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EDF / Luc Rémont
EDF poursuit activement son refinancement / L’énergéticien national est aussi redevenu bénéficiaire
Désormais loin du marché boursier depuis sa sortie de la cote parisienne le 8 juin dernier, EDF demeure très actif en revanche sur les marchés obligataires. L’énergéticien a annoncé lundi avoir levé 325 millions de francs suisses (339 millions d’euros) en deux tranches d’obligations vertes senior. La suite d’un programme intense de financement, qui a vu le groupe émettre en juin des obligations senior Samouraï multi-tranches pour 33 milliards de yens (207 millions d’euros) ainsi que des obligations hybrides pour 1,5 milliard de dollars. L’énergéticien avait aussi levé en mai trois milliards de dollars et 500 millions de dollars canadiens, en cinq tranches d’obligations senior.
Sur l’ensemble du premier semestre, le groupe dirigé par Luc Rémont a procédé à l’émission de 6 milliards d’euros environ d’obligations senior sur divers marchés et de 1,5 milliard de dollars d’obligations hybrides. Il a aussi converti en capital toutes ses obligations convertibles échangeables en actions nouvelles ou existantes (OCEANE) à échéance 2024 pour 2,4 milliards d’euros. Des opérations nécessaires pour permettre à l’entreprise renationalisée à 100% de poursuivre le renforcement de la structure de son bilan, refinancer les échéances prochaines, et se préparer ainsi à résoudre la quadrature du cercle imposée par un endettement massif et des investissements tout aussi colossaux.
Mur de financement
Car, comme l’avait souligné en juillet Luc Rémont aux députés membres de la commission des finances, le groupe doit tout à la fois construire un parc de nouveaux réacteurs tout en assurant la maintenance et la durée de vie de son parc existant de 56 réacteurs. Tombée à 279 térawattheures (TWh) l’an dernier, sa production d’électricité doit suivre une trajectoire de redressement estimée entre 315 et 345 TWh en 2024 puis entre 335 et 365 TWh en 2025.
Cela passe évidemment par la résolution définitive du problème de corrosion sous contrainte affectant plusieurs réacteurs nucléaires découvert à la fin de l’année 2021. Aux dernières nouvelles, parmi les 16 réacteurs les plus sensibles à la corrosion sous contrainte, 11 avaient été réparés fin juillet, deux étant en cours de réparation, deux autres devant être traités d’ici fin 2023 et le dernier lors de sa prochaine visite décennale.
Pour autant, même comme cela, le groupe restera en deçà de sa production de 2019, qui s’était élevée à 379,5 TWh, sachant que les besoins sont estimés par le gestionnaire du réseau RTE à 650 TWh à l’horizon 2030. Ainsi, dans l'immédiat, l’objectif est de "bâtir un plan d’investissement destiné à nous ramener le plus proche possible de 400 TWh" d’ici quelques années, avait indiqué Luc Rémont devant la commission des finances de l’assemblée. Un but vers lequel EDF part avec le handicap d’une dette qui s’élevait fin juillet à 64,8 milliards d’euros.
Et ce, sachant que le groupe devra supporter ses 25 milliards d’euros de financements annuels évoqués plus haut sur la base de sa seule rentabilité, même si EDF aura aussi "besoin d’une forme d’aide de l’Etat pour arriver à boucler le financement", avait indiqué le directeur général.
Les résultats se redressent
Heureusement, les performances opérationnelles du groupe se sont grandement améliorées au premier semestre de cette année par rapport à la même période catastrophique de 2022. Son excédent brut d’exploitation (Ebitda) a été multiplié par six, s’élevant à 16,1 milliards d’euros, et le résultat net est largement redevenu bénéficiaire, à 5,8 milliards d’euros, en progression de 11,1 milliards d’euros.
Ce premier semestre 2023 marque ainsi "le retour de la performance opérationnelle de l’entreprise dans un contexte de prix favorable après une année 2022 impactée par des difficultés industrielles et par les effets défavorables d’une régulation exceptionnelle", a souligné Luc Rémont. Le bouclier tarifaire et le relèvement des volumes d’électricité vendus aux opérateurs alternatifs via le mécanisme de l’Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique), imposés par le gouvernement, avaient fait plonger l'an dernier les résultats financiers d’EDF.
Si la même mésaventure ne devrait pas se reproduire cette année, il reste à déterminer le futur mécanisme de régulation des prix de vente de l'électricité nucléaire, lorsque la régulation actuelle de l’Arenh prendra fin après 2025, le groupe n’ayant pas encore trouvé de terrain d’entente avec l’Etat sur ce point.
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