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Politique économique / Crédit Agricole / isabelle job-bazille / covid-19 / interview

Politique économique
Crédit Agricole / isabelle job-bazille / covid-19 / interview

Série : les Patrons et "le Monde d'Après" - Isabelle Job-Bazille

WanSquare a interrogé plusieurs grands patrons de la finance, de l'industrie, des services, à la tête d'entreprises internationales, ainsi que des économistes de renom, afin de leur demander, trois mois après le début du confinement, comment ils abordaient "le Monde d'Après". Isabelle Job-Bazille, Chef Economiste du Groupe Crédit Agricole, a accepté de se livrer à cet exercice.
Isabelle Job-Bazille / DR
Isabelle Job-Bazille / DR

Y aura-t-il, pour vous, une "France d’après" cette crise sanitaire et économique ?

J’adhère assez peu à cette vision panglossienne du "Monde d’après" même si l’on va sans doute assister à une accélération de tendances lourdes déjà à l’œuvre avant-crise. La révolution numérique et le changement climatique vont façonner encore plus qu’hier nos modes de production et de consommation, et modifier notre rapport au travail. Ces grandes transformations, couplées à un choc sans précédent, risquent cependant de se traduire par une montée de la conflictualité sociale sur fond d’accroissement des inégalités, qu’elles soient réelles ou perçues. Plus généralement, la scène géopolitique mondiale reste profondément désorganisée. Les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis sont la partie émergée d’un affrontement hégémonique, durable et multiforme, entre une puissance dominante, mais en déclin, et une puissance rivale qui aspire à lui ravir son leadership, et la crise pourrait être un facteur accélérateur de cette recomposition géopolitique. Au-delà des tensions sino-américaines, l’affaiblissement du multilatéralisme et le grand retour du politique comme arbitre des relations internationales augmentent les risques de conflits locaux ou régionaux. Autant dire que le monde de demain où le pire côtoie le meilleur a toutes les chances de ressembler à celui d’hier.

La crise du coronavirus va-t-elle rebattre les cartes de la mondialisation ?

Il est aussi question ici d’accélération de tendances préexistantes à la crise vers une plus grande régionalisation du monde dans les domaines économiques et commerciales. Il s’agit moins de relocalisation, sauf pour les secteurs jugés stratégiques, que de réorganisation des chaînes de valeur globales pour en réduire la vulnérabilité avec une tendance à la diversification. Il ne faut néanmoins pas occulter que, dans ce monde post-crise, certains dirigeants de la planète pourraient être tentés d’exalter les passions nationalistes et de prêcher un patriotisme économique synonyme de repli protectionniste. Ces stratégies du chacun pour soi sont dangereuses. Certes, la mondialisation n’est pas parfaite, mais il ne faut pas oublier que l’intégration croissante des pays émergents dans le commerce international a permis d’extraire de l’extrême pauvreté des millions d’individus et de connaître à l’échelle mondiale une longue période de prospérité. Pour regagner l’adhésion des citoyens, la mondialisation doit désormais rimer avec une plus grande justice sociale en offrant des compensations aux perdants et en tenant compte des nouvelles exigences sociétales et environnementales.

Faut-il davantage de "souverainisme économique" comme le dit le Chef de l’État ?

Si on doit réfléchir au souverainisme économique, il faut le penser non pas à l’échelle française mais au niveau européen. L’Europe doit abandonner sa posture naïve face aux volontés de puissance de la Chine et des États-Unis au risque sinon de se faire marginaliser. L’Europe doit protéger ses entreprises face aux appétits étrangers. Elle doit se doter d’une politique industrielle commune et reconquérir son indépendance technologique pour renforcer son autonomie stratégique. Elle doit aussi défendre son modèle de démocratie sociale et ses valeurs tout en restant ouverte au monde. L’Europe doit être finalement capable d’offrir une troisième voie dans ce monde bipolaire et en tension.

Êtes-vous inquiets de l’état de nos finances publiques après cette crise ?

Pas tant que la BCE joue son rôle de "prêteur en dernier ressort". La purge des excès d’endettement hérités de la crise va se faire selon un processus lent et ordonné avec une BCE à la manœuvre pour maintenir dans la durée des taux d’intérêt très bas. Elle va ainsi probablement continuer de flirter avec les limites de son mandat et devra, sans le dire, refinancer encore longtemps les États membres, une manière de faire du temps notre meilleur allié. De surcroît, la nouvelle Commission européenne a fait résolument le choix de la croissance avec un plan de relance financé par l’émission d’une dette commune pour sortir de la crise et préparer l’avenir, ce qui va aussi contribuer à viabiliser les trajectoires d’endettement.

Si vous deviez souffler une mesure à nos dirigeants, quelle serait-elle ?

Il faut arrêter de faire croire que l’Etat est omnipotent et laisser une plus grande autonomie aux acteurs économiques qui vont être au cœur de la reprise. Simplifier la vie des entreprises, s’attaquer au mille-feuille administratif et aux excès de bureaucratie sont autant de mesures peu coûteuses mais indispensables pour gagner en agilité…

 

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