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Feuilleton de l'été / Eléonore Crespo / Pigment / Next40 / Start-up / Entrepreneuriat

Feuilleton de l'été
Eléonore Crespo / Pigment / Next40 / Start-up / Entrepreneuriat

exclusif Série d’été - ces jeunes talents qui construisent la France de demain / Eléonore Crespo, co-fondatrice et co-CEO de Pigment

EXCLUSIF. Monter sa propre société présente l’avantage de résoudre les problématiques que l’on a pu relever auparavant. Et les ambitions d’Eléonore Crespo sont claires : que Pigment devienne un leader mondial de la planification financière, en ayant par ailleurs un comportement pionnier en matière de RSE. Consacrée en début d’année par l’arrivée de sa société au Next40, la jeune femme reste néanmoins toujours prête à préparer le coup d’après.
Eléonore Crespo (Droits réservés)
Eléonore Crespo (Droits réservés)

De la physique quantique au capital-risque, en passant par l’ingénierie ou la responsabilité sociétale des entreprises (RSE), c’est finalement avec Pigment, une start-up qu’Eléonore Crespo a co-fondé et qui développe un nouvel outil de planification financière, que cette femme de 34 ans a fait son entrée dans l’indice phare de la Tech, le Next40, en début d’année 2023.

Mais en retraçant le parcours éclectique de la dirigeante, Pigment semble en fait être la suite logique des différentes expériences qu’elle a pu vivre jusqu’alors. Et tout d’abord parce que l’entrepreneuriat a de tout temps été ce à quoi elle aspirait. "J’ai toujours été attirée par la liberté de pouvoir monter ma propre société, par le fait d’avoir un impact et d’inventer des choses innovantes. C’est pour cela que je fais ce métier", se souvient Eléonore Crespo, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.

Originaire de Savoie et plus précisément d’Aix-les-Bains, elle est arrivée à Paris pour poursuivre ses études, notamment en entrant à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de Paris-Saclay pour se spécialiser en physique quantique. "J’aime les mathématiques et la physique, parce qu’elles permettent de comprendre les détails du monde" explique-t-elle. Au sortir de l’ENS, elle enchaînera par un master à l’école d’ingénieur des Mines. "J’avais alors déjà pu m’y spécialiser en entrepreneuriat, ce qui m’a permis de commencer à saisir les tenants et les aboutissants pour entreprendre", ajoute Eléonore Crespo.

 

Premiers pas, premières idées

 

Elle s’envolera par la suite à New York, au sein du groupe JCDecaux. "J’y ai fait un travail qui me passionne encore aujourd’hui : celui de travailler sur la RSE, sur la manière dont on peut réduire l’empreinte carbone d’une société", indique-t-elle. Un intérêt qui la suivra donc jusque chez Pigment. Mais avant de monter sa société, Eléonore Crespo s’est installée à Londres. "Je suis entrée chez Google en tant que data scientist, avec les équipes qui s’occupent du produit 'search'. Puis j’ai travaillé auprès du directeur administratif et financier de la région Europe, Moyen-Orient et Afrique", précise Eléonore Crespo.

L’idée de Pigment commença ainsi à germer. "J’ai alors vu que les entreprises prenaient toutes leurs décisions stratégiques sur des données incomplètes ou erronées. Beaucoup de choses se font sur des tableurs, sur lesquels il est difficile d’obtenir un ensemble de données complètes. Les entreprises travaillent aujourd’hui en silo, tout est compartimenté : les ressources humaines, la direction financière ou encore la recherche et développement, ce qui complique la prise de décisions. C’est pourtant le nerf de la guerre en termes de stratégie", fait-elle valoir.

C’est alors que son chemin convergera un peu plus vers celui du monde de l’entrepreneuriat. Approchée par Index Ventures, elle intégrera ainsi le fonds de capital-risque. Une expérience structurante pour Eléonore Crespo, tout d’abord parce que le fonds est un leader du secteur et, de plus, un accélérateur pour les start-ups. "J’y étais, par exemple, au board d’Alan. C’est là où j’ai pu observer ce que c’était que de monter un projet avec une ambition mondiale. Voir des sociétés qui ont de belles motivations est ce qui m’a aidée à fonder Pigment", relève Elénore Crespo. Mais aussi parce que son passage chez Index Ventures lui aura permis de faire une rencontre décisive : celle de Romain Niccoli, co-fondateur de Criteo, une start-up désormais cotée à New York et spécialiste du reciblage publicitaire.

 

Une question de moment

 

"Je connaissais bien Romain [Niccoli, ndlr]. C’est un entrepreneur dans l’âme et il avait très envie de remonter une société après le succès de Criteo. Nous nous sommes alors dit que nous pourrions faire cela tous les deux. Nous savions que l’une de nos grandes forces serait notre capacité à rassembler une vraie équipe d’ingénieurs. C’est un enjeu capital que de savoir réunir des talents, c’est ce qui fait notre succès. Le sujet de la prise de décisions en entreprise nous passionnait également tous les deux. Et nous avions la même vision, à savoir de se demander comment créer un leader mondial et avoir un impact sur les entreprises, comment est-ce que nous pourrions demain signer tout le CAC 40 et servir plus largement à l’ensemble des entreprises. C’est comme cela que l’aventure a commencé", retrace-t-elle.

