à celui de 2021.
Pour rappel, le groupe, qui est numéro deux mondial de son secteur (mais premier fabricant mondial de petites molécules) propose à ses clients un portefeuille diversifié de principes actifs pharmaceutiques (API) selon deux modèles économiques. Soit il détient lui-même la propriété intellectuelle (activité dite "API Solutions") des ingrédients fabriqués. Soit il offre, sous forme de contrat d’externalisation, ses services de développement et/ou de fabrication de principes actifs pharmaceutiques en qualité de CDMO (Contrat Dévelopment and Manufacturing Organization), la propriété intellectuelle du principe actif pharmaceutique fabriqué étant alors détenue par le client.
C’est en particulier sur cette deuxième activité qu’Europi comptait mettre l’accent en sortant du giron de Sanofi, avec l’ambition d’entrer dans le top 5 mondial d’ici 2025 (il était au 7ème rang en 2020). Les partenariats CDMO ont en effet le potentiel de générer des marges plus importantes en fonction de la complexité de la fabrication et du potentiel de croissance des principes actifs pharmaceutiques tout au long du cycle de vie des produits des clients.
En manque de visibilité
Or, cette activité CDMO devrait enregistrer "des ventes plus faibles que prévu au quatrième trimestre", a prévenu le groupe, en invoquant "des retards ou des mises en pause de projets, ou des tailles de projets réduites en raison des problèmes de financement des sociétés de biotechnologie". Quant à l’activité API Solutions, "la stratégie d’optimisation des prix a récemment été affectée par une évolution de l’environnement de marché, avec une pression sur les prix résultant d’une inflation plus faible et par des programmes de réduction des stocks chez certains clients", explique Euroapi.
La visibilité est si faible que les objectifs à moyen terme pour 2025 et 2026 concernant le chiffre d’affaires ou la marge de Core Ebitda ont donc tous été suspendus. Face à cette situation, Euroapi a entrepris une analyse stratégique afin d’évaluer la durée du ralentissement de la croissance du marché des solutions API et de mieux appréhender les répercussions des difficultés de financement des biotechnologies au sein de l’activité CDMO.
Les conclusions de cette revue stratégique pourraient ne pas être connues avant la fin février de l’année prochaine. D’ici là, la pression sur le titre en Bourse risque de ne pas disparaître. Comme le prédisent les analystes de Morgan Stanley, il est probable qu’en attendant, "de nombreux investisseurs resteront à l’écart" d’Euroapi.
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