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Macro-économie / Taux / Amélie Roux / Saint-Gobain

Macro-économie / Taux
Amélie Roux / Saint-Gobain

exclusif L'année 2023 vue par... Amélie Roux / Cheffe économiste de Saint-Gobain

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2023 après une année 2022 marquée par les chocs inflationniste, énergétique, géopolitique et monétaire. Chaque jour nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
Amélie Roux - DR
Amélie Roux - DR

Quelles sont vos perspectives pour l’économie mondiale ? Avez-vous élaboré plusieurs scénarios selon l’évolution de la guerre en Ukraine ?

 

Nous nous attendons à un ralentissement net de l’économie mondiale en 2023 qui se ressentira d’abord dans les économies développées, avec un risque de contraction de l’activité pendant les prochains trimestres. Cela reflète cette conjonction inédite d’un retournement cyclique après une reprise très forte post-Covid, d’envolée de l’inflation depuis début 2021, et de guerre en Ukraine. D’une part, le niveau et la persistance de l’inflation affectent durement les pouvoirs d’achat des ménages et obligent les banques centrales à remonter leurs taux d’intérêt ; d’autre part la crise énergétique européenne continuera à affecter la dynamique industrielle européenne et à limiter le reflux inflationniste.

Nous entrons donc dans une période où les banques centrales vont continuer à durcir leur politique monétaire alors même que les économies connaissent un ralentissement, c’est une combinaison délicate... Cela dit, nous ne sommes pas en train de revivre la crise financière de 2008 ! Même s’il est difficile de prédire l’ampleur du ralentissement et sa durée, il devrait être relativement court : d’une part, certains fondamentaux sont relativement solides, en matière de marché de l’emploi ou d’épargne accumulée des ménages par exemple, à la fois en Europe et aux Etats-Unis; d’autre part, l’Europe a déjà réussi à réduire sa consommation de gaz et d’électricité en limitant l’impact sur l’activité globale.

Dans cet environnement, les sources d’incertitude sont nombreuses : inflation, comportement des ménages, décisions des banques centrales et évidemment évolution de la guerre en Ukraine. Le raisonnement par scenarios est un outil d’aide à la prise de décision qui s’avère très utile : nous le pratiquons comme un outil parmi d’autres de pilotage, pour borner l’univers des possibles dans lequel le Groupe évolue.

 

 

La récession est-elle inéluctable en Europe d’ici les prochains mois ? Et en France ?

 

L’économie européenne a été plutôt résiliente dans son ensemble, à l’image par exemple de l’industrie allemande qui résiste encore. Mais les indicateurs avancés montrent clairement le retournement en cours, au-delà des seules industries très énergivores, qui sont en contraction depuis plusieurs mois déjà : les ventes au détail refluent, les indicateurs avancés des activités industrielles et de services laissent clairement anticiper une contraction de l’activité. Nous nous attendons donc à une récession en Europe cet hiver, probablement modérée, mais dont l’ampleur dépendra de l’évolution de la situation énergétique, des politiques publiques de soutien aux industries et aux ménages, et de degré de résilience de la consommation des ménages.

La contraction économique devrait être moins brutale en France principalement du fait de sa plus faible industrialisation, mais aussi grâce au bouclier tarifaire décidé très tôt par le gouvernement et qui limite le choc de pouvoir d’achat. Le taux d’inflation s’établit à 7% sur une année glissante en novembre alors qu’il atteint en moyenne 10% en Europe.

 

 

Faut-il s’inquiéter d’un décrochage de compétitivité industrielle entre les Etats-Unis et la zone euro ?

 

C’est une réelle source d’inquiétude. La compétitivité européenne est sujette à un double choc : d’une part elle est soumise à une crise énergétique durable et d’une ampleur inédite, à laquelle l’industrie américaine n’est pas exposée ; d’autre part, l’adoption cet été de l’Inflation Reduction Act accentue le biais protectionniste des autorités américaines, qui conditionnent l’octroi de subventions pour la décarbonation industrielle à une production domestique. Comment lutter à armes égales dans ces conditions ? C’est en partie l’autonomie stratégique et la croissance potentielle de l’UE qui se jouent dans cette perte de compétitivité industrielle, et cela appelle une réponse coordonnée des états-membres et de la Commission Européenne.

