Macro-économie / Taux / William de Vijlder / BNP Paribas
Macro-économie / Taux
William de Vijlder / BNP Paribas
L'année 2023 vue par... William de Vijlder /
Chef économiste du groupe BNP Paribas
Quelles sont vos perspectives pour l’économie mondiale ? Avez-vous élaboré plusieurs scénarios selon l’évolution de la guerre en Ukraine ?
D'un point de vue économique, 2022 restera dans l'histoire comme l'année du retour en force de l’inflation, qui a obligé les principales banques centrales à entamer un cycle de resserrement agressif. Il est fort probable que dans douze mois, nous regarderons 2023 comme une année de récession et de désinflation, une année où les taux d’intérêt officiels auront atteint leur taux final. Comme toujours, la liste des "inconnues connues" est longue. Les prix de l'énergie pourraient encore augmenter après leur récent fléchissement, la désinflation pourrait être plus lente que prévu, les taux directeurs pourraient culminer à un niveau plus élevé que les prix actuels des marchés, la récession pourrait être plus longue et plus profonde. Cependant, nous devons également tenir compte des facteurs de résilience : la rétention de main-d’œuvre des entreprises qui devrait limiter la hausse du chômage, le soutien budgétaire dans de nombreux pays européens, la nécessité d'investir dans le contexte de la transition énergétique.
La récession est-elle inéluctable en Europe d’ici les prochains mois ? Et en France ?
La récession n’est pas encore certaine en Europe, et notamment en France, mais elle semble inévitable. En effet, la confiance des ménages, si elle donne des légers signes de redressement, demeure à un niveau très déprimé. La détérioration des enquêtes sur le climat des affaires reste relativement contenue mais, en niveau, ces enquêtes se situent en zone de contraction de l’activité. Et nous nous attendons à ce que leur baisse se poursuive, et à ce que celle de la confiance des ménages reprenne éventuellement, entraînant au passage le marché du travail, car nous n’avons pas encore vu les pleins effets du choc inflationniste, de la crise énergétique et du resserrement monétaire. Cette récession devrait toutefois rester d’ampleur limitée et de courte durée, à la faveur notamment des mesures importantes de soutien budgétaire.
Faut-il s’inquiéter d’un découplage entre les Etats-Unis et la zone euro ?
Les Etats-Unis devraient entrer en récession plus tard -au deuxième trimestre 2023- que la zone euro parce que la dynamique cyclique y dépend essentiellement des conditions de financement et donc des taux de la Réserve fédérale tandis qu’en zone euro il y a les effets combinés de la hausse des taux et du choc énergétique, qui est beaucoup plus fort qu’aux Etats-Unis. Ce décalage doit retenir notre attention parce qu’il risque de peser sur la reprise de l’activité en zone euro une fois la récession terminée. Cette reprise risque d’être plus poussive si les Etats-Unis sont encore en récession.
Le ralentissement économique chinois vous préoccupe-t-il ?
C’est un point important d’attention. Structurellement, la Chine jouera moins un rôle de locomotive de l’économie mondiale. Etant donné ses défis actuels -Covid-19, crise immobilière, etc.- le pays ne devrait pas être un moteur du rebond cyclique, contrairement à ce qu’on a pu voir après la grande crise financière.
L’inflation actuelle, d’où qu’elle vienne (matières premières, pénuries multiples, hausses de salaires), a-t-elle franchi son pic ?
Aux Etats-Unis le pic est derrière nous et il devrait bientôt arriver en zone euro aussi. La vraie question est la rapidité et l’ampleur de sa baisse en 2023. La réponse sera cruciale pour la politique des banques centrales, pour le pic cyclique des taux officiels, mais également pour les conditions de financement et donc pour l’activité et la demande. Si l’inflation devait surprendre à la hausse, il est fort à parier qu’en conséquence, la croissance surprendrait à la baisse. Appréhender la dynamique désinflationniste est difficile parce qu’elle dépend fortement de considérations microéconomiques -la capacité des entreprises à augmenter leurs prix et l’élasticité de la demande de leurs clients par rapport à ces prix- ainsi que de phénomènes de décalage, comme la hausse du coût de l’énergie quand des contrats à long terme viennent à échéance.
Quelle influence auront les politiques monétaires des Banques centrales sur l’économie réelle et les marchés financiers en 2023 ?
Les politiques monétaires cherchent à ralentir la demande et ainsi provoquer un recul de l’inflation et des anticipations inflationnistes. Si la demande réagit insuffisamment, elles seront obligées à faire plus. Le message est donc en quelque sorte brutal : "il faut que la croissance de la demande ralentisse". La réaction des marchés financiers dépend de la classe d’actifs. Lorsque le taux officiel se rapproche du pic cyclique anticipé par les marchés, les taux longs devraient se stabiliser, voire baisser, comme le risque de resserrements supplémentaires significatifs diminue. Les classes d’actifs risqués (actions, dette d’entreprises, etc.) réagiront initialement favorablement en raison de la perspective d’une baisse du taux sans risque, mais dans un second temps le doute risque de réapparaître, alimentés par des interrogations sur les conséquences d’une récession pour les bénéfices des entreprises.
Après avoir été en retrait ces dernières années, pensez-vous que le sujet de la soutenabilité des dettes publiques pourrait être de nouveau l’objet de toutes les attentions ?
Ce sujet retiendra davantage l’attention que par le passé, les taux longs ayant beaucoup monté. Cependant, la maturité de la dette est longue et freine la transmission de la hausse des taux longs dans le coût moyen du stock de la dette. En conséquence, le sujet ne devrait pas être dominant en 2023.
Estimez-vous que le dollar va continuer de s’apprécier ? Quelles conséquences pour l’économie mondiale ?
Nous tablons sur une appréciation limitée de l’euro vis-à-vis du dollar. Beaucoup d’investisseurs ont privilégié le dollar depuis plus d’un an et sont sur des plus-values latentes considérables. En conséquence, ils seront enclins à réaliser leurs bénéfices en allégeant leurs positions. La réduction de l’écart de taux longs entre les Etats-Unis et la zone euro est un autre facteur de soutien pour l’euro. Finalement, il y a aussi la force de rappel venant d’une valeur intrinsèque de l’euro qui est bien au-delà du niveau actuel.
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