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Chine / pollution / co2
La Chine pollue plus que tous les pays de l'OCDE réunis
Difficile de croire que la Chine parviendra à tenir ses promesses en matière d'environnement au vu des dernières données publiées par Rhodium Group sur le sujet. Selon le cabinet de recherche économique, le pays a franchi un triste record en 2019, dépassant pour la première fois le seuil des 14 gigatonnes d'émissions de CO2, à 14,093, soit plus du triple des volumes émis en 1990 et une hausse de 25% sur la seule dernière décennie. La Chine a même détrôné les États-Unis sur le podium des plus gros pollueurs de la planète, puisqu'elle a représenté 27% des émissions mondiales, contre 11% pour le Pays de l'Oncle Sam. Elle a par ailleurs pour la première fois émis autant que l'ensemble des États de l'OCDE (36 gigatonnes pour les 27 pays). Certes, selon les estimations préliminaires du fournisseur de données, les émissions ont ralenti l'an dernier, progressant de 1,7% en moyenne en Chine contre 3,3% par an sur la dernière décennie. Mais cette baisse des émissions résulte d'avantage de la crise économique liée à l'épidémie de Covid l'an dernier qu'à l'accélération du verdissement de l'économie chinoise. La Chine, qui est le seul État au monde à avoir affiché un PIB positif l'an dernier, est d'ailleurs l'unique pays dont les émissions de CO2 ont progressé en 2020. Et, selon le cabinet de recherche, en 2020, les autorités chinoises ont concentré leurs mesures de relance sur les industries à forte intensité carbone, remettant en cause les déclarations récentes du Président Xi Jinping sur l'environnement.
Lors d'un forum virtuel sur le climat organisé par la Maison blanche en décembre dernier, le chef d'État chinois a en effet déclaré que son pays réduirait ses émissions de CO2 d'au moins 65% par rapport aux niveaux de 2005 d'ici 2030 - alors qu'en septembre 2020, lors de l'assemblée générale de l'ONU, la Chine s'était fixée comme objectif une réduction de 60% - et qu'il augmenterait la part d'énergies non fossiles dans ses dépenses en énergie à hauteur de 25% à la même échéance (contre 20% annoncés initialement). Le but étant d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2060. Un objectif honorable mais difficilement atteignable selon Alice Garcia Herrero, économiste chez Natixis. "Ces déclarations ont surtout été considérées comme une prolongation des progrès réalisés jusqu'à présent plutôt que comme une accélération de la politique environnementale du pays et il serait étonnant que la Chine atteigne le pic de ses émissions d'ici 2030. D'autant que le pays continue d'investir massivement dans le charbon, principale composante de sa politique de mix énergétique", explique ainsi l'économiste. Qui rappelle à titre d'exemple que la Chine a mis en marche une gigantesque usine à charbon en 2020, d'une puissance de 38 gigawatts, équivalente à la totalité de la capacité de production d'électricité à partir du charbon allemande.
Le plan quinquennal présenté par le parti en mars dernier ne permet pas non plus d'être très optimiste concernant les velléités de la Chine pour lutter contre le réchauffement climatique. Ce programme pluriannuel ne donne que peu de détail concernant les moyens d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2060 : "le plan ne comprend aucune limitation d'émissions de CO2 ni de production de charbon (...) et insiste au contraire sur sa possible utilisation 'propre et efficace'", souligne l'économiste. Qui estime que ce plan correspond plutôt à la volonté du pays d'arriver à l'indépendance énergétique dans un contexte d'environnement extérieur de plus en plus hostile notamment avec les États-Unis.
Certes, l'engagement de la Chine d'accroître ses efforts en matière de réduction d'émissions de CO2 à un rythme plus rapide que ce que le Président a déclaré sera déterminant pour limiter la montée de la température à 1,5 degré d'ici 2030. Il reste que le pays n'est pas le plus gros pollueur du point de vue du ratio émissions par habitant, rappelle Rhodium dans son étude. Avec une population de 1,4 milliard de personnes, les émissions par habitant de la Chine ont atteint 10,1 tonnes de CO2 en 2019, triplant presque au cours des deux dernières décennies. Ce chiffre se situe juste en dessous des niveaux moyens du bloc de l'OCDE (10,5 tonnes/habitant) en 2019, mais reste nettement inférieur à celui des États-Unis, qui possèdent les émissions par habitant les plus élevées au monde, avec 17,6 tonnes/habitant. "Bien que les données mondiales définitives pour 2020 ne soient pas encore disponibles, nous nous attendons à ce que les émissions par habitant de la Chine dépassent la moyenne de l'OCDE en 2020, car les émissions nettes de GES de la Chine ont augmenté d'environ 1,7 % alors que les émissions de presque toutes les autres nations ont fortement diminué à la suite de la pandémie de COVID-19", expliquent néanmoins les auteurs de l'étude.
Enfin, si la Chine a dépassé tous les pays développés réunis en termes d'émissions annuelles et a été très proche d'égaler les émissions par habitant des pays développés en 2019, l'histoire du pays en tant que grand émetteur est relativement courte par rapport aux pays développés, dont beaucoup avaient plus d'un siècle d'avance. "Une grande partie du CO2 émis dans l'atmosphère chaque année y reste pendant des centaines d'années. Par conséquent, le réchauffement climatique actuel est le résultat d'émissions provenant à la fois d'un passé récent et d'un passé plus lointain. Depuis 1750, les membres du bloc de l'OCDE ont émis quatre fois plus de CO2 sur une base cumulée que la Chine", rappelle le cabinet de recherche. Ce qui justifie à la fois l'urgence de la Chine comme des pays de l'OCDE de réduire leurs émissions, mais aussi la nécessaire prudence diplomatique que l'Europe et les États-Unis devront avoir, lorsqu'ils aborderont le sujet du climat avec la Chine, pour l'inciter à faire d'avantage.
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