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Carrefour / Cora / Match / Delhaize / Bouriez / Alexandre Bompard
Carrefour reprend la main en s’offrant Cora et Match / Une acquisition d’envergure porteuse de synergies
Cela faisait plus de 20 ans que Carrefour n’avait pas procédé à une acquisition majeure en France, et longtemps tout court que les lignes n’avaient pas bougé dans le secteur. C’est dire l’événement que constitue l’accord annoncé mercredi soir par le distributeur avec le groupe belge Louis Delhaize contrôlé par la famille Bouriez en vue de l’acquisition des enseignes Cora et Match en France. La configuration encore relativement éclatée du marché français de la distribution en France, où cohabitent sept (et donc bientôt six) principaux opérateurs, contre deux à trois maximum partout ailleurs en Europe plaidait certes de longue date pour une consolidation. Conseillé par Morgan Stanley, Delhaize se posait aussi la question depuis plusieurs années de savoir à quel moment il adosserait ses activités françaises.
Pourquoi maintenant ? Le timing de l’opération n’est pas fortuit. Il est possible de dire que l’agitation autour du sauvetage de Casino a joué le rôle de catalyseur. Acculé par sa dette, le groupe de Jean-Charles Naouri a conclu la cession de 119 magasins au groupement Les Mousquetaires (Intermarché), numéro trois français en termes de parts de marché. De quoi lui donner quelques armes supplémentaires pour venir tailler des croupières au numéro deux, Carrefour, dont la stratégie donne certes de très bons résultats, mais qui s’est aussi peu à peu fait distancer par Leclerc en termes de parts de marché ces dernières années.
Avec cette opération, le groupe dirigé par Alexandre Bompard reprend donc l’initiative en mettant la main sur 60 hypermarchés et 115 supermarchés. En additionnant ses parts de marché actuelles (19,9%, selon les données de Kantar Worldpanel) et celle de Delhaize (2,4%), il revient presque au niveau du groupement coopératif dirigé par Michel-Edouard Leclerc. Et ce, en se rapprochant d’une entreprise avec laquelle des liens ont été tissés depuis longtemps, Carrefour ayant d’ailleurs été actionnaire de Cora, qui était à l’origine l’un de ses franchisés, avant qu’il ne vende sa participation de 42% à Deutsche Bank en 2001. Plus récemment, les deux groupes ont signé en 2014 un accord visant à renforcer leur pouvoir de négociation face à leurs fournisseurs.
Acquisition naturelle
D’où le terme d’"opération amicale" employé par les deux parties pour qualifier leur opération somme toute naturelle, et qui financièrement apparaît déjà comme une bonne affaire. La transaction, dont la finalisation est attendue à l’été 2024, valorise les actifs acquis sur la base d’une valeur d’entreprise de 1,05 milliard d’euros. Alors que les magasins Cora et Match rachetés génèrent un chiffre d’affaires de 5,2 milliards d'euros et un excédent brut d’exploitation (Ebitda) de 189 millions d'euros, "la marge de 3,6 % qui en résulte semble solide compte tenu de la taille de la société ", notent les analystes de Jefferies. La base est donc solide et pourra être optimisée. Selon les estimations du groupe, l’intégration des magasins Cora et Match aurait un effet positif sur son bénéfice net ajusté dès la première année et devrait lui offrir un potentiel de synergies annuelles de 110 millions d’euros d’Ebitda trois ans après la réalisation effective de la transaction. Les coûts d’intégration associés, répartis sur 2 ans, sont estimés à 200 millions d’euros.
Par ailleurs, le parc de magasins acquis présente une très forte complémentarité géographique avec celui de Carrefour, avec des parts de marchés particulièrement importantes dans les régions Grand Est et Nord de la France, où le groupe est peu présent. Ainsi, en prenant l’hypothèse d’un Ebitda de près de 300 millions d'euros après synergies nettes pour un déploiement de capital total de 1,25 milliard d'euros, ce premier mouvement d’envergure en 20 ans "pourrait constituer une transaction très réussie ", estime Jefferies. Ce que semblent penser également les investisseurs, l’action Carrefour gagnant 1,2% à 17,5 euros jeudi à mi-séance.
D’ores et déjà, l’opération apparaît en tout cas comme une utilisation à très bon escient du milliard d’euros récupéré de la cession il y a tout juste un an des activités à Taïwan. Ce qui ne devrait pas empêcher Carrefour d’être à l’affût de possibles morceaux de Casino à acquérir une fois que le sort de celui-ci aura été scellé.
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