Macro-économie / Taux / pouvoir d'achat / Revenu national / consommation / Investissements / Déficit
Macro-économie / Taux
pouvoir d'achat / Revenu national / consommation / Investissements / Déficit
Les chocs économiques à gogo de la période 2019-2022 / Bilan macroéconomique de trois années mouvementées
La pandémie de Covid-19 et ses confinements, les tensions sur les chaînes de production, la flambée des prix de l’énergie, des matières premières et des produits agricoles, amplifiée par la guerre en Ukraine, puis la diffusion de cette inflation "importée" à la plupart des prix et plus récemment encore les premiers effets visibles du resserrement monétaire. La liste n’en finit plus.
L’économie française a subi de très nombreux de chocs depuis 2019, aux conséquences fâcheuses pour le revenu et la situation financière des ménages, des entreprises et des administrations. Dans une note de blog, Nicolas Carnot et Thomas Laurent, de l’Insee, font le bilan macroéconomique de trois années tourmentées.
Stagnation du pouvoir d’achat national
La quasi-stagnation du pouvoir d’achat de la nation – identifié à son revenu disponible brut réel – qui n’a que très légèrement baissé, de 0,7 %, entre 2019 et 2022, recouvre un double phénomène. Elle traduit d’abord la faible progression de l’activité productive nationale, avec un PIB en volume dont la croissance demeure inférieure à 1 % sur la période. Car si les effets du choc sanitaire ont surtout été temporaires, le rebond enregistré à partir de 2021 n’a pas permis de retrouver la tendance d’avant la crise.
Elle s’explique ensuite par la perte de revenu réel – 1,4 point de PIB en 2022 – due à la dégradation des termes de l’échange, la forte hausse du prix des importations (+17 %), en particulier des produits énergétiques, n’étant qu’en partie seulement limitée par la hausse concomitante du prix des exportations (+13 %).
Ménages plutôt préservés
En niveau, les ménages bénéficient d’une bonne partie (61 %) du revenu national. Ils ont aussi capté la grande majorité (plus de 80 %) de sa hausse nominale depuis 2019. En contrepartie, ce sont donc plutôt les sociétés et les administrations publiques dont le revenu pâtit le plus, relativement aux ménages. "En fin de compte, il n’y a pas de déformation sensible du partage du revenu national entre grandes catégories d’agents, même si les ménages, pris dans leur ensemble, ont été relativement préservés", observent les auteurs.
Si l’on raisonne en termes réels cependant, les hausses de revenu nominal ont été quasi-totalement effacées par l’inflation, pour les ménages, ou même plus que compensées par la hausse des prix, pour les autres agents. Dans le cas des ménages, le pouvoir d’achat du revenu disponible a ainsi progressé 3 % au total sur trois ans, et seulement de 1,5 % s’il est ramené par unité de consommation pour tenir compte de la hausse de la population.
Un pouvoir d’achat qui stagne n’implique pas pour autant que la dépense de consommation fasse de même. Et elle ne s’en est d’ailleurs pas privée. C’est en partie le fait d’une consommation nationale plus dynamique que le revenu, ce qui se traduit par un taux d’épargne national en légère. Baisse par rapport à 2019. C’est aussi dû à un investissement qui est resté assez soutenu, sûrement favorisé par le contexte de taux d’intérêt bas jusqu’en 2022.
Le retour des "déficits jumeaux"
Finalement, la capacité de financement de la nation s’est fortement dégradée pour atteindre 3,7 points de PIB de déficit en 2022. L’essentiel de cette baisse reflète le repli du solde du commerce extérieur, lui-même en grande partie affectée par la hausse de la facture énergétique. Le solde des biens hors énergie a lui aussi continué de se replier, tandis que la balance des services est redevenue favorable, sous l’effet de la reprise du tourisme et d’un excédent exceptionnel du fret maritime.
C’est du côté des administrations publiques que se situe l’essentiel de la baisse de la capacité de financement national depuis trois ans, comptant pour deux points de PIB sur trois. Cela s’explique notamment par une croissance de la dépense publique restée soutenue, tandis que le revenu réel national et celui des administrations publiques n’ont pas progressé. Il en résulte une situation de "déficits jumeaux", de déficit public et du commerce extérieur.
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