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Carmat / coeur artificiel / Aeson / Pascale d’Arbonneau / Stéphane Piat / Carpentier
La rentabilité : le nouvel objectif de Carmat / Le groupe devra pour cela réussir la montée en cadence de sa production
Le cœur artificiel total inventé et mis au point par la société Carmat devrait bientôt atteindre la rentabilité. Pour la première fois de son histoire, l’entreprise dirigée par Stéphane Piat vient en effet de se fixer un horizon de profitabilité, qu’elle estime à 2027. Un tournant pour cette société cofondée en 2008 par le professeur Alain Carpentier, aujourd’hui président d’honneur, et Matra défense (d'où son nom qui est la contraction de Carpentier et de Matra).
On ne présente plus le cœur artificiel Carmat, constitué de biomembranes issues de la technologie des valves Carpentier Edwards en biomatériaux (réalisées à partir de tissus animaux rendus "neutres" sur le plan immunologique) qui réduisent le risque de caillots. La forme de ses cavités a été étudiée au moyen de la puissance de calcul de l'aéronautique pour limiter ou éliminer les turbulences du sang. Ce cœur est également autorégulé, permettant une variation de la fréquence cardiaque et du débit du sang. Autant de caractéristiques qui en font une bioprothèse unique au monde permettant de prolonger la vie de patients atteints d'insuffisance cardiaque en phase terminale ou d'attendre une éventuelle transplantation d’organe.
Plus de 100 cœurs en 2023
La société a repris en novembre dernier les implantations de son produit, baptisé commercialement "Aeson", qu’elle avait dû interrompre le temps de résoudre certains problèmes de qualité. Depuis, la montée en cadence de la production s’effectue graduellement. En parallèle, l’entreprise poursuit activement la formation de nouveaux hôpitaux, avec un objectif de 30 centres opérationnels en Europe, majoritairement en Allemagne et en Italie, d’ici la fin de l’année 2023.
"Nous prévoyons une production supérieure à 100 cœurs en 2023", a indiqué Pascale d’Arbonneau, la directrice administrative et financière de l’entreprise lors d’une présentation. Au-delà, la montée en capacité de production se fera en deux étapes pour atteindre 500 cœurs par an dès 2024 puis 1000 cœurs par an à partir de l’année 2027.
Réduction drastique des coûts
Le fait de disposer désormais à la fois d’une stratégie d’accès au marché et d’une feuille de route de production claires "nous permet pour la première fois de donner des prévisions financières", a-t-elle expliqué. Il y en a deux. D’une part Carmat, prévoit pour 2023 un chiffre d’affaires de l’ordre de 10 à 13 millions d’euros. D’autre part, "nous devrions atteindre le seuil de profitabilité de la société en 2027", un objectif qui "s’appuie évidement sur un développement très important des ventes mais également sur une réduction drastique de notre coût de production", a expliqué Pascale d’Arbonneau. Ainsi que sur un lancement commercial d’Aeson aux Etats-Unis en 2026. La dirigeante a précisé que la cadence des ventes serait "évidemment en phase avec celle de la production", ce qui signifie qu’il faut s’attendre à ce que la deuxième partie de l’année soit plus importante en matière de chiffre d’affaires.
Dans cette trajectoire ascendante, "le ‘challenge’ n’est pas la taille du marché qui est immense mais de pouvoir produire suffisamment de prothèses pour répondre à cette demande", a-t-elle souligné. Car le potentiel de marché est énorme. Lors de cette même présentation, Stéphane Piat a évoqué le chiffre de plus de 200 000 patients par an souffrant d’insuffisance cardiaque avancée entre les Etats-Unis et l’Europe, soit un marché de plus de 40 milliards de dollars sur la base d’un prix moyen de 200 000 dollars pour la bioprothèse. Un chiffre appelé à croître de façon exponentielle en corrélation avec le vieillissement de la population. Evidemment, Carmat ne captera pas la totalité du marché. Selon les analystes de Degroof, les ventes maximales d’Aeson pourraient s’élever à 750 millions d'euros d'ici 2035, "ce qui correspond à environ 3 200 implants par an".
D’autres augmentations de capital à venir
Pour l’heure, le cœur Carmat a uniquement été validé pour être utilisé chez des patients en attente d’une transplantation, afin de permettre aux malades de reprendre des forces avant de subir une greffe. "Mais notre vision est toujours d’être le premier dispositif à obtenir l'indication dans la thérapie définitive", qui lui ouvrirait la totalité du marché, a souligné Stéphane Piat. C’est le but d'une étude baptisée "EFICAS" qui a démarré en France en décembre dernier dans six centres et qui devrait se terminer en 2025.
D’ici là, et en attendant que le seuil de rentabilité soit franchi, Carmat, dont la visibilité financière actuelle va jusqu’à juillet de cette année, devra continuer à se financer. Le groupe a réalisé le mois dernier une augmentation de capital en deux temps qui lui a permis de lever 72 millions d’euros. La société a également obtenu il y a peu de l’Union européenne une subvention non-dilutive de 2,5 millions d’euros et pourrait recevoir 15 millions d’euros supplémentaires qui doivent encore être négociés, destinés en particulier à soutenir la commercialisation d’Aeson en Europe.
Bien sûr, "il faut s’attendre à ce qu’il y ait d’autres augmentation de capital dans le futur", prévient Pascale d’Arbonneau. Mais, assure-t-elle, le groupe conservera une approche "très pragmatique", étudiant tous les outils de financement à sa disposition, dilutifs ou non dilutifs.
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