Une question, donc, de moment opportun et d’envie commune pour les deux entrepreneurs. Et les rôles chez Pigment se sont ainsi clairement répartis. "Nous nous sommes positionnés en tant que co-CEO. Je gère toutes les parties business, financière ou encore juridique tandis que Romain s’occupe de toute la partie Tech et produit. Mais c’est un sujet où le produit doit parler au business. L’inverse vaut également. Il est nécessaire d’être constamment en train de discuter avec les clients de notre solution, cela ne peut pas se faire sans connaître parfaitement le produit. Cela est très important : nous nous adressons à une large palette de clients, qui compte aussi de grands comptes. Sachant que nous sommes dans une période difficile pour les entreprises, il faut réellement que tout le monde comprenne de quoi nous parlons", pointe Eléonore Crespo.

Tout s’enchaînera alors vite. La start-up Pigment est fondée en 2019 et en peu de temps, la jeune pousse crée son effet et lève de quoi pérenniser son activité. "Le plus important reste la trajectoire commerciale. En moins de dix-huit mois, les Etats-Unis sont devenus notre premier marché, notre croissance s’affiche à 600 % en 2022. C’est de cela dont nous souhaitons être fiers, les tours de table restent des étapes", précise-t-elle. Des étapes qui n’en sont pas moins une preuve de reconnaissance, tout comme l’intégration par Pigment en 2023 de l’indice phare de la French Tech, le Next40.

 

Viser la durée…

 

"Je ne peux que remercier la French Tech pour tout ce qu’ils font en général en France. Des initiatives comme Je Choisis la French Tech sont formidables pour des entreprises comme la nôtre. Je me suis également beaucoup engagée pour le Pacte Parité. Notre entrée au Next40 est évidemment une belle reconnaissance. Mais à nouveau, nous le voyons comme une étape pour la suite. Tout est encore devant nous", souligne la dirigeante.

Si intégrer le Next40 ou réaliser un nouveau tour de table apparaissent donc davantage comme des paliers franchis que comme des consécrations pour la co-fondatrice de Pigment, ces étapes restent aussi la preuve du potentiel de sa société et d’un attrait de la part de ses investisseurs qui ne se dément pas. Pigment a réalisé, au mois de juin, un tour de table de série C de 88 millions de dollars. Ce qui porte les capitaux récoltés depuis sa fondation à hauteur de 250 millions de dollars. Une opération importante, mais qui a surtout démontré la confiance qu’ont les actionnaires de Pigment en la solution de planification financière que la société développe. "Nous avons été préemptés par nos investisseurs pour cette levée de fonds, puisqu’il nous restait encore des capitaux du tour de table précédent. Cela montre que nous sommes une société pérenne", affirme Eléonore Crespo.

A nouveau, elle tient à souligner le rôle de ses ingénieurs dans les performances de son entreprise. "La clé de ce succès, ce sont les talents que nous avons embauchés. Nous avons attiré des ingénieurs extraordinaires qui sont des leaders aux Etats-Unis ou en Europe. C’est ainsi que nous avons réussi à transformer l’essai aussi rapidement. Nous avons aussi réellement mis l’accent sur la qualité du service client. Ce sont nos meilleurs ambassadeurs. Et les clients se rendent bien compte que nous prenons réellement en compte leurs retours", précise-t-elle.

 

… et montrer l’exemple

 

Et c’est aussi à cela que serviront les fonds récoltés. "Nous recrutons et nous continuons à investir dans le support client. Au regard de la vitesse à laquelle se développe Pigment, nous avons énormément de choses à faire en parallèle. Des investissements dans notre produit, évidemment, puisqu’il s’agit de la priorité dans notre feuille de route. Le but est qu’il devienne celui qui va changer la donne dans la planification financière. Nous allons donc aussi investir dans l’intelligence artificielle pour simplifier l’utilisation de Pigment pour nos clients", prévoit Eléonore Crespo. Des clients parmi lesquels la start-up compte de grandes boîtes technologiques américaines, comme le moteur de recherche Firefox, la start-up britannique Deliveroo ou encore quelques grands comptes français.

Sa première expérience chez JCDecaux l’ayant poussée à s’intéresser plus particulièrement à la RSE, elle s’applique par ailleurs à ce que son entreprise ait un comportement pionner sur le sujet. "J’estime que les sociétés leaders se doivent d’être exemplaires en la matière. Déjà, en interne, nous avons mis en place chez Pigment un certain nombre de politiques pour réduire notre empreinte carbone. Nous limitons le nombre de voyages, notamment transatlantiques, tous les séminaires que nous pouvons organiser se font à côté de Paris. Il y a aussi un autre sujet sur lequel nous pouvons avoir de l’impact : ce sont nos clients. Nous sommes en contact avec les directions financières et nous les aidons à optimiser leurs ressources. Mais nous sommes dans un monde aux ressources limitées. Les optimiser, c’est aussi réduire les coûts. Si l’idée est avant tout de pousser les entreprises à être responsables, nous avons aussi l’argument de pouvoir les aider à restreindre leurs dépenses", pointe Eléonore Crespo.

Le sujet l’anime. Si bien qu’elle s’applique à l’approfondir sur son temps libre. Un temps donc circonscrit, qu’elle partage entre son entreprise, ses engagements environnementaux et sa vie de mère de famille. "Nous n’avons jamais rien sans rien…", rappelle-t-elle.

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