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Feuilleton de l'été / Christopher Dembik / Saxo Bank

Feuilleton de l'été
Christopher Dembik / Saxo Bank

exclusif Série d’été - ces jeunes talents qui construisent la France de demain / Christopher Dembik, directeur de la recherche économique de Saxo Bank

EXCLUSIF. S’il n’avait rien de prévisible, le parcours de Christopher Dembik n’en fut pas pour autant erratique. D’abord amoureux d’histoire, l’homme de 36 ans issu d’un milieu ouvrier s’est découvert un attrait assez tardif pour les sciences économiques. Mettant ses analyses de la conjoncture au service d’une banque d’investissement danoise, il en a également fait profiter le monde politique ici et là.
Christopher Dembik - DR
Christopher Dembik - DR

Je suis devenu économiste un peu par hasard”. C’est durant sa scolarité en Auvergne qu’une grande partie de la trajectoire de Christopher Dembik s’est jouée. En effet, son environnement familial ne fut guère de nature à lui permettre de développer un goût pour l’économie.

Nous étions à court de nourriture le 10 du mois, voilà le seul contact que j’avais avec l’économie”, lance plein de cynisme ce fils d’ouvriers, dont les grands-parents polonais immigrèrent en France dans l’entre-deux-guerres pour venir grossir les rangs des mineurs du Puy-de-Dôme.

C’est dans ce contexte qu’un professeur d’histoire, David Lejeune, le prend sous son aile au collège alors qu’il nourrit une passion certaine pour cette discipline. “Il a eu indéniablement une influence énorme sur mon parcours”, se rappelle Christopher Dembik, dans un entretien accordé à WanSquare. Lui recommandant plusieurs dizaines d’ouvrages à lire chaque été, c’est lui qui l’incitera à tenter Sciences Po Paris.

Une fois la mention très bien acquise au Baccalauréat, le jeune Christopher peut alors quitter son Auvergne natale : l’institut d’études politiques de la capitale a accepté qu’il rejoigne ses bancs.

 

DSK et tâtonnement

 

Lors de sa première année rue Saint-Guillaume, Christopher Dembik est instantanément séduit par les cours d’économie auxquels il assiste ; il faut dire que son professeur n’est nul autre que Dominique Strauss-Kahn qui a marqué plusieurs générations d’étudiants. “Il était charismatique et avait une approche de l’économie que j’apprécie en ce sens qu’il limitait le recours aux mathématiques et insistait sur le fait qu’elle était une science sociale”, indique-t-il à propos de l’ancien ministre des Finances.

Pour autant, si la matière suscite son intérêt, il n’est pas encore clair dans son esprit qu’elle constituera sa porte d’entrée vers le monde du travail. Les choses se préciseront un peu plus lors de son échange d’une année en Israël à l’université de Tel-Aviv. “J’y ai davantage approfondi les sciences économiques et surtout l’analyse des marchés financiers”, se remémore-t-il.

La suite de son parcours à Sciences Po en Master le verra se frotter plutôt aux relations internationales. “Cela m’a permis de m’ouvrir à des problématiques géopolitiques”, estime-t-il, reconnaissant toutefois que ses années passées à l’IEP auraient pu se montrer davantage cohérentes en termes d’objectifs de carrière.

Une fois diplômé, il tâtonne encore. C’est finalement au sein d’une start-up israélienne qu’il fera ses premiers pas dans la vie active en devenant analyste macroéconomique pour Wingate.

 

Economie appliquée et intermède politique

 

Il y tournera vite en rond et se permettra un passage en politique en se présentant aux élections municipales de Saint-Eloy-Les-Mines en 2014, le village puydomois qui l’a vu naître. “C’est l’ancien candidat PS qui est venu me chercher même si j’ai fait campagne sans être encarté. Ce qui m’intéressait était de prendre la présidence de la communauté de communes où de nombreuses choses auraient pu être réalisées", justifie-t-il.

Il a perdu au premier tour (41 % des voix) mais garde un joli souvenir de cette expérience, fasciné par le dévouement des personnes l’ayant accompagné dans sa conquête du pouvoir. “J’avais 27 ans et n’ai aucun regret, la maire qui a été élue a fait un excellent travail et s’y est consacrée à temps plein ce qui n’aurait pas été mon choix”, juge-t-il.

De fait, à l’époque Christopher Dembik a quitté Wingate pour rejoindre l’institution financière danoise Saxo Bank en qualité d’économiste et il comptait bien y gravir les échelons. Au sein de la banque copenhagoise, il sera notamment marqué par la crise grecque et l’abandon du plancher sur le franc suisse (la Banque centrale helvétique a décidé de lever le taux plancher de 1 euro pour 1,20 franc suisse en janvier 2015, ce qui a fait s’envoler la valeur de cette devise). “Ce fut un électrochoc sur les marchés financiers, mon premier vrai baptême du feu”, explique-t-il.

Puis, se fait jour l’opportunité d’intégrer un cabinet ministériel alors que la France est dirigée par François Hollande. Ira, ira pas ? “Coïncidence ou pas, Saxo Bank m’a fait une offre difficilement refusable au même moment”, rapporte-t-il. Le voilà promu directeur de la recherche économique. “Je suis passé d’une position purement hexagonale à un rôle 'groupe'", explique-t-il, ajoutant que "ce fut une vraie chance pour moi, cela m’a permis de rencontrer mon mentor, Steen Jakobsen, auprès duquel j’ai énormément appris. Je lui dois beaucoup".

 

Prise d’envergure

 

Il n’est toutefois jamais loin de la politique. “Impressionné” par Emmanuel Macron, il participe dans l’ombre à sa campagne en fournissant des notes aux économistes Jean Pisani-Ferry et Philippe Martin.

Par la suite, en 2019, il conseillera des députés PS dont certains font partie de ses amis. “C’était très enrichissant. Je les aiguillais sur des sujets économiques et financiers. On passait plusieurs heures à converser chaque semaine avant qu’ils ne rejoignent leurs commissions respectives. J’ai beaucoup d’admiration pour chacun d’eux”, détaille-t-il.

En parallèle il court le monde pour Saxo Bank. “Avant la pandémie, mon rôle était centré sur l’Europe et le Moyen-Orient, puis après j’étais surtout présent sur le Vieux continent”, explique Christopher Dembik. “Mon métier a beaucoup trait à la représentation, je dois vendre l’expertise de Saxo Bank en externe auprès de nos clients, ceux qui pourraient le devenir ou encore des médias”, déclare-t-il.

Son aventure avec le Danemark prend (temporairement) fin en février 2021 ; il cède aux sirènes de l’établissement bancaire allemand Berenberg. “Cela a été un mauvais choix de carrière. J’ai fait tout ce qu’il faut ne pas faire notamment de mener des négociations pendant un an”, explique-t-il, admettant avoir choisi d’accepter l’offre pour des considérations financières. Celui qui a côtoyé le Secours catholique pendant son enfance confesse avoir “besoin de sécurité sur ce plan”. Il reste six mois au sein de la banque ultra-rhénane avant de revenir au "bercail".

A côté de cela, Christopher Dembik figure depuis peu aux conseils d’administration de deux sociétés spécialisées dans l’intelligence artificielle dont l’une a récemment été introduite en Bourse à Madrid. Si celui qui se dit artiste raté et collectionne pléthore d’œuvres en tous genres ignore où il se trouvera dans cinq ans, il promet qu’il y aura “certainement des changements” dans sa carrière en septembre.

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