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Casino espère réduire sa dette de moitié / Le groupe va solder son aventure sud-américaine
Les créanciers en avaient eu la primeur, de même que Fimalac, depuis peu le deuxième actionnaire de Casino, ainsi que les candidats à la recapitalisation du groupe : l'homme d'affaires tchèque Daniel Kretinsky, et la structure 3F créée par Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Moez-Alexandre Zouari. Les éléments du business plan élaboré avec le cabinet d’expertise financière Accuracy, censé sortir Casino de la crise, sont maintenant connus de tous. Cela semblera lointain eu égard à la situation actuelle de l’entreprise, mais imaginer le groupe de Jean-Charles Naouri générer un excédent brut d’exploitation de plus de 800 millions d’euros et un free cash-flow avant intérêts fortement positif hors cession d’actifs serait possible d’ici deux ans, au vu des éléments financiers prospectifs clés transmis aux parties prenantes de la procédure de conciliation en cours.
Ces projections ambitieuses nécessitent toutefois d'importants préalables, en premier lieu celui de renflouer l’entreprise. A la question : de combien le groupe a-t-il besoin de "New Money" sous forme de fonds propres pour mettre en œuvre sa stratégie visant à relancer son activité en perte de vitesse en France ? La réponse est "d’au moins 900 millions d’euros", a-t-il indiqué lundi. Ce qui ne surprendra donc ni Daniel Kretinsky, qui a proposé de prendre le contrôle de Casino par le biais d'une augmentation de capital de 1,1 milliard d'euros, ni Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Moez-Alexandre Zouari qui ont manifesté leur intention, via leur structure 3F, de renforcer les fonds propres du groupe pour un même montant.
Les dettes non sécurisées converties en capital
Le dimensionnement du sauvetage fait donc consensus. Mais sans surprise non plus, cet apport d’argent frais ne suffira pas. Pour atteindre une structure de capital pérenne, il y aura aussi besoin qu’ "au moins toutes les dettes non sécurisées" soient converties en capital, a indiqué lundi Casino, soit plus de 3 milliards d’euros sur ses 6,4 milliards d’euros de dette nette. D’autre part, un "rééchelonnement de la dette résiduelle" sera également nécessaire "afin de donner au groupe une marge de manœuvre suffisante pour exécuter son plan en veillant à ce que le coût de la dette soit compatible avec les flux de trésorerie", a expliqué Casino. Les créanciers sont ainsi tous prévenus, et ceux ne l’ayant pas encore fait ont été "invités à s’organiser pour faciliter la poursuite des discussions avec le groupe".
L’objectif, réaffirmé, est de conclure un accord avant fin juillet. Le temps presse même si le rapport d’Accuracy n’anticipe pas de problème de liquidité d’ici la fin de la période de conciliation, soit jusqu’au 25 octobre 2023. Plus tôt le groupe parvient à restructurer son capital, et plus tôt il pourra focaliser toute son énergie sur son plan d’affaires et la relance de son activité. Si la réduction de l’exposition aux grands formats découlant de la rationalisation du portefeuille est engagée depuis plusieurs années, elle est encore loin d’avoir porté ses fruits. Le groupe concède à cet égard avoir souffert de sa stratégie tarifaire au début de la crise de l’inflation, "ce qui a lourdement pesé sur ses performances".
Dans l’ordre, Casino cherche donc à rétablir progressivement le trafic, les volumes de ventes, les revenus et, à terme, la rentabilité. D’ores et déjà, "le repositionnement tarifaire a commencé à se refléter sur le trafic client et devrait se traduire progressivement par une augmentation des volumes et des revenus", affirme l’entreprise. En parallèle, le distributeur compte continuer à s’appuyer sur sa marque premium Monoprix tout en accélérant dans la distribution de proximité, qui est déjà son point fort. Ses enseignes revendiquent un leadership incontesté dans la région parisienne, et le groupe est tout simplement leader sur le marché de la distribution de proximité en France, avec une part de marché s’élevant à 35% environ au travers de ses différentes enseignes (Franprix, Monop’ ou encore Vival, Spar ou le petit Casino).
Saturer les marchés locaux
Concrètement, de 1 098 magasins Franprix fin 2022, le groupe compte porter leur nombre à 1 282 fin 223, avec une cible à 2 000 en 2025 et même un potentiel de 5 000 au-delà. Même trajectoire pour les magasins Monop’, dont le potentiel est évalué à 20 000 magasins, contre 6 313 l'an dernier. Casino ne s'en cache pas, son objectif est de "saturer les marchés locaux". Les derniers chiffres de ventes fournis dans le plan d’affaires publié mardi tendent à confirmer le bien-fondé de cette stratégie, alors que les ventes des enseignes premium et de proximité ont continué de progresser en mai malgré les jours fériés. Concernant les supermarchés et les hypermarchés, l’inflexion de tendance ne serait pas si éloignée. D’après le business plan, "les supermarchés devraient enregistrer une croissance des ventes positive et en ligne avec le marché d’ici le quatrième 2023, et les hypermarchés d’ici le premier semestre 2024".
En termes de rentabilité, la stabilisation du taux de marge d’Ebitda des enseignes du groupe en France est visée au troisième trimestre. Toujours selon le business plan, "l’Ebitda devrait croître à nouveau au second semestre 2023", estime le groupe. Malgré un premier semestre dans le rouge, l’Ebitda remonterait ainsi à 439 millions d’euros sur l’ensemble de l’année en cours, puis atteindrait 656 millions d’euros en 2024 et 803 millions d’euros en 2025. Pour ce faire, la hausse des revenus serait complétée par un plan d’économie et d’efficience de 362 millions d’euros, tandis que la cession prévue à Intermarché des magasins dont l’Ebitda est déficitaire apporterait également sa contribution.
Dans le même temps, l’hémorragie de free cash-flow (FCF) avant intérêt se résorberait progressivement. De -287 millions d’euros attendus cette année, malgré 1 milliard d’euros de cessions d’actifs, le FCF pourrait dépasser les 200 millions d’euros l’an prochain, mais sans compter cette fois les cessions d’actifs, qui devraient encore se monter à 1 milliard d’euros. Des cessions qui porteront l'an prochain sur l'immobilier et acteront surtout la vente du brésilien Grupo Pao de Acucar (GPA) et du colombien Exito, le groupe soldant ainsi la fin de son aventure en Amérique du Sud.
Si ces projections peuvent faire espérer des jours meilleurs, les investisseurs se sont gardés lundi de faire des plans sur la comète. A la Bourse de Paris, l’action Casino a cédé 5,3%, à 7,42 euros.
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