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Macro-économie / Taux / BNP Paribas / William de Vijlder

Macro-économie / Taux
BNP Paribas / William de Vijlder

exclusif L’année 2024 vue par… William de Vijlder / Chef économiste du groupe BNP Paribas

EXCLUSIF. WanSquare a demandé à des économistes et des dirigeants de grandes entreprises de livrer leur vision pour 2024 après une année 2023 marquée par le début de la désinflation, la multiplication des tensions géopolitiques, le boom de l’intelligence artificielle générative ou encore les premières retombées des resserrements monétaires sur l’économie réelle. Chaque jour nous publions leurs réponses aux questions que vous vous posez. Une série à lire, partager et conserver précieusement.
William de Vijlder / DR
William de Vijlder / DR

Quel est votre scénario de croissance pour l’Europe et la France pour 2024 ? De quelle manière les trois risques géopolitiques (guerre en Ukraine, conflit israélo-palestinien et les élections présidentielles américaines) affectent-ils vos prévisions ?

 

Pour la zone euro, l’année 2024 devrait se dérouler en deux étapes avec dans les premiers mois, la persistance de la stagnation observée en 2023 en répercussion à des taux d’intérêt élevés et à l’effet retardé du choc d’inflation ; mais aussi en raison d’un contexte international défavorable et de la prudence adoptée par les entreprises. Puis, la baisse de l’inflation et une détente monétaire prudente devraient conduire à une reprise économique progressive.

Concernant la France, l’année 2024 devrait être celle d’une économie en convalescence. En effet, le pays devrait débuter l’année avec une croissance très basse, proche de la stagnation. En cause, l’impact du choc de taux qui s’élargit de la construction résidentielle, déjà affectée depuis 18 mois, à l’investissement des entreprises. En parallèle, la désinflation ne bénéficie pas encore à la consommation des ménages, et ne le fera que graduellement à partir du printemps. En effet, les ménages adaptent également leur consommation de biens durables au contexte de taux élevés, ce qui pèse sur les carnets de commandes (automobile, équipement du logement) et nous laisse penser que l’année 2024 restera au global difficile.

 

La remontée des défaillances d’entreprises vous inquiète-t-elle ?

 

La remontée des défaillances est un point de préoccupation, en effet, car depuis le début du 2e trimestre elles sont supérieures à leur niveau de 2019, de 10 % sur les trois derniers mois à fin octobre. Ce surcroît de défaillances peut s’expliquer par deux effets. Le premier tient à ce que nous avons vécu une période de plus de deux ans (période Covid) pendant laquelle les défaillances ont été en deçà de la normale, tout ceci avec une dynamique de créations d’entreprises qui est restée forte. En conséquence, nombre de structures de création récente, protégées lors de la période Covid, entrent désormais en défaillances.

Ainsi, depuis le début de l’année 2023, le secteur de l’information et de la communication a vu ses défaillances dépasser de 30 % leur niveau de 2019. Le second est le résultat de la baisse de la croissance à partir de 2022 et de son effet décalé dans le temps sur les défaillances. Le commerce a subi les affres de l’inflation depuis près de deux ans déjà, mais comme l’inflation a tendance à diminuer et que les taux d’intérêt sont actuellement au plus haut, les défaillances dans la construction viennent de dépasser celles enregistrées dans le commerce : un point de vigilance tout particulier quand on connait les effets de second tour que ce secteur peut avoir sur le reste de l’économie.

 

Les Banques centrales ont fortement augmenté leurs taux d’intérêt ces derniers mois, cela vous paraît-il suffisant pour que l’inflation retombe à 2 % en rythme annuel ? Etes-vous en faveur du relèvement de cette cible ?

 

Un relèvement de cible créerait un précédent et provoquerait une hausse des anticipations d’inflation et de l’incertitude sur l’inflation à moyen terme, donc des taux d’intérêt à long terme plus élevés. Il y aurait donc un coût net pour les agents économiques parce que ce relèvement ne donnerait pas une impulsion à la croissance à court terme, et on peut même craindre le contraire à moyen terme. Il y a un large consensus à ce sujet.

Une question plus importante concerne l’atterrissage de l’inflation. Lorsqu’elle sera suffisamment proche de 2.0 %, les banques centrales pourraient dire que leur politique actuellement mise en œuvre devrait permettre d’atteindre la cible dans la durée, donc cela limiterait le potentiel de baisse des taux officiels. La question n’est pas sans importance pour les marchés obligataires.

 

Les marchés obligataires ont montré de forts signes de nervosité ces derniers temps, pensez-vous que les coûts auxquels se financent Etats et entreprises pourraient encore croître après la fin de la hausse des taux d’intérêt directeurs ?

 

Nous sommes au pic des taux officiels et les marchés obligataires anticipent déjà une nette baisse de ces taux en 2024 et 2025, ce qui explique la baisse récente des taux longs. Ceux-ci pourraient remonter s’il advient que la désinflation est plus lente et l’assouplissement monétaire plus limité qu’attendu. En outre, une amélioration progressive de la conjoncture au second semestre 2024 pourrait créer la crainte d’un retour assez rapide d’une pénurie de main-d’œuvre. Les besoins de financement importants (déficits budgétaires, financement de la transition énergétique) influenceront également les taux longs.

 

En début d’année, des banques américaines liées au secteur de la tech ont fait faillite et UBS a été contraint de se porter au secours de Credit Suisse, quel est, selon vous, le plus gros risque pour la stabilité financière qui pourrait apparaître en 2024 ?

 

Un risque potentiel concerne la possibilité que les hypothèses macroéconomiques se révèlent être trop optimistes. Ce risque est particulièrement aigu aux Etats-Unis ou le scénario d’un atterrissage en douceur est communément admis. Un atterrissage plus brutal (‘hard landing’) provoquerait des réallocations de portefeuille énormes (dues à des révisions à la baisse des perspectives bénéficiaires) ainsi qu’une réduction de l’utilisation de l’effet de levier sur toile de fond d’une liquidité des marchés réduite.

 

Dans le cas de la France, la crise du logement constitue-t-elle une bombe à retardement ? Si oui, quelles mesures préconiseriez-vous pour la désamorcer ?

 

Le logement cher en France n’est pas un phénomène nouveau. Corrigés de l’inflation, les prix ont plus que doublé entre 1997 et 2007 et ils se situent aujourd’hui, et en moyenne sur l’ensemble du territoire, à un niveau proche de leur précédent pic de 2007. La remontée des taux des crédits depuis 2022 a entraîné une baisse du montant empruntable (- 23 % sur une durée de 20 ans) et, dans un contexte de prix relativement stables, une forte dégradation de la capacité d’achat réelle (en nombre de m2). Les difficultés éprouvées par les acquéreurs potentiels entraînent à leur tour un report de la demande vers le marché locatif sur lequel l’offre est mise à mal par le durcissement des critères de mise en location (exclusion des "passoires thermiques"). Au-delà des conséquences sociales, une crise du logement serait susceptible de se traduire par des difficultés de recrutement, une diminution de la mobilité résidentielle et une hausse importante des loyers et du coût du travail dans les zones tendues.

Dans un contexte où l’offre est inélastique, les politiques de soutien de la demande sont budgétairement coûteuses et produisent des effets similaires à ceux d’une baisse des taux d’intérêt (soutien du prix du m2). On devrait donc plutôt penser à des mesures concentrées sur l’offre comme des incitations fiscales ciblées pour produire des logements dans les zones tendues.

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