 

 

Le ralentissement économique chinois vous préoccupe-t-il ?

 

Le ralentissement chinois est important pour l’économie mondiale car le pays a généré à lui seul jusqu’à près d’1/3 de la croissance mondiale et représente la principale source de demande de matières premières au monde, notamment de pétrole – la Chine joue donc un rôle important dans la dynamique des prix des matières premières. Nous savons que l’économie chinoise décélère de façon structurelle, du fait de la démographie et du dégonflement de la bulle immobilière des dernières décennies. Mais les tendances de court terme sont très incertaines après une année 2022 de faible croissance : d’une part, la crise immobilière semble sous contrôle depuis que les autorités ont introduit de nouvelles mesures de soutien au secteur courant novembre, ce qui devrait permettre aux promoteurs immobiliers de rester à flot. Mais d’autre part, la réouverture de l’économie depuis la fin de la politique ‘zéro covid’ début décembre ne sera probablement pas un long fleuve tranquille au vu de l’augmentation attendue des contaminations. Il faut s’attendre à un rebond technique de l’économie chinoise en 2023, mais les perturbations liées au Covid ne sont probablement pas terminées malgré la fin officielle de la politique "zéro-Covid".

 

 

L’inflation actuelle, d’où qu’elle vienne (matières premières, pénuries multiples, hausses de salaires), a-t-elle franchi son pic ?

 

Il semble effectivement que le pic soit passé au niveau mondial : la faiblesse récente des prix du pétrole, qui restent sous les 80 dollars par baril actuellement, aide beaucoup, de même que l’amélioration des perturbations logistiques qui ont tant affecté le prix des biens durables depuis 2021. On le voit de façon très nette aux Etats-Unis, où l’inflation a encore ralenti en Novembre, à 7,1% sur un an. Et bien sûr, à partir de février 2023, les effets de base sur les prix de l’énergie et alimentaires vont accentuer la baisse de l’inflation : même si les prix restent élevés, leur variation sera favorable au calcul de l'inflation. Enfin, l’effet du resserrement des politiques monétaires devrait aussi favoriser la décrue dans les prochains mois.

Ceci étant, l’inflation reste très élevée en Europe à 10% et sa baisse en novembre reste sujette à caution : on le sait, les prix au détail du gaz et de l’électricité augmentent avec retard dans certains pays, en France notamment, et pourraient perturber la décrue dans les prochains mois. Par ailleurs, l’enjeu est désormais de juguler l’inflation sous-jacente (hors prix de l’énergie et de l’alimentaire) qui reste très élevée, à 6% aux Etats-Unis et 5% en Europe. Cela passe par de nouvelles hausses de taux directeurs, et par leur maintien à un niveau élevé sur l’année 2023.

 

 

Quelle influence auront les politiques monétaires des Banques centrales sur l’économie réelle et les marchés financiers en 2023 ?

 

Les resserrements monétaires sont conçus pour casser les dynamiques de crédit, de prix et de salaires par une plus faible demande, ils sont donc conçus pour générer du ralentissement économique. Mais l’incertitude porte à la fois sur l’ampleur et le timing de leur effet, c’est l’une des sources d’incertitude sur les perspectives d’activité 2023 dans les pays développés. Par ailleurs, tous les secteurs d’activités ne sont pas égaux face à la remontée des taux d’intérêt, et les cycles d’affaires ne sont pas tous synchronisés. La reprise du secteur automobile devrait par exemple se poursuivre, alors que le secteur de la construction est davantage exposé à ce nouvel environnement de taux. Et même au sein de la construction, les dynamiques devraient se différencier : nous le voyons chez Saint-Gobain, les segments de la rénovation, notamment énergétique, et de la construction légère, seront plus résilients car ils répondent à des besoins structurels de réduction de la consommation énergétique et sont portés par les évolutions réglementaires.

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