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Scor prêt pour le « saut quantique » / Thierry Léger, le nouveau directeur général, fixe un premier cap
"L’assurance est l’une des activités au monde dont le cycle est le plus long". Denis Kessler, qui présidait jeudi l’assemblée générale de Scor, le premier réassureur français dont il est à la tête depuis 2002, s’est attaché à souligner la solidité et les vertus du modèle économique de l’entreprise, qui, en un peu plus de vingt ans a "approfondi [son] fonds de commerce". Avec pour résultat la multiplication par quatre des primes brutes émises du groupe depuis 2008. Celles-ci ont représenté un encaissement de 20 milliards d’euros en 2022, le taux de croissance annuel moyen des primes dépassant légèrement 9 % sur les quinze dernières années. Soit "ce que l’on appelle un groupe en croissance", a souligné l’emblématique dirigeant dont le mandat doit s’achever dans un an.
La mise en perspective est utile alors que le groupe a traversé l’an dernier une année difficile, dont il a déjà bien commencé à se remettre après un premier trimestre qui a nettement dépassé les attentes. Scor "a toujours cherché à combiner de manière optimale la croissance exogène et la croissance endogène", a rappelé Denis Kessler, sans jamais privilégier l’une par rapport à l’autre. Une croissance à la fois basée sur les propres forces de l’entreprise, de nouveaux produits ou le développement de nouvelles lignes de métiers, et sur l’acquisition de sociétés ou de portefeuilles. L’art du développement étant de combiner les deux. Sachant qu’en matière de croissance externe, la difficulté n’est pas d’acquérir "mais d’assembler coordonner, intégrer". Un défi pleinement relevé. Scor est "un groupe unifié alors même que beaucoup de pièces rapportées sont arrivées au cours du passé", a-t-il souligné devant les actionnaires.
Vents porteurs
Poursuivant son explication, Denis Kessler a aussi rappelé que la présence de Scor sur les deux métiers de la réassurance vie et la réassurance de dommage et de responsabilité n’était pas le fruit du hasard. Si le dirigeant voue "une passion profonde" pour ces deux branches, c’est notamment parce que les combiner permet de dégager "des gains de solvabilité et de productivité extraordinaires", a-t-il rappelé jeudi aux actionnaires. Et ce, grâce aux effets de diversifications, reconnus par la norme règlementaire Solvabilité 2 en vigueur depuis 2015. Ce qui explique que la solvabilité de Scor se soit toujours maintenue au-dessus de 213 %, et ce malgré la pandémie et de la recrudescence de catastrophes naturelles.
L’assemblée générale a par ailleurs donné à Denis Kessler l’occasion de souligner les bienfaits attendus des nouvelles normes comptables IFRS 17 auxquelles la profession se réfère depuis le début de cette année. "C’est un saut quantique pour l’industrie [de la réassurance]" a-t-il souligné. "La valorisation des éléments du bilan avec cette nouvelle norme est enfin fondée sur une approche économique", a-t-il expliqué, ce qui permet de "mesurer la pleine valeur de notre portefeuille de risque" dont une large partie provient de la réassurance vie et des acquisitions menées par le groupe dans ce domaine tout au long de ces dernières années. D’ailleurs, alors que "certains s’interrogeaient sur le bien-fondé de se développer dans la réassurance vie", "la preuve, elle est là", a souligné Denis Kessler : la valeur économique de Scor à fin mars 2023 s’élevait à 9,8 milliards d’euros, soit plus du double de la capitalisation boursière du groupe.
De quoi envisager l’avenir avec optimisme, d’autant qu’à l’heure actuelle, les vents sont "porteurs", sous les effets conjugués de la forte amélioration des tarifs dans la réassurance dommage, du retour à la normale dans la réassurance-vie après la pandémie, et de la hausse des taux d’intérêt, qui profite au portefeuille de placements du groupe. Un environnement dont Thierry Léger, le nouveau directeur général depuis le 1er mai, va profiter pour mettre en œuvre le nouveau plan stratégique qu’il a élaboré.
Celui-ci en a dévoilé les grands axes lors de l’assemblée générale. Le premier : "Tirer pleinement aujourd’hui partie des opportunités du marché actuel et maximiser la valeur économique tout en maintenant un ratio de solvabilité élevé", le deuxième étant de faire évoluer le modèle du groupe afin de "le rendre encore plus compétitif et encore plus dynamique", a-t-il expliqué. Pour ce faire, le nouveau dirigeant compte notamment maintenir l’équilibre entre les activités de réassurance vie et santé et celles de réassurance dommage et responsabilité tout en renforçant la diversification du groupe.
Deux grands axes
"En réassurance vie et santé, Scor exploitera tout le potentiel de sa plateforme existante", a-t-il souligné, tandis qu’en réassurance dommage, l’objectif consiste à "saisir les opportunités offertes par la phase très favorable du cycle" de la réassurance.
Ces deux grands axes s’accompagnent de plusieurs leviers de création de valeur pour le plan stratégique 2024-2026. Un pilotage plus fin et dynamique de l’allocation du capital, un renforcement de la gestion actif passif afin de tirer parti des possibilités offertes par IFRS 17 "qui permet d’avoir une bien meilleure précision sur nos cash-flows futurs", a indiqué Thierry Léger. Troisième levier : la mise en place d’une rétrocession des risques plus centralisée et l’accélération des partenariats dans ce domaine. Par ailleurs, Scor a l’intention de se "structurer autour d’une plateforme de gestion des données centralisées assortie d’une gouvernance rigoureuse, qui servira d’unique référentiel et de support commun à toute la gestion de notre portefeuille de risque", a-t-il expliqué.
"En parallèle, je souhaite amplifier notre capacité d’innovation et de services auprès de nos clients tout en accélérant les projets dédiés à la recherche et au développement afin de préparer la manière dont nous ferons notre métier dans quelques années", a déclaré Thierry Léger. "Les avancées en matière d’intelligence artificielle, par exemple, tiendront une place importante dans ces innovations", a précisé le dirigeant, qui a également l’intention "de poursuivre avec détermination le projet de transformation et de simplification engagé en 2022". Ainsi, "ces efforts de simplification du groupe contribueront à accélérer la prise de décision à réduire les coûts et améliorer notre efficacité opérationnelle", a-t-il déclaré aux actionnaires. Les détails sur la façon dont il compte mener à bien ces différentes initiatives seront dévoilés lors de la journée investisseurs du 7 septembre prochain qui sera dédiée à la présentation complète du nouveau plan stratégique.
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