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ESG / TotalEnergies / Assemblée générale / résolution / climat / changement climatique

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Nouvelle « tartufferie » en vue à l’assemblée générale de TotalEnergies / Une résolution d’actionnaires sur le climat qui a peu de chance d'aboutir

N’étant pas aux commandes de la stratégie climat de ses clients, TotalEnergies soutient que l’entreprise aurait bien du mal à baisser drastiquement ses objectifs de Scope 3 liés à l’utilisation de son énergie vendue. C’est pourtant ce que lui demande une coalition de 18 actionnaires via une résolution qui sera soumise à un vote consultatif lors de l’assemblée générale du groupe le 26 mai prochain. Si la compagnie appelle d’ores et déjà ses autres actionnaires à rejeter massivement cette proposition, celle-ci a toutefois peu de chance d’être adoptée.
Patrick Pouyanné (©Marc MORRISON/REDUX-REA)
Patrick Pouyanné (©Marc MORRISON/REDUX-REA)

Comme l’annonçait La Lettre de L’Expansion le 17 avril dernier, l’assemblée générale de TotalEnergies, qui se déroulera le 26 mai prochain, promet d’être animée. Une coalition de 18 actionnaires, représentant 1,4 % du capital de la compagnie et menée par l’ONG néerlandaise Follow This a en effet déposé une résolution climat. Celle-ci, qui aurait pu être retirée par la société, fera donc l’objet d’un vote consultatif par l’ensemble des actionnaires du groupe. "L’objectif d’intensité actuel de l’entreprise pour 2030 ne conduira pas à des réductions nettes à grande échelle des émissions de toute la chaîne de valeur de l’entreprise ", ont fait valoir les signataires de la résolution parmi lesquels figurent La Financière de l’Echiquier, Edmond de Rothschild AM, Mandarine Gestion, Sycomore AM ou encore La Banque Postale AM. Autrement dit, TotalEnergies ne fait pas assez d’effort pour se doter d’objectifs d’émissions indirectes dites de Scope 3 (écosystème de l’entreprise) liées à l’utilisation des produits énergétiques vendus à ses clients.

 

Appel au bon sens

 

Cette initiative n’a sans doute pas manqué de faire bondir le président-directeur général, Patrick Pouyanné. Déjà, une même résolution avait été soumise au vote l’année dernière. Elle avait d’ailleurs été qualifiée par le patron de TotalEnergies de "tartuffe, pilotée davantage par le marketing que par l’urgence climatique ". La position du dirigeant de la compagnie ne semble pas avoir changé cette année. "La résolution proposée n’apporte pas de réponse crédible aux enjeux du changement climatique ", a fait savoir le conseil d’administration de TotalEnergies dans un communiqué.

Il faut dire que la moitié des signataires de cette résolution aurait augmenté leur participation dans le groupe entre 2020 et 2022. Le rendement du dividende est en effet très attrayant : à 5,15 % au titre de l’exercice 2022, quand il est en moyenne de 2,8 % pour les sociétés du CAC 40.

Ce manque de crédibilité serait même une question de bon sens selon l’entreprise. "Les émissions indirectes rapportées au titre du Scope 3 par TotalEnergies correspondent aux émissions directes (Scope 1) […] des clients de l’entreprise qui décident d’utiliser ces produits.
Par exemple, les émissions associées au kérosène vendu par (le groupe) entrent d’abord dans le Scope 1 de la compagnie aérienne qui utilise ce carburant, mais sont aussi comptabilisées dans le Scope 3 des émissions indirectes du constructeur du moteur d’avion, du constructeur de l’avion, de l’aéroport et de TotalEnergies. Les Scope 3 ne sont pas additifs mais ils se superposent ", a expliqué l’entreprise.

 

Action concertée

 

Ainsi, un objectif de réduction en valeur absolue du Scope 3 d’une entreprise comme TotalEnergies, sans réduction des Scope 1 correspondants des utilisateurs de produits énergétiques, ne servirait à rien au regard de la baisse des émissions de gaz à effet de serre mondiales et n’aurait donc aucun intérêt bénéfique pour le climat. "En visant les émissions indirectes de gaz à effet de serre liées à l’utilisation des produits énergétiques vendus par TotalEnergies à ses clients (Scope 3), l’adoption de cette résolution conduirait à rendre la compagnie responsable de ces émissions alors que l’usage de ces produits relève de la décision de ses clients", s’est défendu le groupe.

Sans compter que baisser drastiquement les émissions de Scope 3 en valeur absolue au niveau mondial de TotalEnergies pourrait s’avérer périlleux pour la compagnie qui serait, selon le conseil d’administration "forcée de céder ses activités de commercialisation de produits pétroliers et de gaz à d’autres opérateurs, tels que des compagnies pétrolières nationales de pays producteurs, ce qui là aussi ne changerait rien pour le climat".

Au contraire, le groupe prône pour une action concertée avec tous les acteurs de la chaîne énergétique. D’autant que la compagnie se veut désormais multi-énergies, en faisant " évoluer son offre pour offrir une palette plus large de produits énergétiques y compris décarbonés pour accompagner ses clients dans leurs plans de (transformation) ", argue-t-elle

 

Contraire à la stratégie climat

 

D’ailleurs, pour la troisième année consécutive, un rapport Sustainability & Climate, par lequel le groupe rend compte de la mise en œuvre de sa stratégie et des progrès réalisés au regard des principaux indicateurs climat à horizon 2030 et spécifiant, également, ses objectifs d’ici à 2025 (38 mégatonnes de CO2 en moins par rapport à 2015) et à 2030 (réduction de plus de 40 % des émissions), sera également proposé au vote consultatif lors de l’assemblée générale du 26 mai prochain. Pour rappel, TotalEnergies a récemment relevé ses objectifs de baisse d’intensité carbone cycle de vie du mix énergétique vendu à ses clients de -20 % à -25 % d’ici 2030 par rapport à 2015 et de -15 % d’ici 2025, "contribuant ainsi à la réduction du Scope 1 de ses clients ", avait alors précisé l’entreprise.

En conséquence, le groupe a donc appelé ses actionnaires à rejeter la résolution de Follow This, qui "apporterait de la confusion avec la stratégie que le conseil d’administration a adoptée ". Pour l’heure, celle-ci a peu de chance d’aboutir. L’année dernière, la même résolution avait réuni 17 % des votes quand le plan climat de TotalEnergies avait été plébiscité à 89 % des suffrages.

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