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Carmat / coeur artificiel
Carmat à la recherche d’un second souffle financier / Une augmentation de capital peut en cacher une autre
La visibilité financière est aussi courte que la prouesse médicale est importante. Après les 7 millions d’euros levés en octobre auprès de plusieurs de ses actionnaires historiques, Carmat, l’inventeur du premier cœur artificiel biocompatible et auto-régulé vient tout juste de lever 15 millions d’euros par augmentation de capital. Une somme grâce à laquelle l’horizon financier de l’entreprise, qui n’allait pas plus loin que fin janvier avant l’opération, vient de gagner quelques semaines.
La société pourrait, sans autres nouveaux financements, poursuivre ses activités "jusqu’au 22 février 2024", a-t-elle indiqué lundi. Cette situation tendue pourrait toutefois s’améliorer en fonction de discussions en cours avec ses créanciers, en particulier la Banque européenne d’investissement (BEI). Un accord de principe annoncé le 12 janvier avec celle-ci pourrait donner une bouffée d’air à la trésorerie de l’entreprise en reportant à fin juillet 2026 une tranche de prêt de 15 millions d’euros prévue pour fin janvier. Si l’accord est confirmé, les deux autres tranches prévues initialement en 2025 et 2026 seraient également décalées, respectivement à aout 2027 et octobre 2028.
Pour autant, même dans l’hypothèse d’une mise en œuvre de l’accord de principe conditionné avec la BEI, Carmat évalue encore son besoin de financement à 35 millions d’euros sur les douze prochains mois, avec un horizon de financement qui ne serait étendu que jusqu’à mi-mai 2024. Ce qui suppose qu’une autre levée de fonds sera encore très prochainement nécessaire.
Ces "bridges financiers" de très court terme en valent toutefois la peine. Ils "permettent principalement à Carmat de maintenir le cap de production et démontrer que l’accélération des ventes visibles au quatrième trimestre pourra être maintenue lors de ce premier trimestre", explique le cabinet Oddo BHF. En effet, malgré des ventes en deçà de ses prévisions en 2023, le groupe a enregistré un rebond notable de ses ventes au second semestre. Et la direction de Carmat a récemment donné de premières prévisions pour 2024, estimant que ses ventes devraient être comprises entre 14 et 20 millions d’euros.
Cet objectif suppose une forte accélération des implantations en 2024, avec un quasi doublement (estimé) de la cadence d’implantation trimestrielle par rapport au quatrième trimestre 2023. Le groupe table sur la formation d’une cinquantaine d’hôpitaux d’ici fin 2024, ainsi que sur 30 implantations dans le cadre de l’étude dite "EFICAS". Une étude à fort enjeu étant donné qu’elle pourrait permettre au cœur artificiel de Carmat de devenir le premier dispositif indiqué en tant que "thérapie définitive", ou "transplantation de destination" et non plus seulement utilisé chez des patients en attente d’une transplantation pour leur permettre de reprendre des forces avant de subir une greffe.
En attendant, les actionnaires n’ont pas fini de faire le dos rond, qu’il s’agisse des augmentations de capital (la dernière a été réalisée avec une décote de 30 % et sans droit préférentiel de souscription) ou de l’accord à confirmer avec la BEI. Rappelons que celui-ci prévoit l’"equitization" des différentes tranches d’emprunt via la constitution d’une fiducie-gestion signifiant l’émission de bons au profit du fiduciaire (BEI) lui permettant de souscrire des actions de Carmat. Appelées à être cédées sur le marché, celles-ci induiront une forte pression sur le cours de Bourse.
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