Macro-économie / Taux / Brésil / Argentine / Mercosur
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Brésil / Argentine / Mercosur
L’heure de l’émancipation pour l’Amérique latine ? / L'idée d'une monnaie commune vient d'être initiée par Buenos Aires et Brasilia
L’Amérique latine peut-elle cesser d’être le pré carré des États-Unis et de son billet vert ? C’est là tout le sens du projet commun lancé par Lula, le président brésilien, et Alberto Fernandez, président quant à lui de l’Argentine. Profitant du tout récent alignement à gauche de l’échiquier politique dans leurs deux pays, ils entreprennent une démarche qui pourrait bien constituer la deuxième union monétaire de la planète.
Un projet qui n’en est pas à son coup d’essai, l’actuel ministre des Finances de Lula ayant notamment déjà signé un article enthousiaste quant à " la création d’une monnaie sud-américaine [qui] pourrait stimuler le processus d’intégration régionale, marqué par un rythme lent et des moments de réconciliation, et renforcer la sobriété monétaire des pays d’Amérique du Sud, qui connaissent des limites économiques liées à la fragilité internationale de leurs monnaies." Une ambition qui ne se limite donc pas uniquement à la seule souveraineté monétaire. Les problématiques des deux pays sont nombreuses et ils cherchent actuellement des solutions tous azimuts comme en témoigne la récente volonté argentine de rejoindre les BRICS.
Commune mais pas unique
Tout le nœud du problème posé par cette initiative réside dans le fait qu’à la différence des unions monétaires que sont la zone euro, le franc CFA et autre dollar est-caribéen, ce projet appelé sur (sud en espagnol) ne se substituerait pas dans un premier temps aux monnaies des deux pays. Ce qui pourrait permettre aux parties prenantes de faire machine arrière, ces dernières ont d’ailleurs appelé d’autres pays à se joindre à la réflexion.
Un appel qui ne devrait pas tomber dans l’oreille d’un sourd du côté de Caracas, où le pouvoir est mis au ban de l’économie sud américaine depuis plusieurs années. Nicolas Maduro, président du Venezuela, était attendu du côté Buenos Aires cette semaine avant de renoncer à son voyage au dernier moment. Il sera peut-être bien plus compliqué de convaincre d’autres dirigeants de se joindre à eux.
Fausse bonne idée
Nombre d’économistes et d’analystes ont immédiatement mis en doute un projet qui paraît bancal à leurs yeux au vu de leur très faible intégration économique du sous-continent. Les deux pays semblent surtout voir actuellement une opportunité liée à la crise alimentaire mondiale qui les place en position de force ; Santiago Cafiero, ministre des affaires étrangères a ainsi confié au Financial Times qu’il fallait se demander au sujet des matières premières si "la région va-t-elle fournir ces services d’une manière qui transforme son économie en un producteur de matières premières ou va-t-elle les fournir d’une manière qui crée la justice sociale ?".
Un objectif qui semble presque en contradiction avec la volonté de créer une monnaie commune, les officiels des deux pays appellent d’ailleurs à ne pas s’enflammer en rappelant que l’euro a mis presque 35 ans à devenir une réalité. Une éternité comparée aux dix mois qui restent à Alberto Fernandez avant le couperet d’une possible réélection. Marcos Casari, chef économiste pour l’Amérique latine chez Oxford Economics, est quant à lui bien plus sévère concernant ce projet ; s’il comprend que "l’argument clé présenté par les politiciens est que l’accord permettrait aux États membres de commercer plus librement dans leur propre monnaie", il rappelle immédiatement que "le commerce bilatéral entre le Brésil et l’Argentine devient de moins en moins important, le commerce entre les deux pays ne représentant que 6 % de leur PIB."
De plus, à ses yeux ce n’est pas l’élargissement au sous-continent qui rendrait plus pertinent ce projet de monnaie commune puisque "la grande majorité de leurs importations provenant de l’extérieur du Mercosur." Les deux dirigeants ont également éludé la question de la propagation des problèmes argentins au Brésil, notamment en ce qui concerne l’inflation qui y est bien plus difficile à contrôler. Finalement le seul intérêt mis en avant par Oxford Economics est à trouver du côté politique avec cette "volonté idéologique de la part des deux présidents de gauche de laisser un héritage à long terme à leur base électorale, mais cette démarche ne nous semble ni utile ni réalisable. En fait, il offre une preuve anecdotique supplémentaire que c’est l’idéologie, et non le pragmatisme, qui guide les politiques en Amérique du Sud, ce qui n’est jamais une bonne nouvelle pour les entreprises."
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