Professions financières / Tikehau Capital / Société de gestion / Private equity / asset management / Mathieu Chabran / Antoine Flamarion
Professions financières
Tikehau Capital / Société de gestion / Private equity / asset management / Mathieu Chabran / Antoine Flamarion
Tikehau Capital a dépassé les 40 milliards d’euros d’encours / Comment la société de gestion a su se donner les moyens de ses ambitions
Jusqu’où ira Tikehau Capital ? Après avoir atteint les 20 milliards d’euros d’encours en 2018, puis les 30 milliards d’euros en 2021, la société de gestion française vient d’annoncer avoir franchi la barre des 40 milliards d’euros d’encours au premier semestre (40,5 milliards d’euros, soit une progression de 14 % sur un an), et un niveau record de collecte nette pour la période avec 3,3 milliards d’euros levés (+3 % sur un an), le tout dans un environnement dégradé.
Une toile tissée stratégiquement
Une performance financière d’autant plus remarquable que la société de gestion, créée en 2004 par Antoine Flamarion et Mathieu Chabran, part quasiment de zéro. "A l’inverse d’autres sociétés de gestion d’actifs qui ont vu le jour grâce à un spin-off des activités de certaines grandes banques, Antoine (Flamarion) et moi avons démarré avec nos propres économies, soit 400 000 euros. C’est un moteur supplémentaire d’être entrepreneur ", confie à WanSquare Mathieu Chabran.
Aujourd’hui, l’entreprise compte plus de 750 collaborateurs et l’unique bureau du 8e arrondissement de Paris a fait bien des petits à travers le monde. Au total, Tikehau Capital est présent dans 15 pays. Pas une année ne passe sans que la société s’expatrie. Dernier bureau à avoir ouvert : Abu Dhabi aux Emirats arabes unis en juillet dernier. Au début de l’année, des équipes se sont installées en Suisse, à Zurich, après Israël l’année dernière. "Aujourd’hui, plus des deux-tiers de notre collecte proviennent de juridictions et de pays en dehors de la France. Les Etats-Unis sont le plus grand contributeur de la collecte non domestique. La tendance s’est inversée il y a deux-trois ans ", observe le cofondateur. De fait, au premier semestre, les investisseurs internationaux ont représenté 38 % des actifs sous gestion et 60 % de la collecte provenait d’investisseurs tiers. "De Tokyo à Toronto, nous avons une présence, un dialogue, une base de clients et une franchise qui se développe. Tout cela va dans le bon sens", se félicite l’ancien banquier d’affaires.
Une cotation qui change tout
Si Tikehau Capital est historiquement soutenu par de grandes familles telles que le groupe Arnault avec la Financière Agache, le groupe Albert Frère et, plus récemment, en 2016, par le fonds souverain de Singapour Temasek, ou en 2023 par Alexandre Van Damme, président de Patrinvest, au travers de la SFI, qui a souscrit à une augmentation de capital de 400 millions d’euros de Tikehau Capital Advisors (TCA, principal actionnaire de Tikehau Capital), son entrée en Bourse (IPO) en 2017 sur Euronext Paris marquera indéniablement un tournant dans son histoire. "Pour beaucoup de sociétés, la cotation est un début de sortie, une manière de monétiser les fondateurs et les actionnaires. Pour nous, la stratégie était complément différente. Jamais Antoine (Flamarion) et moi n’avons vendu une seule action. Bien au contraire, nous n’avons fait que nous renforcer à chaque augmentation de capital (deux depuis l’IPO, ndlr) ", souligne Mathieu Chabran.
Une introduction en Bourse voulue comme le début d’un nouveau chapitre. "Au moment de l’IPO, nous avions quatre bureaux, à Paris, Londres, Singapour, et Bruxelles. Nous étions encore très européens avec une présence seulement naissante en Asie. Avec cette cotation, des banques d’investissement comme Merrill Lynch, Citibank, Jeffries ont commencé à parler de nous. La discussion avec des investisseurs internationaux est donc devenue plus facile. Tikehau Capital n’était plus simplement l’histoire de deux entrepreneurs mais était désormais connue comme une réelle franchise", relate le cofondateur.
Une mise en lumière qui s’est par exemple traduite pour la société de gestion par la conclusion, cette année, d’un accord d’investissement de 200 millions d’euros de la part d’un fonds souverain d’Abu Dhabi.
Un flair dans les secteurs d’avenir
Une confiance grandissante qui a permis à Tikehau Capital de déployer sa stratégie d’investissement avant-gardiste. Rappelons en effet que l’entreprise fut la première en 2007 à s’intéresser en France à la dette privée, et ce bien avant des institutions américaines beaucoup plus établies comme JP Morgan Chase ou le fonds d’investissement Apollo. "Depuis notre création en 2004, notre devise est ‘Create, don’t compete’ (créer, ne pas rivaliser, ndlr). Compte tenu de notre environnement concurrentiel et notamment des entreprises américaines, nous nous devons d’être toujours plus ambitieux et d’avoir un positionnement unique. En tant qu’acteur de la transformation d’épargne, nous avons donc choisi de nous intéresser à l’économie réelle", explique le cofondateur.
C’est ainsi que la société de gestion s’est particulièrement intéressée, ces dernières années, à la transition énergétique avec les lancements en 2018 de la stratégie de private equity dédiée à cette thématique, de celle traitant de l’agriculture régénératrice avec Axa et Unilever en 2022 ou plus récemment à la dette immobilière (avec la foncière Altarea). "Nous identifions des opportunités qu’elles soient micro, en accompagnant une entreprise ; ou macro comme les tensions sur le marché du crédit en 2008 et sur les liquidités en 2012. Notre métier est une convergence entre l’offre et la demande ", poursuit le dirigeant de 47 ans.
Les 50 milliards d’euros d’encours à portée de main
Tikehau Capital ne s’interdit donc rien. La société fera l’acquisition, en 2018, du français Sofidy, spécialisé dans la gestion d’actifs immobiliers et de Tikehau Ace Capital (anciennement ACE Management), autre société de gestion active dans l’aérospatiale, la défense et la cybersécurité. Viendra ensuite le rachat, en 2020, de Tikehau Star Infra (anciennement Star America Infrastructure), société américaine experte du développement et de la gestion de projets d’infrastructure de taille moyenne en Amérique du Nord.
"Et en même temps, nous n’avons jamais eu la prétention de tout savoir faire", reconnaît le dirigeant. C’est pourquoi de manière régulière, Tikehau Capital s’associe avec des grands groupes pour lancer des stratégies dédiées comme sur la transition énergétique avec TotalEnergies ou sur l’aéronautique avec Airbus, Safran, Thales et Dassault.
Une diversification dans les thématiques d’investissement qui est aussi rendue possible par un bilan très bien capitalisé. Au 30 juin dernier, Tikehau Capital comptait 3,1 milliards d’euros de fonds propres. De quoi lui permettre de voir encore plus grand. "La prochaine étape est le franchissement de la barre de 50 milliards d’euros d’encours, puis viendra bien sur ensuite celle des 100 milliards. Pour y parvenir, nous devons faire croître tout ce que nous avons déjà mis en place jusqu’à présent mais aussi asseoir notre empreinte en Asie, en Amérique du Nord, au Moyen-Orient et forcément consolider notre présence en Europe", estime Mathieu Chabran.
Pour rappel, Tikehau Capital s’est fixé, l’année dernière, comme objectif à 2026 d’atteindre, entre autres, plus de 65 milliards d’euros d’actifs sous gestion, soit le doublement des encours au 31 décembre 2021.
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