Environnement
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Imbroglio à la française sur les céréales / L'appareil réglementaire hexagonal pourrait paralyser lourdement nos exportations
Après les soucis soulevés par les néonicotinoïdes, voilà que c’est au tour de la phosphine de faire parler de lui. À la différence près que l’Hexagone fait cette fois-ci figure d’exception, puisque ses voisins européens n’ont pas choisi de faire de même. Ce n’est pas eux pour autant qui vont tirer les marrons du feu ; interrogé ce week-end à ce sujet Éric Thirouin, président des producteurs de blé et céréaliers français, estime que "dans le meilleur des cas, si je puis dire, c’est la Russie qui est le premier exportateur mondial qui les fournira."
Solitaire et non solidaire
La genèse de cette interdiction remonte au mois d’octobre, lorsque l’Agence nationale de sécurité sanitaire alimentaire (Anses) décide d’interdire ce produit, pourtant requis par les importateurs de céréales pour empêcher tout transfert d’insectes vers leur pays. Guillaume Kasbarian, le député Renaissance qui est également président de la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale, n’a pas manqué d’interpeller l’agence étatique. Il estime que le choix posé "interroge aussi sur la capacité de l’Anses à prendre une décision de cette importance sans concertation avec le gouvernement et sans tenir compte du contexte européen."
En faisant cavalier seul sur ce sujet, la France aura du mal à retirer un quelconque avantage de sa position. D’autant plus que la gronde sociale pourrait se faire entendre de l’autre côté de la Méditerranée, où le cours du blé est très sensible politiquement. Souvent prompte à se plaindre de l’entretien du sentiment anti-français en Afrique, Paris ne pourra s’en prendre qu’à elle-même si ce dernier est stimulé par cet excès de zèle réglementaire.
Ports français en rade ?
L’espoir d’une hausse de la compétitivité de l’industrie portuaire française pourrait définitivement disparaître en Méditerranée avec cette interdiction et avec elle tant d’illusions être englouties. Le Sénat soulignait dans un rapport d’information de 2020 qu’en "dépit d’atouts certains, les ports français ne parviennent toujours pas à rivaliser avec leurs concurrents européens, en particulier avec les ports du range Nord (Rotterdam, Anvers) : 40 % des conteneurs à destination ou en provenance de la France transitent encore par des ports étrangers."
Or, la question se pose aujourd’hui de savoir si le traitement insecticide pourrait être réalisé dans un autre port européen, ce qui nuirait simultanément aux ports hexagonaux auxquels ce flux échapperait et à l’industrie céréalière française qui verrait ses coûts être renchéris. Alors que le monde entier est attentif à chaque prolongation de l’accord sur le corridor dédié au transport de céréales en Mer noire, la hausse des cours pourrait donc bien provenir d’un tout autre élément tout à fait inattendu pour les marchés.
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