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SVB : le patron de BlackRock met son grain de sel /
Les trois dominos de Larry Fink
Son commentaire ne sera pas de nature à rassurer les investisseurs. Alors que le monde de la finance est sur les nerfs du fait de plusieurs faillites bancaires aux Etats-Unis et d’incertitudes à l’égard de Credit Suisse, Larry Fink, président-directeur général de BlackRock, a tenté de se projeter dans sa lettre annuelle aux investisseurs et son ton n’apparaît guère enthousiaste.
Le patron du plus gros gestionnaire d’actifs mondial (8 600 milliards de dollars d’actifs sous gestion) s’interroge : "Le prix de l’argent facile - les dominos commencent-ils à tomber ?".
Trois dominos
Selon Larry Fink, le premier domino à être tombé est celui de "l’argent facile". Alors qu’à la suite de la crise financière mondiale, les Banques centrales ont placé leurs taux d’intérêt au plancher et inondé les marchés obligataires et les institutions financières de milliers de milliards de dollars de liquidités, elles ont subitement changé d’orientation avec l’apparition d’une inflation historique en quarante ans.
A elles trois, la Banque centrale européenne (BCE), la Réserve fédérale américaine (Fed) et la Banque d’Angleterre (BoE) ont augmenté leurs taux d’intérêt de 1 100 points de base depuis un peu plus d’un an et ont toutes trois commencé à faire décroître la taille de leur bilan. Si bien que "les marchés obligataires ont baissé de 15 % l’année dernière, mais il semblait toujours, comme on le dit dans les vieux westerns, que tout était ‘calme, trop calme’. Quelque chose d’autre devait changer, car le rythme le plus rapide des hausses de taux depuis les années 1980 a révélé les fissures du système financier", fait valoir Larry Fink.
Il n’a pas fallu longtemps pour que ces fêlures apparaissent au grand jour, la dégringolade de la valeur des titres à revenu fixe issue du resserrement monétaire ayant grevé la capacité de Silicon Valley Bank (SVB) à faire face aux demandes massives de retraits de ses déposants (42 milliards de dollars en un jour). "Il s’agit d’un déséquilibre classique entre l’actif et le passif. Deux banques plus petites ont également fait faillite la semaine dernière. Il est trop tôt pour connaître l’étendue des dégâts. Jusqu’à présent, la réponse réglementaire a été rapide et des mesures décisives ont permis d’éviter les risques de contagion. Mais les marchés restent sur le qui-vive. Ce type de déséquilibre sera-t-il le deuxième domino à tomber ?", se demande Larry Fink.
Le patron de BlackRock se rappelle que " les cycles de resserrement antérieurs ont souvent conduit à des explosions financières spectaculaires, qu’il s’agisse de la crise des caisses d’épargne qui s’est déroulée dans les années 80 et au début des années 90 ou de la faillite du comté d’Orange, en Californie, en 1994 ". Or, dans le cas des déboires rencontrés par les "savings and loans", "il s’agissait d’une ‘crise à évolution lente’, qui s’est poursuivie sans relâche. Elle a finalement duré une dizaine d’années et plus d’un millier de caisses d’épargne ont fait faillite", fait-il valoir.
De sorte que "nous ne savons pas encore si les conséquences de l’argent facile et des changements réglementaires se répercuteront sur l’ensemble du secteur bancaire régional américain (comme lors de la crise des S & L), avec d’autres saisies et fermetures à venir", analyse-t-il.
Enfin, le troisième domino pouvant s’effondrer a quant à lui trait à la liquidité, Larry Fink semblant ici viser certaines classes d’actifs comme, notamment, le capital-investissement ou la dette privée. "Des années de taux bas ont eu pour effet de pousser certains détenteurs d’actifs à augmenter leurs investissements dans des actifs illiquides - en échange d’une liquidité moindre pour des rendements plus élevés. Ces investisseurs, en particulier ceux qui ont des portefeuilles à effet de levier, risquent à présent d’être confrontés à un problème de liquidité [liquidity mismatch, ndlr]", argue-t-il.
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