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Série : les Patrons et "le Monde d'Après" - William de Vijlder

Politique économique / William de Vijlder / BNP Paribas / chef économiste / covid-19

Politique économique
William de Vijlder / BNP Paribas / chef économiste / covid-19

Série : les Patrons et "le Monde d'Après" - William de Vijlder

WanSquare a interrogé plusieurs grands patrons de la finance, de l'industrie, des services, à la tête d'entreprises internationales, ainsi que des économistes de renom, afin de leur demander, trois mois après le début du confinement, comment ils abordaient "le Monde d'Après". William de Vijlder, Chef Economiste du Groupe BNP Paribas, nous livre le fruit de sa réflexion.
William de Vijlder
BNP Paribas
Economiste en chef
William de Vijlder BNP Paribas Economiste en chef

Y aura-t-il, pour vous, une "France d’après" cette crise sanitaire et économique ?

Il y aura une "France d’après" et, plus généralement, un "monde d’après". La récession a été tellement sévère et son origine – une crise sanitaire mondiale – tellement atypique qu’elle sera considérée comme un point de rupture, le début d’une nouvelle ère. Elle impacte certains modes de consommation (comme les circuits courts pour l’alimentation, les achats en ligne), de production (comme le télétravail), voire d’habitation, la technologie rendant possible le télétravail et pouvant donner un élan aux régions par opposition aux métropoles. De l’attention à la santé devrait découler une attention et sensibilité accrues au changement climatique. Finalement, nous avons redécouvert le rôle de l’Etat comme facteur de stabilisation.

La crise du coronavirus va-t-elle rebattre les cartes de la mondialisation ?

Le pic de la mondialisation a été atteint il y a quelques années. La crise devrait accélérer le mouvement vers une certaine déglobalisation. Les entreprises ont dû faire face à un "stress test" en temps réel de leur production et ont constaté que des chaînes de valeur longues et compliquées les rendaient plus fragiles. Il existe donc un argument fort en faveur de chaînes de valeur plus courtes et moins concentrées, donc plus diversifiées. Bien sûr le comportement du consommateur jouera un rôle clé dans ces évolutions : est-ce qu’il sera prêt à payer un peu plus pour un produit issu d’une chaîne de valeur plus courte et donc plus robuste face aux chocs ? 

En outre, il existe un risque de dérive protectionniste, la disruption des importations pendant la crise pouvant être utilisée comme argument pour justifier de nouvelles mesures tarifaires ou réglementaires. En réalité, ces mesures auraient comme objectif de doper la croissance, mais au final, risqueraient de ne créer que des perdants.  

Faut-il davantage de "souverainisme économique" comme le dit le Chef de l’État ?

Oui, pour des secteurs stratégiques. La crise a montré que l’efficience économique, si vantée en temps normal, est une maigre consolation quand la santé des citoyens est à risque et que l’approvisionnement en produits essentiels est perturbé à cause du confinement dans les pays exportateurs.  Au-delà de ce qui touche à la santé – médicaments, matériel médical, etc. – il est plus difficile de déterminer jusqu’où le souverainisme économique doit être encouragé. 

Il y a lieu de s’interroger : est-ce que nous en faisons assez pour stimuler la recherche et le développement, qui sont à la base de l’innovation ? Le souverainisme soulève aussi la question de l’attitude adoptée en matière d’investissements directs de l’étranger ou encore en termes de fusions-acquisitions. 

Dans tous ces domaines, une approche européenne est d’ailleurs à privilégier afin d’avoir des entreprises en mesure de concurrencer leurs homologues américains et chinois. 

Êtes-vous inquiets de l’état de nos finances publiques après cette crise ?

Vu le très faible coût de financement, je crois que la stabilisation du rapport dette/PIB devrait être possible sans trop de difficultés. La vraie question aujourd’hui est ce que nous ferons si, dans 5 ou 10 ans, il y aurait une nouvelle récession. Plus l’endettement public est élevé, plus limitée est la capacité d’intervention pour soutenir l’économie. Nous avons donc intérêt à réduire cet endettement, une fois que la conjoncture sera bien orientée. L’expérience de la crise de 2008 nous rappelle toutefois à quel point cela est difficile, et d’autant plus vu le niveau déjà élevé des prélèvements obligatoires. 

Si vous deviez souffler une mesure à nos dirigeants, quelle serait-elle ?

A court terme, frapper d’une pierre deux coups en stimulant la reprise par le soutien d’investissements dans le cadre du changement climatique. Convaincre les partenaires européens qu’il est plus que jamais nécessaire de renforcer la construction européenne : ensemble nous serons en meilleure position pour affronter la concurrence venant des Etats-Unis et de la Chine, pour ne citer que ces pays. Dans la durée, mener une politique qui stimule la croissance potentielle – qui passe par l’innovation et la compétitivité des entreprises – tout en veillant à ce que cette croissance soit inclusive et durable.

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